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Arnaud Giovaninetti – Ténébreux Oscar

Le lundi 1 octobre 2001 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Arnaud Giovaninetti ©DR

Arnaud Giovaninetti ©DR

Comment avez-vous préparé ce rôle ?
Je suis l’un des derniers à avoir été engagé pour ce spectacle à l’époque de sa création. Je n’ai pas de formation de chanteur, mis à part les cours de chant du Conservatoire d’Art Dramatique, voilà plus de 10 ans. En revanche je possède un héritage de poids dans le domaine musical puisque mon père, chef d’orchestre à Marseille dans les années 70, m’a permis de grandir dans l’univers de l’opéra. En outre, toute ma famille pratique au moins un instrument. Notez qu’il n’y a aucun chanteur ! Tous les dimanches j’allais à l’opéra, je connais bien le monde des chanteurs lyriques. Disons que j’ai la chance d’avoir une sorte de mimétisme inconscient qui me permet de chanter. Je ne prétends pas pour autant « savoir chanter », mais j’arrive bien à faire semblant !

Nous avons eu une semaine de chant avec Gérard Daguerre, le chef d’orchestre et musicien attitré de Savary, avant d’entamer les répétitions. Je ne me suis pas préparé particulièrement : je n’ai, par exemple, pas suivi de cours de chant, préférant me fier à mon instinct. De plus, ce n’est pas du bel canto mais plutôt de la chanson réaliste. Je travaille plus dans le sens de l’opérette que de la variété. Ainsi je limite l’influence du micro, j’apprends à porter ma voix le plus naturellement possible. Je pense que la configuration de l’Opéra Comique sera parfaite pour cela. Le travail du micro semble moins obligatoire qu’à Chaillot.

Quel est le point de vue de votre metteur en scène sur l’oeuvre ?
Depuis des années, grâce à son habitude du théâtre musical, Jérôme maîtrise parfaitement la différence entre la variété et la comédie musicale. Le propos de Jérôme tire davantage vers le théâtre. Il n’a ainsi pas hésité à engager des comédiens plutôt que des chanteurs professionnels de manière à amener plus d’émotion, quelque chose de plus immédiat, de plus spontané. N’oublions pas que dans Irma on ne trouve pas énormément de chansons : elles ponctuent la dramaturgie sans la remplacer.

Ressentez-vous des sensations différentes lorsque vous jouez un rôle parlé et un rôle chanté ?
Avec le chant, on atteint un état d’acteur sublimé. Le fait même de toucher certaines notes que l’on ne peut obtenir dans le phrasé normal accentue les sensations et l’émotion. C’est comme aller plus loin. Je considère ce rôle comme une suite logique de ce que j’ai fait précédemment. Aucune démarcation entre le jeu et le chant, même si je suis par mon passif familial, assez soucieux de la technique vocale, tout en ne la possèdant pas intégralement. On trouve quelque chose de mystique dans le chant, ne serait-ce que par l’ouverture « concrète » du plexus. Je ressens plus directement toutes les sensations.

Connaissiez-vous l’oeuvre originale ?
Absolument pas. Pas plus la pièce que le film de Billy Wilder. Je suis donc arrivé sur ce projet vierge de toute influence ! Seule Marguerite Monnot ne m’était pas étrangère, de par sa collaboration avec Edith Piaf. J’ai entendu par la suite l’enregistrement avec Colette Renard et Franck Fernandel. Je pense apporter une interprétation différente. La douceur, l’innocence que l’on perçoit dans ce document ne correspond plus à notre époque. Peut-être chantons-nous moins parfaitement, mais nous sommes plus agressifs, plus concrets. Notre manière de chanter me semble plus dans le jeu. J’ai également entendu l’enregistrement de Broadway, étonnamment surprenant… Même s’il m’impressionne par son côté brillant et parfait, il me manque une émotion. J’avais le sentiment d’entendre une pièce sur papier glacé ! C’est ultra professionnel au détriment de la poésie de l’oeuvre et de sa simplicité. Je les ai aussitôt oubliés. J’ai davantage cherché à entrer dans l’univers de Jérôme puis me lâcher dans la pièce. Impulsif, instinctif, tout ce que j’ai entendu ne correspondait pas du tout à ma vision et de l’oeuvre et du personnage.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de devenir comédien ?
Tout s’est passé assez tôt. Vers 6 ans mon choix était déjà fixé. Tout d’abord la fascination opérée par la scène lorsque j’ai vu tous ces opéras m’a marqué. Ensuite, un gros côté fainéant, refusant la discipline qu’impose la musique par l’apprentissage du solfège… Je voyais mes frères et soeurs travailler énormément leurs instruments. Peut-être avais-je aussi besoin de me démarquer du poids familial, d’apporter modestement ma touche personnelle. Devenir acteur est la continuation de mes jeux d’enfants. Par la suite je suis devenu bûcheur, me rendant compte que je devais véritablement m’investir. Mon parcours fut très scolaire : entre le Conservatoire à Marseille puis à Paris. Je me destinais uniquement au théâtre, or j’ai beaucoup tourné.

Comment travaillez-vous ?
J’aime travailler beaucoup en amont, posséder les choses pour mieux les oublier afin de me lâcher plus facilement, pour justement que mon « instinct » s’exprime librement. A Chaillot, j’avais pour habitude de répéter seul dans la salle toutes mes chansons, a capella, histoire de me sentir totalement à l’aise lors de la représentation. J’ai plutôt tendance à en faire trop que d’arriver avec désinvolture. Le chant, contrairement au jeu, demande une préparation supplémentaire, en tout cas une rigueur plus forte. Le but étant que tout paraisse facile pour le public.

Comment définiriez-vous votre personnage ?
Un grand schizophrène… Aucun mot précis ne me semble le cibler. Ce qui m’a plu chez lui c’est qu’il apporte une dimension terrible à la pièce. Il est en questionnement sur tout : sur son amour, sur ce qu’il est. Dans le même temps, c’est profondément quelqu’un de bien. Très égoïstement, quel plaisir pour un acteur de jouer deux personnages dans une seule pièce ! Montrer deux couleurs très distinctes me plait. Sinon c’est un maquereau jaloux, ce qui semble antinomique d’où la notion de comédie. Le texte de Breffort me touche par sa profondeur. On part d’une vision idyllique pour très vite arriver dans les profondeurs de l’âme humaine. Irma est peut-être plus sur une note de l’amoureuse parfaite, Nestor passe par des chemins de traverse. C’est quelqu’un qui a des problèmes ! Je pense qu’il donne le rythme de la pièce. L’énergie du spectacle repose un peu sur ses épaules. La folie du personnage déteint sur la pièce.

Comment abordez-vous cette reprise ?
Avec beaucoup d’appréhension. D’une part parce que Jérôme a pour constante de très peu répéter, ce qui ne rassure pas l’angoissé que je suis. Je travaille seul pour le moment : tout revient sans problème. Je pense également à l’adaptation à un nouveau lieu. L’ouverture de scène à l’Opéra Comique est plus petite de 12 mètres que celle de Chaillot. Le choix était de « danser » le personnage en m’éloignant du réalisme, en créant un personnage très mouvant. Je vais devoir trouver de nouveaux repères. Une fois sur le plateau, les choses se remettront en place. Et puis travailler dans un lieu mythique du théâtre musical m’impressionne et me rappelle mes origines. Mon père a dirigé plusieurs fois dans cette salle. Si certains comédiens reprochent la froideur de la salle de Chaillot, j’ai pour ma part eu un excellent rapport avec cet immense paquebot. J’aime son côté aérien, on respire. À l’Opéra Comique, on est « avec » les gens. Nous rentrerons dans une intimité plus forte entre comédiens, ce qui n’est pas plus mal pour cette « comédie musicale intime ». Espérons que les 10 jours de répétition suffiront ! Je sais que, au bout de deux jours, Jérôme sera convaincu que nous avons suffisamment répété. Il a une telle foi dans ce qu’il fait, il communique une telle énergie que l’on se sent invincible et ça fonctionne. Le rapport avec les partenaires et avec la salle sera à l’opposé de ce que nous avons vécu à Chaillot. Encore plus qu’avant, la pureté et la vraie poésie que Jérôme a au fond de lui transparaissent dans son travail. Cela se vérifie avec Irma, un spectacle très pudique. C’est quelqu’un de profond et sensible qui se cache derrière une façade bruyante qui prend l’espace mais son âme est belle et intacte. Ce qui se ressent très fort dans le spectacle.

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