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Barbara Scaff – A la découverte de nouveaux territoires…

Le jeudi 1 avril 2004 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Barbara Scaff ©DR

Barbara Scaff ©DR

Comment la comédie musicale est entrée dans votre vie ?
Je me souviens être allée voir une comédie musicale pour les enfants à l’âge de 4 ans. Voir les gens danser et chanter sur scène fut une révélation. A partir de cette date, avec mes deux soeurs, tous les dimanches nous nous déguisions et donnions un superbe spectacle devant nos parents. Nous prenions déjà des cours de danse classique, ce qui nous plaisait énormément. J’ai commencé très tôt à voir de nombreux spectacles, profitant du fait que j’habitais dans la banlieue new yorkaise. Je dois rendre hommage à mes parents qui ne nous ont jamais rien refusé concernant la culture, nous étions privilégiées. Du coup, notre éducation théâtrale et musicale s’est forgée dès l’enfance. Il faut dire également que j’avais une marraine, comme une bonne fée, qui m’invitait régulièrement à New York pendant des week-ends prolongés pour voir tous les spectacles ou les films que je voulais. C’était extraordinaire. Grâce à elle, j’ai vu des shows devenus mythiques comme The Wiz, Sweeney Todd… J’en ai conservé tous les programmes.

Quels spectacles vous ont particulièrement marquée ?
Elephant Man, avec David Bowie, de même qu’Amadeus. Godspell m’avait bouleversée. Par ailleurs, pour les shows que nous ne voyions pas, nous avions les disques. Nous les connaissions par coeur et arrivions à recréer, à l’aide de notre imagination, la comédie musicale dans notre salon. Vers 8 ans, je me souviens avoir interprété Peter Pan pour tout le voisinage, en demandant 25 cents pour assister à ces magnifiques prestations ! Quand je vois les photos, cela m’effraie presque. Nous avions aussi aménagé le cellier en salle de théâtre. On organisait des spectacles, soit en prenant des livres à la bibliothèque, ou alors en les inventant totalement. Cela donnait parfois des choses étonnantes puisque nous n’hésitions pas à faire d’une partie de monopoly un happening théâtral. On sentait bien que notre public s’ennuyait un peu, mais que voulez-vous… En tout cas nous avions tous dans le quartier le « theatre bug », le virus.
Un pas a été franchi lorsque j’ai vu Annie, j’ai vu qu’il était possible tout de suite de monter sur scène, sans attendre de devenir adulte. Vers 14 ans, je me suis formée au chant, à la danse moderne, au mime et au théâtre. J’ai eu l’opportunité de commencer à passer des auditions.

Vous avez débuté rapidement ?
A 15 ans, j’ai décroché mon premier contrat dans la comédie musicale Tom Sawyer. Cette compagnie professionnelle se produisait dans un immense théâtre du New Jersey. Comme nous n’étions pas sur Broadway, le show était considéré comme « off-Broadway » alors que nous avions toutes les conditions d’un grand spectacle. Nous étions deux enfants sur scène, entourés d’adultes. Cette expérience m’a énormément plu. Mon chèque, je ne l’ai pas encaissé, je l’ai encadré !
J’ai refait l’expérience avec la même compagnie deux ans plus tard pour Pinocchio. Là, je pouvais défendre un vrai rôle. Je gravissais peu à peu les échelons. J’ai bénéficié de l’enseignement d’une très bonne école à Inglewood. On travaillait pendant une année un drame, une comédie et une comédie musicale. Ce n’était pas rien. J’aimais tellement ça que je continuais l’été.

Quel souvenir d’audition le plus marquant gardez-vous ?
Un casting devant Stephen Sondheim, que j’adore. Aux Etats-Unis, j’ai vu pas mal de ses comédies musicales. L’audition concernait Merrily we roll along, que la production avait décidé de monter avec uniquement des adolescents dans les rôles d’adultes. Pour mon premier passage, je devais jouer quelqu’un de saoul. On m’a demandé de revenir pour l’audition de chant. Mais ma seconde prestation fut… pathétique. Non seulement j’étais pétrifiée de peur, mais en plus, le casting avait lieu dans le théâtre où se jouait Evita, avec une scène très pentue. Pour paraître plus grande, je n’avais rien trouvé de mieux que de mettre des talons. J’ai donc passé le temps de ma chanson à tenter de maîtriser mes jambes qui tremblaient en raison de l’inclination extrême de la scène et de mon trac ! J’avais choisi d’interpréter « I am my own best friend », de Chicago. Autant dire que je ne ressentais pas du tout les paroles !

Quelles sont les dates importantes de votre parcours ?
Tom Sawyer pour commencer. En France, ce fut Les Misérables où j’ai été choisie pour être doublure, malgré ma nationalité américaine. On m’avait dit que l’on ne voulait pas d’anglo-saxon dans la troupe. Je suis tout de même allée à l’audition et ils ont découvert que j’étais américaine après m’avoir embauchée !

Parlez-nous de l’époque des Misérables.
Mon admiration pour Trevor Nunn, le metteur en scène de la Royal Shakespeare Company datait de plusieurs années, lorsque j’avais vu et adoré Nicolas Nickleby, une pièce de 8 heures et demie qui se jouait à guichets fermés à New York et pour lequel ma marraine fée avait réussi à avoir des places. Quelques années plus tard, j’étais donc très impressionnée d’auditionner pour Les Misérables, version Royal Shakespeare Company ! Le côté strict et en même temps bienveillant de l’audition m’ont beaucoup marquée. Et cette compagnie se soudait de manière extraordinaire. On peut véritablement parler d’esprit de troupe. Enfin, j’appartenais pour la première fois de ma vie, à une entreprise internationale.
Etre swing et donc avoir la possibilité de remplacer au pied levé plusieurs personnes, ce n’est pas simple. Cela exige une grande discipline, mais la compagnie n’en manquait pas. Au fur et à mesure, m’imposer comme américaine dans une troupe française fut un vrai défi, jusqu’à arriver à doubler Eponine, l’un des rôles principaux. C’était un parcours du combattant, initiatique. Parfait.
Les auteurs étaient constamment présents. Lorsqu’ils changeaient une phrase, ils appelaient toutes les compagnies du monde entier qui jouaient Les Misérables pour que des corrections soient intégrées partout. Ce déploiement était très impressionnant.

Et après Les Misérables ?
J’ai commencé à faire des voix de dessins animés. Puis j’ai auditionné avec succès pour Les Années Twist, ou plutôt les années Louret ! Ce fut très important d’intégrer cette compagnie : je faisais partie désormais du monde de la comédie musicale et de la variété française. J’ai fait un travail d’ethnologie musicale sur votre pays avec ces spectacles, comme dans une super école.

Quel regard portez-vous sur le travail en France ?
Pour Les Misérables, les problématiques étaient les mêmes que celles de New York ou Londres. Avec Roger Louret, c’était très différent. Si les choses étaient en place une semaine avant la première, il craignait un manque de spontanéité. Donc il changeait sans cesse : nous étions en création continuelle. Les Années Twist, version 1993 n’avait rien à voir avec celle présentée un an plus tard au Palais des Sports. Pour moi, c’était déstabilisant, je n’avais pas encore mes repères. Dans le même temps, quelle école efficace… D’autant que les changements apportaient systématiquement des améliorations. J’ignore si c’est travailler à la française, c’est indéniablement travailler à la Louret ! Cela m’a donné une souplesse qui me manquait. Nous avons travaillé six ans ensemble. Au bout d’un moment, la télévision a pris un peu trop le pas. Personnellement, je suis partie voici quelques années de ma maison de disques liée à TF1, car j’avais des envies artistiques qui ne correspondaient pas à ce qu’ils me proposaient. J’allais finir cataloguée « chanteuse de génériques » ! Toutefois, ce fut une aventure fructueuse, je les en remercie.

Et la comédie musicale aujourd’hui ?
La façon dont les gens abordent le genre maintenant est très différente, notamment en ce qui concerne le marketing. Vous ne trouverez pas aux Etats-Unis des succès discographiques comme ceux de Notre Dame de Paris ou de Roméo et Juliette. Les chansons des musicals n’entrent pas au top 50. La France n’ayant pas cette tradition de la comédie musicale, c’est un moyen d’attirer le public. Personnellement, depuis 2002 j’ai bâti mon répertoire de chansons, mais je n’ai pas eu le temps, pour l’heure, de penser à le monter sur scène.

Aujourd’hui, quel est votre projet ?
C’est quelque chose qui me tient à coeur depuis cinq ans, et occupe une bonne partie de ma vie. Il s’agit d’une revue musicale à partir des chansons des Beatles. Je me suis chargée d’écrire la mise en forme du spectacle, qui racontera une histoire. Les chansons, des valeurs sûres comme vous pouvez l’imaginer, seront interprétées en anglais, le texte en français. Je suis très influencée par la comédie musicale américaine, mais aussi des spectacles comme Smokey Joe’s Cafe, Tap Dogs plus toute l’expérience de Louret…Je suis ravie de pouvoir inviter quelques lecteurs de votre site à mon showcase du 26 avril. J’ai hâte de confronter mon travail au public. Si des producteurs sont intéressés, nous pourrons passer à la vitesse supérieure. Et j’y crois, il faut dire que je suis bien entourée. Sur scène, vous retrouverez des gens comme Laure Balon, Caroline Devismes, Thomas Boissy, Bruce Johnson, Steve Croce, Andy Chase, Xavier Druault. Je tiens à tous les nommer car leur énergie me touche beaucoup. Je me suis aussi attribué un rôle. Nous sommes tous impatients de vous faire découvrir Come together, nous vous attendons !

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