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Adam Blanshay : la vie palpitante d’un producteur

Le mercredi 10 octobre 2012 à 10 h 21 min | Par | Rubrique : Rencontre

Adam Blanshay (c) DR

Quel évènement vous a amené à devenir producteur à Broadway ?
Une série d’évènements : j’ai déménagé à New York en 2004 avec l’intention de devenir metteur en scène à Broadway. J’ai eu la chance d’exercer ce métier comme assistant dans une production Off-Broadway… durant une semaine. Ensuite, un stage avec le producteur de ce spectacle s’est présenté à moi et je me suis dit que ce serait l’occasion, en tant que metteur en scène, d’en apprendre davantage sur l’aspect financier d’une production. Ce fut un réel coup de cœur pour moi car ce rôle associe art, affaires, créativité et gestion. Je n’ai pas de regret de ne pas être metteur en scène car lorsque je regarde une pièce, je me dis que j’y contribue aussi, d’une certaine façon.

Être producteur à Broadway, est-ce plus difficile qu’ailleurs ? Et en quoi cela consiste-t-il ?
Pas nécessairement ! Être producteur à Montréal ou bien à New York, c’est aussi être confronté à son propre lot de difficultés. Je suis producteur spécifiquement dans le théâtre « commercial ». Je recherche des fonds privés, que ce soit auprès des particuliers ou des groupes, afin qu’ils investissent dans les comédies musicales ou les pièces traditionnelles et perçoivent en retour des profits. Mais ce n’est pas chose facile. Aujourd’hui, pour produire une comédie musicale à Broadway, on doit aller chercher auprès des investisseurs entre 9 et 13 millions de dollars ! Alors on doit avoir une équipe solide derrière soi, sans parler de la crise économique de ces dernières années. Et ce sont les mêmes problèmes lorsque le spectacle est subventionné : il faut toujours aller frapper aux portes. On y arrive, mais regardez-moi : j’avais beaucoup plus de cheveux à mes débuts (rires).

Comment séduisez-vous les investisseurs ?
J’essaie de trouver des projets qui sont attirants pour les investisseurs car, sinon, on doit avoir une tête d’affiche, comme c’est le cas avec Ricky Martin dans Evita. Je n’ai jamais reçu autant de chèques d’investisseurs (rires). Une autre production fonctionne actuellement : la première comédie musicale de Woody Allen. Nous avons beaucoup de gens prêts à y investir. Dans ces cas-là, les levées de fonds sont beaucoup plus faciles mais on doit aussi avoir un retour intéressant pour les investisseurs. Mais il m’arrive aussi de choisir un projet avec mon cœur. Lorsqu’un projet me touche, je vais m’y investir et je préviens, dans ce cas, les investisseurs qu’ils risquent de recevoir une récompense émotionnelle plutôt que financière.

Les spectacles doivent donc absolument posséder une tête d’affiche connue pour fonctionner ?
Malheureusement, je dois dire oui. Les statistiques nous montrent que, actuellement, les touristes en visite à New York, tout comme les locaux, ont un budget qui ne leur permet de voir qu’une seule pièce, alors qu’ils pouvaient en voir deux ou trois il y a quelques années. Ils arrivent à Broadway sans avoir acheté leurs billets à l’avance et regardent ce qui s’offre à eux, notamment The Lion King, Mary Poppins ou Chicago, qui sont des choix qui s’imposent. Alors, il te faut montrer au public quelque chose d’attirant pour qu’il vienne voir ta pièce et, il faut bien le dire, un grand nom ou une star a le pouvoir de faire ça ! La proximité que le public peut avoir avec ses « vedettes » sur scène à Broadway, est également magique. Quand on observe les productions de la saison prochaine, on note que presque toutes possèdent une tête d’affiche, que ce soit un comédien, un compositeur ou un auteur. Nous allons produire à Broadway une pièce écrite par Cindy Lauper, Kinky Boots. Elle n’en est pas la vedette sur scène mais toute la publicité va tourner autour d’elle. Cependant avoir une tête d’affiche ne garantit pas le succès ! J’ai produit la comédie musicale On a Clear Day You Can See Forever avec Harry Connick Jr et, malheureusement, cela n’a pas fonctionné.

En tant que producteur, avez-vous votre mot à dire sur le casting ?
Oui, souvent. Nous travaillons en étroite collaboration avec les metteurs en scène. En tant que producteurs, nous avons généralement le droit de veto final en ce qui concerne le choix de la distribution. Mais nous voulons aussi que les metteurs en scène soient heureux et à l’aise avec les comédiens ; alors, on évite les conflits.

Recevez-vous des scénarios directement de la part des auteurs ?
Je reçois, approximativement, une dizaine de scénarios par mois. C’est dommage à dire, mais je n’aime pas lire les scénarios. Lorsque l’un d’eux m’interpelle, j‘invite quelques amis comédiens à partager mon repas en échange de la lecture (rires). Entendre les textes me donne une meilleure idée de ce que pourra devenir l’œuvre sur scène. Je reçois également beaucoup d’invitations pour assister à des workshops par les auteurs et, majoritairement, c’est de cette façon que je choisis de m’impliquer ou non dans un projet.

Quelle production vous rend le plus fier ?
C’est une très bonne question : la production de Jesus Christ Superstar, sur une mise en scène de Des McAnuff, qui fut originellement présentée au prestigieux Stratford Shakespeare Festival, en 2011. Elle a obtenu tellement de bonnes critiques que même Andrew Lloyd Webber est venu la voir. Au même moment, certains producteurs de New York, et moi-même, avons été attirés par tout l’engouement suscité par cette production. Nous avons décidé d’amener à Broadway non seulement l’œuvre mais également la troupe canadienne au complet, soit plus de 30 artistes ! C’est un rêve, pour une grande majorité d’entre eux, de pouvoir travailler à Broadway. Malheureusement, malgré le succès obtenu à Stratford et Los Angeles, l’arrivée de Jesus Christ Superstar n’a pas réussi à convaincre les critiques new-yorkais et nous n’avions pas non plus une tête d’affiche à leur offrir. Pour ma part, je pense que cette version était exceptionnelle et le simple fait de voir la joie briller dans les yeux de ces comédiens, lors de la première, fut pour moi une fierté. Ironiquement, la pièce a fermé le 1er juillet dernier, jour de la fête du Canada.

Pensiez-vous qu’Evita obtiendrait un succès si important ?
Nous ne sommes jamais assurés qu’un spectacle aura du succès mais, comme cette version a été présentée à Londres en 2006 avec un succès indéniable et qu’elle est la première véritable reprise, à Broadway, depuis sa création en 1979, tout nous indiquait qu’elle pourrait vraiment marcher. De plus, avoir Ricky Martin dans le rôle de Che et Elena Roger, une argentine de surcroît, dans celui d’Evita : que demander de mieux ? Une tournée est même prévue pour l’automne 2013.

Quels sont vos prochains projets ?
Je collabore actuellement avec le Festival Juste pour rire. Ils souhaitent s’implanter à New York, avec leurs spectacles et leurs artistes. De plus, je les aide à faire leurs sélections de pièces pour l’année qui vient. Nous allons présenter la comédie musicale de Cindy Lauper, Kinky Boots, en mars prochain, sur Broadway. Elle joue à Chicago depuis le 2 octobre dernier. Je produis le spectacle d’Anthony Rapp, Without You, qui sera présenté off-Broadway (NDLR : le spectacle Without You sera de passage à Toronto en décembre 2012) et je suis très excité de débuter, en 2013, la production de l’un de mes réalisateurs préférés, Woody Allen, la pièce Bullets Over Broadway !

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