Disparue le 18 juin dernier, Cyd Charisse a rejoint le panthéon des immortels. Son souvenir perdurera tant que les films dans lesquels elle apparaît seront diffusés. Sa beauté et sa grâce n’ont pas fini de faire rêver des générations et, espérons-le, de susciter des vocations. Nous revenons sur son parcours avec le témoignage de personnalités qui l'ont connues ou pour qui elle fut source d'inspiration.
Les superlatifs ne manquent pas pour qualifier la beauté et le talent de Cyd Charisse, extraordinaire danseuse qui illumina de sa présence nombre de films qui sont devenus, en partie grâce à elle, des classiques. S’il est traditionnel de parler de ses jambes « qui n’en finissent pas », regarder attentivement Cyd Charisse danser : voilà bien une expérience saisissante. Tout son corps est en mouvement, son visage, ses mains... elle donne une expressivité particulière. Durant les années 50, dans la prude Amérique, chacune de ses interventions dansées est d’un érotisme époustouflant. Pour tout savoir sur elle, n’hésitez pas à consulter les sites en référence.
Durant sa carrière, Cyd Charisse a eu de nombreux contacts, tant amicaux que professionnels, avec la France.
Parmi les personnes qui ont travaillé avec elle, le chorégraphe Roland Petit. Black tights, le film à sketches comportant le segment qu’ils dansent ensemble n’est pas forcément très connu, même s’il a très bien marché en Amérique à l’époque de sa sortie.
Roland Petit : « Nous avons dansé le ballet Deuil en 24 heures, que j’ai chorégraphié. Ce dont je me souviens immédiatement, c’est sa gentillesse et son esprit. Elle a dansé ce rôle en lui insufflant beaucoup d’humour. Je me souviens qu’elle terminait par un fouetté superbe. Les belles femmes ne manquaient pas, à Hollywood, mais de toutes celles que j’ai pu côtoyer, et même si j’ai beaucoup de respect pour nombre d’entre elles, Cyd m’apparaît comme la personne la plus « propre », d’une élégance et d’un raffinement exquis, doublée d’une intelligence remarquable. Elle venait de la danse classique, à ce titre elle pouvait se glisser avec aisance dans toutes les chorégraphies imaginables. J’avais vu tous les films avec Cyd Charisse, elle me fascinait. Je ne me souviens plus du jour de notre rencontre, je crois que c’était dans une party chez Zanuck, le tout Hollywood était là.
Voilà une dizaine d’années j’ai trouvé les coordonnées de son agent. J’ai donc écrit une longue lettre pour mademoiselle Charisse. Quelque temps plus tard j’ai reçu… une photo avec un tampon représentant sa signature. On m’avait pris pour un fan, ce que je suis, certes, mais ma demande était autre ! Ensuite, nous n’avons pu nous croiser, j’étais absent à chaque fois qu’elle passait par Paris. Le destin… L’annonce de sa disparition m’a beaucoup peiné. J’ai vu à la télévision l’extrait de Party Girl où elle danse avec ce grand voile rouge. Une fois encore, elle m’a totalement fasciné. En fait, pour tout vous dire, je suis heureux d’être proche d’elle aujourd’hui par l’intermédiaire de cet article. »
Party Girl :
Liliane Montevecchi également travaillé avec la star. Deux physiques différents, deux manières de danser très différentes : « Nous n’avons jamais été très proches, mais nous faisions partie l’une comme l’autre de la MGM où nous étions sous contrat. Il nous arrivait donc de nous croiser dans des fêtes, à des premières. Nous avons travaillé une fois ensemble au cinéma, en 1956, pour le film Meet Me In Las Vegas et plus précisément pour le ballet : « Frankie and Johnny », chorégraphié par le divin Hermes Pan sur une chanson interprétée par Sammy Davis Jr. Travailler avec Monsieur Pan était extraordinaire : il était très pro mais en même temps très relax. Les répétitions se passent à merveille, nous tournons ce segment. Dans l’intrigue, le personnage que danse Cyd Charisse est amoureuse d’un homme qui, lorsque j’apparais, la laisse tomber. Du coup, elle devient folle de rage, nous nous battons et elle finit par tuer son amoureux. Eh bien Cyd était tellement dans son rôle que, lors de la scène de la bagarre, elle m’a mordue au sang ! Il me reste donc un souvenir cuisant de notre collaboration ! De plus, j’étais plus jeune qu’elle et également très jolie, alors je ne suis pas sûre qu’elle était ravie de m’avoir sur le plateau (rires). Pour couronner le tout, sur l’affiche du film sous mon nom on peut lire : « The new glamourous MGM star ». C’est amusant. Bien des années plus tard j’ai dîné avec elle à New York puisqu’elle reprenait mon rôle dans Grand Hotel, à Broadway. Nous avons parlé essentiellement business, elle me posait des questions sur le personnage. Comme j’ai dû partir honorer un autre contrat je ne l’ai jamais vue sur scène, mais je suis sûre qu’elle devait être parfaite. »
Meet Me In Las Vegas ! :
Jean-Claude Missiaen critique et réalisateur de plusieurs polars dans les années 80, était un ami de la vedette. Il lui a d’ailleurs consacré un très beau livre, hélas épuisé, en 1978. En voici un extrait : « Ils [NDLR : les chorégraphes qui ont travaillé avec elle] résolvent partiellement, mais sans équivoque, une énigme : qui est-elle ? (…) Ils traitent directement avec une anatomie concrète, voluptueuse et chaste, où se mêlent curieusement la pudeur et l’instigation à la débauche… avec une force intérieure cachée qui ne dévoile que la souplesse de la chair dans ce qu’elle a de plus félin, de plus, pervers, et qui néanmoins, au centre même de l’action, se transmue en impassibilité de marbre… avec un sentiment de féminité profonde qui émane d’un sourire, d’une œillade, d’une cambrure ou de l’arabesque d’un bras… avec une liane qui s’enroulerait comme un serpent tentateur et glisserait comme de l’eau… avec une fièvre et une angoisse, une incertitude et une abstraction. »
« Son type de brune, sa taille, son buste et ses jambes sculpturales incitent à lui confier des emplois de gitanes ou d’indiennes, de vamps ou de Circés dominatrices. Ses antécédents et son charme quasiment « slave » appellent l’auréole des ballerines (Tous en scène, Viva Las Vegas !). Sa spontanéité, son « abandon » sincère et latent, ses élans de biche aux abois la prédisposent à l’inéluctabilité et à la gravité romantique, à l’immatérialité d’un elfe (Brigadoon). Cyd Charisse, progressant calmement au carrefour du Bolchoï et la Quarante-deuxième Rue, satisfait, aérienne et sensuelle, élégante et modeste, étoile et star, aux exigences protéiformes de la supplique. »
Pour terminer cet hommage, Isabelle Georges nous livre les souvenirs qui la lient à la danseuse : « La première fois que j'ai vu Cyd Charisse, c'était à la télévision française…et oui! Je devais avoir six ans et le film s'appelait Silk Stockings (La belle de Moscou).
Elève du cours de danse de Solange Golovine depuis l'âge de cinq ans, je rêvais banalement d'être danseuse étoile mais en voyant Cyd Charisse, mon rêve a pris un tout autre sens… : la comédie musicale ! J'ai été époustouflée par la beauté, le feeling et l'énergie que dégageait cette femme aux longues jambes fuselées. Même si mon numéro préféré reste "The Red Blues", quelle joie de la découvrir aux côtés de Judy Garland (mon autre source d'inspiration) dans The Harvey Girls, ou dans Singin’in the rain aux côtés de Gene Kelly, The Band Wagon, Brigadoon et It's Always Fair Weather. Une très grande dame vient de nous quitter! »