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Belles de nuit (Critique)

Le mardi 7 mai 2019 à 17 h 52 min | Par | Rubrique : Critique, Théâtre musical

Lieu : Théâtre Trévise, 14 rue de Trévise, 750009 Paris, M° Grands Boulevards
Dates : Du 21 mars au 8 juin 2019
Horaires : Jeudi, vendredi, samedi à 21h30, samedi à 17h

Livret : Bénédicte Charpiat et Jonatahn Kerr
Mise en scène, musique, lyrucs : Jonathan Kerr
Chorégraphies : Martin Matthias Ysebaert

Avec Jonathan Kerr, Bénédicte Charpiat, Roxane Le Texier, Audrey Rousseau, Sarah Tullamore, Benoit Urbain

Résumé : 1946 – juste avant la fermeture des bordels. Un monde se ferme oui, celui d’Yvonne, la tenancière. Momo le souteneur va tout faire pour récupérer le cheptel des « Belles de nuit ». Mais quel monde va s’ouvrir ? Marthe Richard, l’ex-prostituée, la repentie, la bigote ne vend-elle pas son âme au diable en condamnant les bordels. Qui punit-elle vraiment ? Les prostituées ? Leurs clients ? Son passé ? L’hypocrite ! La vie sera-t-elle moins pute avec les femmes de petites vertus ?  La pièce musicale « Belle de nuits » esquisse des réponses drôles et poétiques et met en scène avec émotion et sobriété un sujet toujours actuel : la violence faite aux femmes.

La lumière rouge est allumée… poussez la porte de la maison close d’Yvonne et demandez donc à Jacote, Jeanne et Lucienne ce qu’elles pensent de cette violence. Amédée et son piano à bretelles, Jeanne et son violon éternel et même Momo de son ukulélé sauront orchestrer la réponse !

 

Notre avis: Tout juste remis en état et nettoyé après la terrible explosion de sa rue, le Théâtre Trévise a été inauguré en 1893. Au cœur de cette troisième République chaotique, les maisons closes étaient légions. On s’y retrouvait, on s’y caressait, on s’y aimait ; c’était un temps où « on allait au bordel comme on va au ciné ». Cinquante ans et deux guerres mondiales plus tard, une loi tomba comme une guillotine sur la tête des filles : la fermeture des maisons de plaisirs, à l’initiative de la députée Marthe Richard. Elles furent jetées à la rue par dizaines, sans aucune autre protection que la lumière des lampadaires…

Comme un livre d’histoire musical, Belles de nuit revient sur cet épisode tragique, prenant la main du spectateur pour la glisser dans celle de ces filles de l’ombre et l’inviter derrière les murs de ces lieux d’amours tarifés. Nous sommes au printemps 1946. Sous la protection d’Yvonne, les filles des « Belles de Nuit » offrent leur corps aux clients… Amoureuse, rêveuse, garçonne ou machiste, Jeanne, Jacote et Lucienne partagent un quotidien de routine et d’espoirs sans imaginer que le destin va leur fermer la porte au nez…

A la fois instructif et touchant, Belles de nuit mêle les petites histoires dans la grande. Jamais vulgaire, ni déplacé, il donne au contraire une vision tendre et réaliste de ces filles, qui bien souvent par nécessité, se donnent à des hommes qu’elles n’aiment pas. Une vie presque banale de complicité et de rigolade, mais qui n’exclut pas la fatigue, la lassitude, et même l’inattendu coup de foudre ! Des sentiments et des émotions que Bénédicte Charpiat et Jonathan Kerr sont parfaitement parvenus à retranscrire dans leur livret. Au point que l’on s’attache vite à ces filles en dentelles, au parcours bien différent et personnalités bien opposées qui chantent leurs rêves, leurs espoirs et leurs doutes. Les ensembles sont harmonieux et parfois drôles, les rôles bien tenus et les comédiens-musiciens largement polyvalents.

C’est la véritable force de Belles de Nuit, qui porte un double regard passionnant : d’abord sur la vie derrière les murs et les lumières feutrées, mais aussi sur ce qui fut humainement une tragédie et que l’on a tendance à oublier. Par-delà cette réussite, le spectacle manque pourtant malheureusement un peu de souffle et de profondeur ; la faute à une faiblesse de l’intrigue, doublée de chansons sans grande variété. Parfois lent et répétitif, le récit reste parfaitement porté par une troupe investie et aux talents multiples.  Par eux, celui de mettre en lumière mais surtout en musique cette triste page d’histoire n’est pas le moindre.

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