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Aspects of Love – Les affres de l’amour

Le mardi 1 mars 2005 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Grandes oeuvres

Aspects of Love, l'affiche©DR

Aspects of Love, l

Musique de Andrew Lloyd Webber
Livret et Lyrics de Charles Hart et Don Black
Mise en scène originale de Trevor Nunn

Création
A Londres, Prince of Wales Theatre, le 17 avril 1989 (1325 représentations)
A Broadway, Broadhurst Theatre, le 8 avril 1990 (377 représentations)

Principales chansons
Love Changes Everything, Parlez-vous français, Seeing Is Believing, Chanson d’enfance, Everybody Loves A Hero, She’d Be Far Better Off With You, There is more to love, Mermaid Song, The First Man You Remember, Journey Of A Lifetime, Falling, Hand Me The Wine And The Dice, Anything But Lonely.

Synopsis
L’action débute en France à la fin des années 40. De passage à Montpellier, Alex Dillingham, un jeune anglais de dix-sept ans, assiste à une représentation de la pièce « The Master Builder ». Tombé fou amoureux de la vedette du spectacle, Rose Vibert, il revient tous les jours jusquà la dernière. Ce soir-là, il se présente devant Rose, un bouquet de fleurs à la main. Exaspérée de jouer régulièrement devant des salles vides, l’actrice ignore, en outre, où elle va passer les quinze jours de vacances forcées qui l’attendent avant la reprise de la pièce à Lyon. Elle se laisse cependant séduire par la fraîcheur et la naïveté de son admirateur. Les deux jeunes gens prennent un verre ensemble et, prétextant de la tirer d’affaire, Alex invite Rose à séjourner, avec lui, dans sa maison de campagne à Pau. Dans le train qui les conduit à destination, Rose et Alex deviennent amants. Pour le jeune homme, c’est le grand amour; pour sa maîtresse, c’est une agréable distraction avant la reprise de la tournée. Arrivé sur place, le couple doit casser un carreau pour entrer dans la maison. Alex avoue alors que l’endroit appartient à son oncle George, lequel ignore complètement que son neveu est chez lui. Averti par le gardien, George interrompt brusquement l’escapade amoureuse d’Alex et Rose et se montre très séduit par la jeune comédienne. La complicité qui semble les unir attise la jalousie d’Alex mais George finit par quitter la propriété. Quelques jours plus tard, c’est au tour de Rose de partir. Elle est appelée d’urgence par son agent et abandonne Alex en plein désarroi. Le jeune homme comprend, alors, que sa maitresse s’est envoyée elle même le message l’invitant à écourter ses vacances, et qu’elle voulait donc en finir avec lui.

Deux ans plus tard, on retrouve Alex, qui s’est engagé dans l’armée, à Paris. Il n’a jamais revu Rose pas plus qu’il n’a réussi à l’oublier. En visite chez son oncle, il réalise que Rose vit chez ce dernier. Bouleversé par le mépris qu’elle manifeste à son égard, il sort un pistolet et tire sur elle. Il la blesse au bras et se voit aussitôt désarmé par les gens de la maison. George intervient et parvient à réconcilier les anciens amants. Alex se confond en excuses auprès de George et de Rose puis disparaît. Mais le couple formé par Rose et George n’est pas aussi solide qu’Alex l’imagine. Aussitôt après le départ du jeune homme, George quitte Paris pour Venise et retrouve Giulietta Trappani, une jeune artiste italienne qui fut autrefois sa maîtresse et qui reste aujourd’hui sa confidente. Rose les rejoint et, contre toute attente, devient amie avec Giulietta, voire un peu plus. Le trio vit alors avec délice dans la plus profonde immoralité jusqu’au jour où George apprend qu’il est ruiné. Rose, dont la carrière commence à décoller, lui propose de l’épouser. George accepte. Giulietta sera leur témoin. Quelques temps plus tard, Alex, en manoeuvre, reçoit un courrier lui annonçant que Rose attend un enfant de George. Il est au comble du désespoir.

Douze ans ont passé. Rose est devenue une star du théâtre et du cinéma. Pour l’heure, elle joue un spectacle à Paris, avant de commencer le tournage d’un film avec Jean Cocteau. Dès qu’elle a le temps, elle retourne à Pau pour passer quelques jours avec George et leur fille, Jenny. Un soir, au terme d’une représentation, Rose a la surprise de découvrir Alex qui l’attend dans sa loge. Ravie de le retrouver après tant d’années, elle l’invite à l’accompagner à Pau pour faire la connaissance de Jenny. Celle-ci, âgée de douze ans, fait l’admiration de son père qui n’a plus d’autres centres d’intérêt qu’elle. Alex, qui tente de mettre de côté ses souvenirs, se lie d’amitié avec l’adolescente. D’années en années, Alex devient un résident régulier de la propriété de Pau. Il aime toujours Rose et le lui fait savoir mais l’actrice ne veut pas trahir son mari, en tous cas pas avec quelqu’un dont elle pourrait être amoureuse. Jenny, de son côté, a grandi à vu d’oeil. Elle va bientôt avoir quinze ans. Elle est très attirée par Alex et, bien qu’il s’en défende, Alex n’est pas insensible aux charmes de la jeune fille. Vieux et fatigué, George, qui comprend la situation, supporte très difficilement de voir son enfant lui échapper. Un jour, Alex entre dans la chambre de Jenny et lui explique que rien n’est possible entre eux. George les surprend et fait une attaque à laquelle il succombe. Le jour de l’enterrement, Alex rencontre Giulietta pour la première fois. Celle-ci l’invite à faire le point sur ses rapports avec Rose et avec Jenny. Tandis que Jenny implore Alex de patienter jusqu’à ses dix huit ans, Rose annonce au jeune homme que s’il ne reste pas avec elle, elle trouvera quelqu’un d’autre car elle refuse de rester seule. Alex abandonne les deux femmes, et, suivant la philosophie de son oncle, part avec Giulietta pour profiter de la vie au jour le jour.

Le thème
Comme le titre l’indique, le spectacle embrasse, sur de nombreuses années, plusieurs histoires d’amour, aux caractéristiques chaque fois spécifiques (différence d’âge, homosexualité, inceste), qui donnent lieu à une sorte de chassé-croisé quelque part entre Marivaux et Les liaisons dangereuses avec un soupçon d’humour anglais (le passage où Alex tire sur Rose est, par exemple, traité comme une scène comique et la réaction de George face à cet événement s’avère des plus flegmatiques). Mais, s’il est vécu intensément par les personnages, cet amour est surtout le symbole d’une certaine frivolité. Chacun vit ici dans l’opulence, loin de tout souci matériel. L’amour semble être le seul remède à l’ennui. Cela-dit, si les personnages évoluent dans un univers en apparence superficiel, l’angoisse de la mort qui plane sur l’histoire, à travers le personnage de George, confère au spectacle une réelle profondeur. George proclame qu’il faut s’ennivrer de plaisir et profiter de chaque instant sans s’attacher à rien, mais il mourra d’avoir laisser la jalousie s’emparer de lui. Le jour de l’enterrement, chacun reprend sa devise (« Hand Me The Wine And The Dice ») mais personne n’y croit. Alex finit désabusé, abandonnant Rose et Jenny en larmes. On n’échappe pas aux souffrances et on n’échappe pas à la mort.

L’histoire derrière l’histoire
Nous sommes à l’été 1980. Andrew Lloyd Webber et Tim Rice, encore tout auréolés des succès d’Evita et de Jesus Christ Superstar, sont en vacances dans le sud de la France. A la recherche d’un nouveau sujet, ils évoquent la possibilité de travailler sur une histoire à laquelle Rice tient beaucoup et qui se situe dans le monde des échecs puis sur l’adaptation d’un roman de David Garnett, contemporain et ami de Virginia Woolf, Aspects Of Love. Mais les deux partenaires ne parviennent pas à se mettre d’accord et tandis que Rice se tourne vers Benny Andersson et Björn Ulaeus du groupe Abba pour ce qui allait devenir Chess, Lloyd Webber met de côté Aspects pour s’occuper de Cats qui allait être créé à Londres moins d’un an plus tard. Un désaccord sur les lyrics de « Memory », chanson phare de Cats que Rice devait signer, aura définitivement raison de cette collaboration. C’est avec Trevor Nunn, metteur en scène de Cats et auteur du texte définitif de « Memory », que Lloyd Webber tentera de mettre sur pied une première version de Aspects. Celle-ci est présentée, en 1983, au festival de Sydmonton, manifestation supervisée par Lloyd Webber, mais le compositeur se montre peu satisfait du résultat. Il abandonne une seconde fois le projet. Quelques années plus tard, Il recyclera néanmoins certaines des mélodies composées pour l’occasion dans The Phantom Of The Opera (l’une d’entre elle, en particulier, donnera « Music Of The Night »).

C’est précisément après le triomphe de Phantom, créé à Londres en 1986, que Lloyd Webber ressort Aspects Of Love de ses tiroirs. A cette époque, il vient d’aligner trois énormes succès (Cats, Starlight Express, Phantom) et souhaite, à présent, s’atteler à la préparation d’un spectacle plus intimiste. Le roman de David Garnett semble être le matériau idéal. Le compositeur se met donc au travail avec Don Black, parolier de Tell Me On A Sunday du même Lloyd Webber et auteur de quelques uns des plus célèbres génériques de la série des « James Bond », et Charles Hart, jeune poète qui vient de signer les lyrics de Phantom. En juillet 1988 a lieu à Sydmonton un nouveau showcase d’Aspects. A la surprise générale, c’est toujours Trevor Nunn, dont les lyrics initiaux ont été écartés et dont le travail de mise en scène sur Starlight Express a été publiquement critiqué par Lloyd Webber, qui met en scène cette nouvelle présentation. Interprète du rôle d’Alex, Michael Ball, jeune comédien-chanteur anglais qui s’est fait connaître en créant celui de Marius dans Les Misérables de Boublil et Shönberg et qui a repris, en deuxième distribution, celui de Raoul dans Phantom Of The Opera, a l’honneur de chanter le tube du spectacle, « Love Changes Everything », qui atteindra la deuxième place aux charts anglais et fera de lui une star nationale.

Le showcase est un succès et Aspects entre en production. Trevor Nunn engage Maria Björnson (Phantom) pour le décor et Gillian Lyne (Cats, Phantom) pour la chorégraphie. Aux côtés de Michael Ball, on trouvera Diana Morrisson, également présente à Sydmonton. Cette dernière voit son rôle de Jenny, qu’elle interprétait dans son intégralité, coupé en deux. Elle sera l’adolescente à 15 ans tandis que Zoé Hart (la première Cosette enfant des Misérables) l’incarnera à 12 ans. Pour Rose, on parle de Sarah Brightman et de Ute Lemper. Mais, depuis la création de Phantom à Broadway, une clause lie Andrew Lloyd Webber à l’équity américaine. Pour avoir le droit de confier le rôle de Christine à une anglaise inconnue, en l’occurence son épouse Sarah Brightman, au sein de la troupe américaine, le compositeur a promis d’engager une interprète américaine et inconnue pour son spectacle suivant en Angleterre. Il se tourne donc vers Ann Crumb, vue dans la troupe originale des Miz à New York et doublure de Judy Kuhn dans la version américaine de Chess. Au hasard de ses recherches, il trouvera également aux Etats-Unis sa Giulietta: Kathleen Rowe Mc Allen. Pour George, Lloyd Webber pense avoir trouvé l’acteur idéal en la personne de Roger Moore. A 61 ans, l’ex James Bond n’a jamais chanté une note de sa vie mais accepte, néanmoins, de relever le défi. Après plusieurs semaines de répétitions, Moore déclare forfait à temps, selon ses dires, pour que la production puisse lui trouver un remplaçant plus adéquat. C’est sa doublure, Kevin Colson, tout juste sorti de Chess à Londres et créateur du rôle de Clifford Bradshaw dans la version anglaise originale du Cabaret de Kander et Ebb, qui entrera dans le costume de George.

Après une série chaotique de previews et un raccourcissement conséquent du spectacle (trois quarts d’heure environ), Aspects of love ouvre ses portes le 17 avril 1989 devant un public enthousiaste qui gratifie la troupe d’une « standing ovation » de trois minutes. Une fois n’est pas coutume, les critiques sont plutôt positives certaines allant jusqu’à parler d’ « oeuvre de la maturité » pour Lloyd Webber. Mais, en dépit de réservations boostées par l’énorme succès de Phantom Of The Opera, le show ne tiendra l’affiche que trois ans. C’est assez pour rentabiliser le coût du spectacle, moins lourd que les précédents, mais trop peu pour que la rumeur du déclin d’Andrew Lloyd Webber ne s’emballe rapidement. Le sort du spectacle à Broadway confortera les détracteurs de Lloyd Webber et ceux qui pensent que le compositeur a perdu son savoir faire. Très mal accueilli par la presse américaine et en particulier par Franck Rich du New York Time qui fait la pluie et le beau temps à New York, Aspects, qui reprend une bonne partie de la distribution de Londres, ne trouve pas son public. Moins d’un an après la première, et en dépit de la présence de Sarah Brightman, devenue star depuis Phantom et venue renforcer la troupe en fin de parcours, le spectacle ferme ses portes.

Le savoir-faire de Lloyd Webber n’est pas à remettre en cause, en tous cas pas dans le cas présent. Moins grandiose et spectaculaire que Phantom ou Sunset Boulevard, Aspects Of Love n’en demeure pas moins une oeuvre superbe qui assume pleinement, à travers quelques mélodies absolument ravissantes telles que « Seeing Is Believing » ou « The First Man You Remember », le caractère assez léger et superficiel de ce marivaudage. Lloyd Webber a voulu ce spectacle plus intimiste. Il l’est. Dépourvu de gros effets visuels comme on en voit dans les blockbusters anglais de l’époque (le chandelier dans Phantom, l’hélicoptère dans Miss Saïgon, les barricades dans Les Miz), et de situations aussi universelles que celles développées dans lesdits spectacles (la passion d’une bête pour une belle, une histoire d’amour interraciale sur fond de guerre, la rédemption d’un homme en pleine révolution), Aspects ne possède pas les attraits qui, sur la longueur, ont permis aux autres shows d’ameuter un public international.

Deux nouvelles mises en scène de Aspects Of Love partiront en tournée avec un certain succès. La première, dirigée par Robin Phillips sillonera les Etats Unis tandis que la seconde, mise en scène par Gale Edwards, parcourera l’Angleterre après une courte escale à Londres.

Version de référence
Aspects Of Love – Original London Cast
Avec Ann Crumb, Michael Ball, Kevin Colson, Kathleen Rowe Mc Allen, Paul Bentley, Diana Morrisson (qui interprète ici intégralement le rôle de Jenny)
Il s’agit du seul enregistrement « officiel » du spectacle. Réalisé au début des représentations, il ne contient donc pas les nombreuses modifications faites, depuis, sur la partition et sur le livret. Ce détail mis à part, le disque, porté par la qualité de ses interprètes, est magnifique.

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