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Ann’So – Barbara, passionnément.

Le vendredi 1 novembre 2002 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Ann'so ©DR

Ann'so ©DR

Comment est née l’idée de ce spectacle ?
Tout a été assez rapide. L’émission de Laurent Ruquier durant laquelle j’ai chanté « Le mal de vivre », ce avant de faire Ali Baba, a tout déclenché. En effet, le public avait très bien réagi. Personnellement, c’est un de mes bonheurs de chanter du Barbara. Mon producteur Fabrice Aboulker m’a donc poussé dans cette voie : trouver une idée de spectacle autour de cette artiste. N’ayant peur de rien, j’ai accepté. J’ai eu envie d’associer Roland Romanelli, son complice de toujours, à cette aventure. Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que Roland m’avait, par hasard, entendue à la radio et voulait me rencontrer ! Au début tout était assez flou, on a commencé à répéter quelques chansons comme ça, pour le plaisir, et puis nous en avons choisi une bonne douzaine. L’idée de faire un spectacle s’est rapidement imposée devant nos désirs conjoints. Moi de chanter les mots de cette femme, lui de faire partager au public les souvenirs qu’il a eu avec elle. J’étais la novice, lui l’a bien connue, il est devenu naturel que l’on se retrouve face à face, et que je l’interroge sur son parcours avec elle. A vrai dire: tout de suite après Ali Baba, j’ai enchaîné sur ce projet.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans la découverte de l’artiste ?
Barbara a, dans ses chansons, abordé des thèmes très graves, tristes. Elle possédait une aura mystérieuse, intouchable. Dès que l’on rentre dans l’univers de gens qui l’on côtoyée – dans mon équipe se trouve également Jacques Rouveyrollis qui l’a éclairée pendant 20 ans – on s’aperçoit que Barbara était un boute-en-train, sans cesse à faire des blagues. Et c’est fabuleux. Du coup le spectacle n’a rien d’un hommage triste ou plombé, mais s’oriente plus vers quelque chose de très vivant et drôle. Bien entendu, les moments d’émotion ne sont pas oubliés, ils font juste partie d’un tout. Roland accompagnait Barbara à l’accordéon, alors qu’elle était au piano. Comme je suis incapable de m’accompagner, c’est lui qui s’est retrouvé derrière le clavier. Je chante, joue et vis les chansons.

Comment s’est déroulé l’élaboration du spectacle ?
Je refusais de me draper dans le statut d’auteur et écrire seule : les confidences de Roland étaient bien trop importantes pour cela. Avec Bruno Agati, Roland, Caroline de Back, la décoratrice, nous nous sommes enfermés 15 jours dans une salle de répétition. Mes premières idées, des sujets que je voulais aborder ont été jaugés. Le choix des chansons était déjà fait, mais il fallait qu’elles arrivent le plus naturellement possible dans le spectacle : ces deux semaines ont servi à cela. Je repartais le soir modifier ma copie, nourrie de tout ce que Roland m’avait raconté, ainsi que des réactions de Bruno et Caroline. Tout s’est construit comme ça, en totale collaboration. Au bout de ces répétitions, on est arrivé avec un spectacle d’une heure et demie pile ! Bien entendu, j’ai continué à retravailler des scènes, améliorer des choses, mais la structure était là.

Vers quelles chansons s’est porté votre choix ?
On en chante 19, en passant par les très tristes et les très rigolotes. Le choix fut difficile, nous l’avons orienté vers les chansons d’amours. Vous entendrez en premier « Moi, j’me balance », « L’Indien », « Du bout des lèvres », « A peine », « Ce matin là ». Mais aussi des titres légers « Hop la », « Si la photo est bonne »… Que des épisodes d’amour.

Un album superbe est sorti…
Ce fut un moment béni également. Nous nous sommes enfermés en studio tous les deux, Roland et moi pour enregistrer piano voix les chansons retenues. Le travail s’est fait à l’ancienne, le piano et la voix enregistrés en même temps, souvent en une prise, et sans avoir de rythme préétabli dans le casque. Je viens du classique, pour moi le rythme était impulsé par le chef d’orchestre. En variété, c’est différent, on a un clic généré par un ordinateur et il faut s’y tenir sous peine de tout foutre en l’air. Cela m’a toujours rendue mal à l’aise, chanter sans cet instrument de torture fut donc une joie intense ! Roland et moi étions l’un en face de l’autre, à choisir ensemble notre rythme. Ensuite nous sommes allés en Bulgarie, pour enregistrer l’orchestre de 56 cordes. La bande est arrivée une semaine auparavant, de manière à ce que le chef d’orchestre étudie chacune de nos respirations pour pouvoir diriger correctement les violons. Les musiciens sont venus nous voir, émus de retravailler ainsi, contraints de se concentrer de nouveau sur l’émotion et non sur un clic. L’album, que nous avons voulu doux, feutré, n’a rien à voir avec le spectacle. Idéal pour le soir à écouter chez soi. Sur scène, c’est davantage « rentre-dedans » puisque je deviens des personnages, je joue des situations.

Plusieurs spectacles existent autour de Barbara…
Elle est là, vivante en 2002. Mon souhait est de faire découvrir aux jeunes générations le répertoire de cette femme exceptionnelle. On ne peut pas tricher avec elle. Sinon les mots sonnent faux. L’émotion doit rester vive. C’est un grand défi. Je ne peux pas me planquer, aucune échappatoire n’est possible. Je vais avoir besoin de toute l’énergie du ciel avec moi !

Enfant, quelle chanson en particulier vous a marqué ?
« Nantes » me fait pleurer systématiquement. La chanter m’est difficile. Une autre m’a bouleversée c’est « Le mal de vivre ». Je pense qu’il est impossible de mieux parler de cet état. A mes yeux, la mission d’un artiste, quel qu’il soit, c’est d’arriver à faire pleurer et rire les gens en même temps. Un titre me fait mourir de rire, le suivant m’arrache les larmes, je passe de l’un à l’autre en permanence. A chaque fois c’est un émerveillement.

Il existait un véritable rituel durant ses spectacles.
Bruno Agati l’a vu 15 fois sur scène, il se souvient des rappels qui n’en finissaient pas. Le rideau de fer était tombé et elle arrivait, dans son châle aux multiples franges, demandant à ce public d’aller se coucher !! Elle ne vendait pas beaucoup de disques, elle ne passait jamais à la télé, mais ses spectacles étaient bondés et elle rendait les gens heureux. Elle a réussi ce qu’il y a de plus dur dans la chanson : de parler simplement, mais avec une poésie immense. L’instinct du coeur parle par ses mots. Barbara me dynamise. Jouer les minettes, c’est terminé pour moi. Je dois devenir une femme, ce qui est particulièrement difficile dans ce métier. Personne mieux que Barbara ne peut m’aider à franchir cette étape. Elle m’indique une sorte de chemin, et dans ma vie d’auteur comme dans ma vie d’artiste. Barbara, tout comme ce spectacle, représentent la transition de ma vie de jeune fille à ma vie de femme…

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