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Une histoire en trois actes
Le Théâtre National de l'Opéra-Comique a fêté le 7 décembre 1999 ses 101 ans d'installation dans la salle Favart, troisième du nom. Cette grande maison du théâtre musical français a une histoire passionnante qui lui confère une place de choix dans le cœur du public. Mais ce qui le rend si populaire, c'est son répertoire lyrique auquel il donna son nom : l'opéra-comique. Regard en Coulisse vous propose une visite guidée à travers les siècles à la découverte du plus populaire théâtre lyrique de Paris.
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| Façade de l'Opéra-Comique ©Nathalie Darbellay |
L'actuelle salle Favart - du nom de l'un des pères fondateurs de l'opéra-comique -, magnifiquement restaurée, est sans conteste l'une des plus conviviales de Paris. Le pourpre et l'or vous emmènent loin de votre quotidien et vous font oublier que vous êtes à deux pas des grands boulevards. On s'y sent bien. Il est des époques où de nombreux mariages étaient arrangés pendant l'entracte… Malgré ses 1 200 places, une incroyable alchimie opère et une connivence naît entre la fosse d'orchestre, le public et les artistes en scène qu'on croirait presque pouvoir toucher. De quoi satisfaire un public plus populaire que dans les grandes maisons d'opéras comme Garnier et Bastille. Cette caractéristique, le théâtre la doit à son histoire.
Les deux premières salles Favart
Les montreurs d'ours et de singes savants du Moyen Age laissent place au cours des siècles à l'établissement de troupes théâtrales qui jouaient sur des tréteaux au beau milieu des foires organisées par les marchands. Le Nouvel Opéra Comique, l'une d'entre elles, connaît un succès retentissant au point de faire de l'ombre aux maisons officielles royales dont elles se moquaient, l'Opéra et la Comédie Française. Ces derniers se liguent pour faire interdire les représentations. En vain, car un décret de1714 autorise la troupe de saltimbanques à établir son propre théâtre à Paris avec une seule contrainte : intercaler des dialogues parlés dans les œuvres chantées : l'opéra-comique est né.
A la recherche d'une salle digne de la troupe, le choix se porte sur un terrain du Duc de Choiseul, qui pour des besoins d'argent décide de raser les jardins de son hôtel. Là, on construit la première Salle Favart dans le quartier qui est encore de nos jours celui de l'Opéra-Comique, non loin du futur boulevard des Italiens et des rues Favart et Marivaux. La légende raconte que si la façade donne sur la petite place des Italiens et non sur l'artère principale, c'est "pour ne pas heurter la sensibilité des artistes qui craignent d'être assimilés à des baladins". En réalité, le Duc de Choiseul n'entendait pas se priver des ressources des loyers perçus de l'immeuble mitoyen du théâtre ! Fin négociateur, le duc obtient d'ailleurs la propriété à perpétuité d'une loge à huit places, situées non loin de celle du roi ! Aujourd'hui encore, la loge Choiseul est toujours exclusivement réservée à ses descendants !
Après bien des aventures et des vicissitudes, un incendie ravage complètement le théâtre deux heures à peine après la représentation du Don Giovanni de Mozart.
La reconstruction de Favart a lieu en un temps record et rouvre en 1840. L'Opéra-Comique va y connaître son âge d'or. C'est ici qu'un genre musical atteint son apogée au point de se confondre avec le nom d'un théâtre. Les œuvres d'Adam ou d'Auber attirent très vite les mélomanes friands de livrets à l'esprit si français et de musiques si mélodieuses. Donizetti et l'allemand Meyebeer font également partie des compositeurs qui font aussi des triomphes à Favart. Il est probable que certains d'entre eux avaient pris le soin d'amener dans la salle la célèbre claque animée par Auguste Levasseur. Les claqueurs officiels étaient répartis aux points stratégiques de la salle et on distinguait les "tapageurs" chargés des applaudissements vigoureux, les "connaisseurs" qui devaient faire entendre leur approbation entendue, les "bisseurs" et les "chatouilleurs" à qui revenaient la tâche d'envoyer des mots d'esprits. Aucune représentation ne pouvait prétendre triompher à Paris sans que le chef de claque ait été généreusement graissé.
Avec l'apparition de l'opérette par Offenbach et Lecoq sous le Second Empire, l'Opéra-Comique va se tourner vers des sujets plus tragiques comme Carmen. Créée en 1875, l'œuvre de Bizet sera un four retentissant ; le public traditionnel et familial est dérouté par une intrigue dont la hardiesse le dépasse et par une musique jugée trop nouvelle ! Ponctuée par les succès des Contes d'Hoffman d'Offenbach, de Lakmé de Delibes ou de Manon de Massenet, l'histoire de la deuxième salle Favart se poursuit sans encombre jusqu'au fatidique incendie de 1887 où plus de quatre-vingt personnes périssent.
La troisième salle Favart
Onze années sont nécessaires à la reconstruction de la salle. Tout le monde s'en mêle et les politiques s'emmêlent : atermoiements, indécisions, contestations, réexamens, etc. La troupe doit émigrer au Théâtre de la Ville en attendant l'inauguration de la troisième salle Favart le 7 décembre 1898 en présence du Président de la République, Félix Faure.
Le bâtiment conçu par Louis Bernier est sujet à controverses. On critique le trou en contrebas de la salle où est logé l'orchestre : on l'accuse d'être "un grand dévoreur de sons". Les loges et leurs ornementations sont aussi l'objet de critiques acerbes. En revanche, on ne tarit pas d'éloges sur l'architecture extérieure que l'on compare à celle des palais italiens. Le plafond de la salle peint par Benjamin Constant présente au premier plan les trois opéras es plus célèbres de l'école contemporaine : Mignon, Carmen et Manon sous les traits de leurs plus célèbres interprètes. Dans le grand foyer, on assiste au même rappel des heures légendaires : Le ballet comique de la Reine, Zampa, La Dame blanche, Les Noces de Jeannette, etc. On y aperçoit également des bustes de Méhul, Lalo et Debussy ainsi que des médaillons de Favart, Massé, Sedaine et bien d'autres encore.
En 1914, une première réfection est supervisée par Bernier lui-même, qui dessine l'emplacement de l'ascenseur (réservé aux abonnés !). Puis beaucoup d'autres travaux et rénovations se sont succédés. C'est, au cours de la tranche de travaux de 1982, où la fosse d'orchestre a été élargie, que l'acoustique été modifiée, nécessitant ainsi la mise en place d'une énorme coupole en plastique au plafond de la salle. Certes, elle est plutôt disgracieuse mais au moins permet-elle une meilleure répartition des ondes sonores. La dernière opération de restauration de 1997 a permis de nettoyer les stucs et les mosaïques qui contribuent pleinement au charme de la salle.
Entrer aujourd'hui dans ce magnifique bâtiment de l'Opéra-Comique, c'est se plonger dans plus de trois siècles d'histoire théâtrale et musicale. C'est un véritable bain de jouvence pour les mélomanes que de déambuler dans ce lieu mythique mais il est aussi réjouissant pour les néophytes de découvrir un théâtre lyrique populaire au sens noble. On regrette vraiment qu'aucune visite guidée ne soit organisée pour le grand public. Mais qui sait ? Cette grande maison n'a certainement pas finit de nous faire des surprises au cours du prochain siècle…
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