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Albert Cohen, fou des années folles

Le samedi 7 juin 2014 à 9 h 33 min | Par | Rubrique : Rencontre

Albert Cohen (c) Regard en Coulisse

Albert Cohen (c) Regard en Coulisse

Pourquoi avoir choisi Mistinguett pour ce futur spectacle ?
C’est un rêve vieux de dix ans ! L’idée m’est venue en discutant avec Jacques Pessis. Je connaissais évidemment Mistinguett, mais de loin. Je lui ai demandé de me parler d’elle et de me raconter les années folles. Cela m’a fasciné et passionné! J’ai gardé cela dans un coin de ma tête, bien décidé à en faire un spectacle un jour. Pendant que je travaillais sur toutes les autres productions que nous avions avec Dove (Attia), l’idée ne m’a jamais quittée. Et le moment est enfin venu.

Pourquoi cet amour pour les années folles ?
Elles sont éblouissantes ! De 1919 à 1929, Paris fut le centre du monde. C’était la ville lumière, la capitale des arts et de la culture, particulièrement du Music-Hall ! C’est une période d’effervescence, que j’aurais envie d’appeler les « années inouïes » ! Ceux qui ont fait cette décennie ont osé l’impensable, ont fait preuve d’une créativité absolue et d’un sens de la fête incroyable. Cela s’explique notamment par la première guerre mondiale. Quand hommes et femmes se sont retrouvés après 4 années de séparation et ce conflit atroce, ils n’ont eu qu’une seule idée en tête : faire la fête ! Paris s’est alors ouvert au monde entier, notamment aux Américains, frappés par la prohibition, ou aux GI noirs accueillis à bras ouverts pour qu’ils exercent leur art : le jazz et le swing. Ces années, ce sont aussi les chansonniers, le tango sur la butte Montmartre, l’émancipation des femmes – fumant, s’habillant plus court -, finalement une époque totalement débridée, totalement folle, sans aucun interdit ! Pleine de références pour en faire un spectacle, cette décennie intense, que j’adore, n’a pourtant presque jamais été traitée sur scène ou à l’écran. Nous allons donc faire honneur à cette page d’histoire à travers son personnage emblématique. Récemment, il y a eu Gatsby, nous allons faire « Mistinguett la Magnifique » !

Qu’a-t-elle apporté au Music-Hall ?
Tout ! Mistinguett était une sorte de rock star, agissant en dehors des codes de son époque, innovant, surprenant, sans se soucier des conventions. En 1920, alors qu’elle a déjà 45 ans et qu’elle a eu son heure de gloire, deux hommes viennent la chercher : l’éminent producteur Léon Volterra, et Jacques Charles, alors grand metteur en scène. La mort d’une danseuse compromet leur spectacle. Ils veulent la convaincre de la remplacer. Après avoir hésité, elle va accepter. A la condition express de pouvoir faire ce qu’elle souhaite véritablement : la fête, mais sur scène ! Finies les revues tristes qu’elle a connues, sans plumes ni paillettes, sans girls ni boys. Elle ajoute ces éléments, ainsi que du chant, de la danse, et une vraie bonne humeur. Ici même, au Casino de Paris, exactement là où nous nous trouvons actuellement, elle a ainsi créé la première revue festive de Music-Hall de l’histoire. Cette petite artiste française a non seulement défrayé la chronique parisienne, mais elle fut une star mondiale, jusqu’aux États-Unis ! Les américains, tel Florenz Ziegfeld, l’ont d’ailleurs fait venir à New-York pour donner un nouvel élan à leur spectacle. On peut le dire fièrement : Mistinguett a inspiré Broadway ! C’est notamment ce que nous allons raconter.

Le rôle est revenu à Carmen Maria Vega. Qu’est-ce qui vous a séduit chez elle ?
C’est Mistinguett incarnée ! Son culot, sa gouaille naturelle, son tempérament, son caractère font d’elle une vraie personnalité qui sort du lot. C’est une véritable artiste qui malgré son jeune âge (30 ans), a déjà des centaines de concerts à son actif. En plus de son talent, elle possède cette attitude, ce charisme qui lui permet, sitôt sur scène, de s’imposer à la salle. Je ne regrette pas d’être allé la chercher. Il a fallu huit mois de castings pour trouver exactement les artistes que nous voulions. Qui soient à la fois chanteurs, danseurs mais aussi de bons comédiens. Nous avons formé une équipe que je trouve formidable : Fabian Richard, Cyril Romoli, Patrice Maktav, Gregory Benchenafi et la toute jeune Mathilde Ollivier ont tous un véritable talent et de réelles qualités. 

Quelle sera la couleur musicale du spectacle ?
Nous avons repris trois chansons de Mistinguett, ses trois grands succès incontournables: « Mon homme », « C’est vrai » et « Je cherche un millionnaire ». Il y aura aussi quelques grands standards de l’époque. Pour le reste, le trio Jean-Pierre Pilot et William Rousseau pour la musique et Vincent Baguian pour les textes s’est chargé de créer des chansons. Elles auront une sonorité « Electro-pop-jazz ». Ce sera un melting pot musical – dans l’esprit des années folles, et ça va swinguer ! Quant au livret  -essentiel dans notre métier – deux années d’écriture ont été nécessaires à nos auteurs François Chouquet, Ludovic-Alexandre Vidal et Jacques Pessis, « l’encyclopédie vivante du Music-Hall ». Ils ont respecté scrupuleusement les faits, tout en y ajoutant des personnages fictifs tel Scipion le voyou, antagoniste de l’histoire.

En 2014, n’est-ce pas osé de traiter ce thème qui parle peu au public ?
Cela ne leur parle pas tant qu’on ne leur a pas expliqué ! Vous savez, quand on a décidé de monter un spectacle sur Mozart, il y avait ce même risque… Quant aux Dix commandements, c’est bien simple, personne n’adhérait au départ! Ni les jeunes, ni les moins jeunes, tous nous disaient : « mais vous êtes fous ! Vous croyez que les gens vont acheter un billet pour s’entendre dire : tu ne voleras point, tu ne tueras point ? » Je leur répondais : « vous verrez, on va vous raconter la plus belle histoire de tous les temps. » Finalement, on a embarqué tout le monde ! L’intérêt de notre métier est de déceler le sujet qui semble à priori laisser sceptique, mais qui, traité de la bonne manière, attaqué sous le bon angle, devient une pépite. Mistinguett et les années folles, c’est tout sauf ringard ! D’ailleurs, cette période et le thème de Gatsby ont été les plus utilisés pour l’animation des fêtes de fin d’année dans notre pays.

Après toutes vos productions à succès, vous quittez votre salle fétiche…
En quinze ans, nous avons produit avec Dove six spectacles grand format sur un modèle « Palais des Sports ». Mistinguett sera évidemment plus proche du Music-Hall, mais il y aura quand même 250 costumes (à mon grand désarroi !), 35 artistes sur scène, près de 15 changements de tableaux, une scénographie imposante et cinq musiciens en live. Un dispositif presque disproportionné par rapport à ce qui se fait dans ce type de salle ! Bien sûr, cela peut surprendre que nous choisissions une jauge plus petite qu’habituellement. La raison est toute simple : je voulais jouer sur les lieux de l’histoire. Au Casino de Paris. Là où tout s’est réellement passé. C’est magique ! Moi qui porte ce projet depuis dix ans, je suis vraiment heureux qu’il voit enfin le jour. Avec chaque spectacle, on repart à zéro. On se retrouve devant une feuille blanche et on prend un vrai risque. Si c’est une grande dose de travail, une grande dose de stress, c’est toujours une grande dose de bonheur.

Mistinguett- Reine des années folles
A partir du 18 septembre 2014 au Casino de Paris
Mistinguett-lespectacle.fr

Retrouvez toutes les vidéos du show case.

A venir les interviews de Fabian Richard, Cyril Romoli et Grégory Benchenafi.

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