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Alexis Michalik bouscule Shakespeare

Le vendredi 28 août 2009 à 15 h 31 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Alexis Michalik

Alexis Michalik

Alexis Michalik, quel est votre parcours artistique ?
Après avoir fait du théâtre de rue, à 18 ans j’ai joué Roméo dans Roméo et Juliette monté par Irina Brook. A partir de là tout s’est enchaîné, j’ai commencé à tourner pour le cinéma et la télévision. Très vite j’ai eu envie de monter des pièces. Avec une bande de comédiens qui venaient pour la plupart du Conservatoire du 19ème arrondissement, nous avons monté une adaptation du Mariage de Figaro de Beaumarchais qui s’appelait Une folle journée. C’était déjà un spectacle avec beaucoup de musique, hors norme qui durait 2h40 sur un rythme effréné. Nous avons voulu faire le Festival d’Avignon sans rien y connaître. Pour pouvoir faire Avignon, il a fallu créer une association, c’est de là qu’est née la compagnie Los Figaros en référence à Figaro pour son esprit frondeur et impertinent dont nous nous revendiquons. Nous avons eu la chance de bénéficier d’un bon bouche à oreille, ça a marché tout de suite. Des professionnels sont venus et nous ont dit que c’était un super spectacle mais qu’il y avait trop de monde, qu’il durait trop longtemps et que les musiques n’étaient pas jouées live. Nous en avons tenu compte et l’année suivante, nous avons refait Avignon avec un nouveau spectacle, La mégère à peu près apprivoisée, notre première comédie musicale.

D’où vous vient ce goût pour la comédie musicale ?
Etant à moitié anglais, j’ai une grosse culture anglo-saxonne. J’ai été baigné dans la comédie musicale. Ce genre m’a largement influencé, dans toutes les pièces que je monte, la musique occupe toujours une place prépondérante. J’adore West Side Story, Chantons sous la pluie, et aussi All That Jazz de Bob Fosse, une vision très cynique sur l’envers du décor. Je suis un grand fan de Gene Kelly, Cyd Charisse, Judy Garland. J’adore la période années 50, les comédies musicales en Technicolor, un peu carton-pâte, drôles et légères. Mon autre référence c’est Cole Porter. Toutes ses comédies musicales sont géniales. Les paroles sont très drôles, très fines, les mélodies restent en tête, que ce soit Anything Goes, Kiss Me Kate, pour moi c’est le meilleur de son époque. Je suis aussi un gros fan de Bollywood. C’est jouissif, tout est énorme, drôle, ça dure des heures, on sent de bout en bout que ça ne se prend pas au sérieux.

Pourquoi avoir choisi d’adapter La mégère apprivoisée de Shakespeare pour votre première comédie musicale ?
D’abord parce que c’est Shakespeare, un auteur que j’adore. C’est une vraie comédie même si ce n’est pas sa meilleure. Tout le monde s’accorde à dire que La mégère apprivoisée a de grosses faiblesses. La deuxième moitié de la pièce est très sexiste. L’idée était d’y amener énormément de second degré et de pousser ce sexisme au maximum : que ça devienne jubilatoire pour mieux le dénoncer. Il y a dans cette pièce une scène extraordinaire, la rencontre entre Katarina et Petruccio, la mégère et l’apprivoiseur. Celle-là je tenais à la garder telle qu’elle est. C’est un vrai ballet où ils s’approchent, se jaugent, se frappent, se caressent. En dehors de cette scène, on s’éloigne vraiment très loin du texte original ! Il s’agissait de raconter l’histoire de la mégère en la replaçant dans un certain contexte et en faisant une comédie musicale à la Broadway des années 30-40, un peu à la façon Marx Brothers avec beaucoup de situations loufoques et de gags.

Avez-vous écrit le spectacle seul ou est-ce une écriture collégiale avec la Compagnie ?
J’ai d’abord retraduit le texte original et écrit une première mouture de la pièce. Pour les chansons, j’apporte l’idée de départ, refrain, couplet et mélodie. Ensuite avec deux trois personnes de la troupe, nous retravaillons les textes ensemble. J’attache beaucoup d’importance aux chansons, elles font partie de la narration. Il faut qu’elles soient drôles, que ce ne soit pas juste un air qui reste dans la tête. Le pianiste arrive, il commence à faire des arrangements, à mettre en place les voix. Je suis assez directif mais il y a quand même une vraie collégialité dans le processus de création.

Dans la troupe vous êtes avant tout des comédiens, comment cela se passe pour le chant et la danse ?
Comme nous nous connaissons bien, quand j’écris un spectacle je sais déjà qui va jouer quoi. Le talent de chacun est mis en valeur. Ceux qui savent chanter vont chanter plus, idem pour ceux qui savent danser, jouer d’un instrument. Ensuite ceux qui savent bien chanter vont aider ceux qui sont moins à l’aise. En trois ans, il est évident que ceux qui savaient moins bien chanter ont fait des progrès énormes. Nous avons une approche très ludique et volontariste. Personnellement, j’adore apprendre pour un rôle. Pour mon numéro de claquettes j’ai pris un an de cours. Quand on apprend dans un but bien précis, c‘est bien plus motivant. L’essentiel, c’est d’avoir envie de donner de soi. Ce qui prime c’est la générosité, c’est vraiment le mot qui convient à cette pièce, c’est peut-être parfois maladroit mais c’est généreux.

Le spectacle a-t-il beaucoup évolué depuis sa création ?
Il change tout le temps. Nous avons fait trois fois le Festival d’Avignon avec cette pièce. Nous l’avons aussi jouée en Roumanie, en Allemagne, dans plusieurs endroits en France. A chaque dernière à Avignon, c’est une tradition, nous testons de nouveaux gags improvisés sur le vif, nous en gardons certains, nous coupons ailleurs. Forcément depuis trois ans la pièce n’a plus rien à voir. C’est un spectacle en perpétuelle évolution qui se bonifie avec le temps. Le mois dernier nous avons fait le Festival d’Anjou, nous en sommes repartis avec deux Prix. Ce spectacle a ceci de particulier qu’il nous manque chaque fois qu’on ne le joue pas. C’est vraiment du pur divertissement.

Comment avez-vous réussi à trouver un producteur et un théâtre à Paris ?
Nous avons eu beaucoup de chance. Lors du Festival d’Avignon en 2006, Arthur Jugnot est venu nous voir, il a tout de suite adhéré et proposé de nous produire avec sa société de production Lard’enfer. Il nous a permis d’avoir un nouveau décor, il a injecté de l’argent et nous a trouvé la belle salle du Vingtième Théâtre. En plus M6 s’est jointe au projet, nous en sommes très heureux.

Vous tournez aussi beaucoup pour le cinéma et la télévision, éprouvez-vous le même plaisir ?
C’est un plaisir différent. Quand j’arrive sur un tournage, c’est presque des vacances, je n’ai qu’à me concentrer sur mon personnage. Pour Terre de lumière, la saga de l’été dernier sur France2, j’ai passé trois mois au Maroc à faire du cheval habillé en touareg, un bonheur, le pied total ! Et puis financièrement, c’est très intéressant.

Avez-vous déjà une idée de votre prochain spectacle ?
Oui, ce sera une adaptation du Chapeau de paille d’Italie de Labiche. C’est une pièce à mourir de rire. Ca fait longtemps que j’ai envie de m’attaquer à un vrai vaudeville. Là encore nous allons le réadapter à notre façon, on va créer des chansons. Ce sera un gros spectacle avec une dizaine de personnages sur scène, des musiciens, il se jouera au Théâtre 13 en septembre 2010. Je bosse depuis trois mois sur mon adaptation, sur les chansons, c’est un travail qui va durer un an. En plus le défi étant que chacun joue d’un instrument, je galère sur la trompette depuis six mois !

En savoir plus sur La mégère à peu près apprivoisée au Vingtième Théâtre.

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2 commentaires
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  1. bonsoir
    je souhaite aller voir cette piece prochainement
    sera t elle jouee longtemps
    merci

  2. Quel acteur, que se soit sur les planche ou au cinéma, j’adore.
    On pourra le voir prochainement dans le film « Les gens ne savent pas peut-être ». On peut devenir coproducteur du film et avoir accès à divers infos et bonus donc allez faire un tour si ça vous intéresse : http://www.touscoprod.com/pages/projet/fiche.php?s_id=5099&s_wbg_menu=4

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