Recherchez

Bernard Alane – Bernard et le fantôme de l’Opéra Comique

Le lundi 1 mars 2004 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Bernard Alane ©DR

Bernard Alane ©DR

Racontez-nous votre arrivée dans le théâtre musical ?
Ce fut par hasard. Gérard Moulevrier, qui s’occupe de casting, a été contacté par des anglais en quête d’un « french lover » pour jouer Bless The Bride à Londres. Il m’avait vu dans une Vie Parisienne qu’avait monté Jean-Luc Bouté. A l’époque, mon expérience était très limitée, je n’avais pas de chanson, rien. Nous étions 150 pour l’audition. J’ai passé les trois étapes et j’ai été choisi. J’ai joué toute une saison, puis je fus rappelé pour jouer Can Can de Cole Porter, toujours dans le West End. J’ai enchaîné avec Alain Marcel pour My Fair Lady, Peter Pan, Kiss Me Kate… Il faut dire également que j’ai fait beaucoup de voix françaises chantées et parlées pour des films Disney comme Le Bossu de Notre Dame ou encore Aladin. Mais on peut véritablement parler de hasard. D’ailleurs, c’est après avoir commencé dans le domaine du théâtre musical que j’ai pris des cours de chant. En tant que comédien, j’y avais pensé, mais de manière molle : je ne voyais pas comment cela pourrait un jour se concrétiser. Je dois avouer, avec l’expérience, avoir le chant et le jeu, pour un acteur, c’est un support émotionnel formidable.
Dès qu’un personnage français se trouve dans une comédie musicale, je le fais ! C’est le cas pour South Pacific, que j’ai joué à Sydney. Avec Lambert Wilson, qui lui a une vraie voix, nous sommes les deux français à posséder une véritable expérience.

Peut-on parler de vocation théâtrale ?
Ma mère est comédienne, j’ai suivi son exemple. L’école ne m’intéressait pas. Je suis entré à 16 ans au Conservatoire, avec une dérogation car c’est très jeune. De toute manière, je n’avais aucune autre idée : seul devenir comédien m’occupait.

Quel regard portez-vous sur votre expérience musicale ?
J’avais déjà une longue expérience théâtrale avant d’aborder le genre. La comédie musicale est sans doute la chose qui me fait le plus peur au monde. On ne rattrape pas le fait de commencer à chanter tard. Si vous respirez avec la musique comme certains qui ont débuté dès leur plus jeune âge, vous possédez une liberté que l’on ne possède pas quand on commence à 38 ans… Pour moi le chant n’avait de sens que s’il s’intégrait à une oeuvre dramatique. Je ne me vois pas faire un tour de chant, par exemple. Les émotions de la comédie musicale sont irremplaçables. Lorsque l’underscore apparaît sous la parole et que tout à coup vous vous mettez à chanter, cela a quelque chose de magique et, pour moi, c’est une valeur ajoutée. Après avoir commencé dans le musical, lorsque je remontais sur les planches pour des pièces classiques, j’attendais la musique, cherchant en vain l’orchestre ! Maintenant, le théâtre musical représente cinquante pour cent de mon activité. Pour la comédie musicale, il me semble important que, pour un comédien, la musique et le jeu soient au même niveau. L’un ne doit pas primer sur l’autre.
De ma génération, nous sommes très peu, cela joue donc en ma faveur. Chez les jeunes, c’est différent : la compétition est plus rude. Aujourd’hui tout le monde peut chanter, c’est parfois un peu dommage.

Parlez-nous de Viva l’Opéra (Comique)
Un corniste qui a fait toute sa carrière à l’Opéra Comique est très ami avec le fantôme qui hante les lieux. Ce point de départ permet de dresser l’histoire de cet endroit mythique en citant différents spectacles musicaux, plus ou moins connus, qui y ont été créés (comme Carmen, de Bizet) ou joués. Ce corniste est invité dans un petit groupe d’élèves de chanteurs d’opéra pour un thé culturel. Leur hôte les amène au théâtre pour une visite particulière, escorté par ce fantôme qui est là depuis 300 ans. Disons qu’il s’agit d’une compilation de tout ce qui s’est passé de principal avec des scènes écrites par Benoît Duteurtre.
J’adore ce théâtre, il m’évoque Offenbach. Je trouve dommage qu’il n’ait plus d’image. Le fantôme est désespéré de voir que ce lieu ne sert plus la musique française, n’aide plus les jeunes chanteurs. Dès qu’on met à l’affiche des oeuvres que les gens aiment, c’est bourré.
D’ailleurs je ne serais pas étonné qu’un public jeune découvre ce théâtre et ces compositeurs : le spectacle est tout à fait accessible au plus grand nombre. Gérard Fortune, le metteur en scène, est quelqu’un d’épatant. Nous avons déjà travaillé ensemble pour La Grande Duchesse de Gérolstein, oeuvre dans laquelle il m’a écrit un rôle. Le mélange lyrique et acteur me fascine. J’aime la confrontation des mondes, faire tomber les barrières.

Comment abordez-vous un nouveau rôle ?
Je ne lis pas la musique… Alors je bétonne avant. Avec ma professeur de chant, je travaille d’arrache pied. Cela dit, c’est facile sur des choses carrées, je rencontre des problèmes dès qu’il faut se lancer dans des choses plus élaborées comme des duos. J’ai pour moi d’avoir une bonne oreille. Avec ma méthode, j’ai acquis une sorte d’automatisme qui serait sans doute troublé si j’apprenais les partitions de manière classique. Dans ce nouveau spectacle, je ne chante que très peu. Et là, je suis un acteur qui chante…
Il faut dire que je me frotte à des chanteurs confirmés. Je compte sur leur indulgence. Comme beaucoup de paresseux, et qui plus est angoissé, je peux rester des jours à ne rien faire, mais en fait je n’arrête pas. Je ne supporterais pas d’être pris en flagrant délit d’incompétence. D’autre part, comme cette vocation est tardive, je dois de toute manière travailler deux fois plus que les autres. Et là nous chantons sans micro.

Quels sont vos projets ?
Je ferai un spectacle à Hébertot. J’aime, pendant les répétitions, les théâtres vides, le silence… On entend presque le monde. Plus j’avance et plus je trouve le théâtre musical effrayant. Et à chaque fois je me retrouve avec ces choses compliquées vocalement, rien de reposant dans tout ça. Mais mieux vaut être tiré par le haut ! D’ailleurs en ce qui concerne mes désirs, je dois vous dire que je suis fou de Sondheim. C’est d’une classe folle. Ses mélodies semblent immatérielles, en opposition avec tous les tubes qui doivent impérativement « rester dans l’oreille ». ce n’est pas un musicien à rengaine, il est trop sophistiqué pour cela. Sweeney Todd me tenterait vraiment. Je le répète : j’adorerais jouer le rôle du barbier qui trucide ses voisins. Vous pensez que je serai entendu ?

Partager cet article

  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • MySpace
  • RSS
  • Twitter

Laisser un commentaire