Dimanche a eu lieu la dernière représentation de Cabaret. Grâce à l'invitation d'un ami généreux, j'ai pu assister à cette soirée et autant dire que l'ambiance était électrique. Avant même le début du spectacle, le public était conquis et dès l'ouverture la troupe s'est donnée avec une énergie rare.
Les aficionados étaient aux aguets mais il n'y a pas eu de blague (visible du public en tout cas) de dernière. Mais est-ce que le spectacle s'y prête ? Peut-on rajouter des blagues sexuelles à une mise en scène qui comporte déjà une simulation de fist-fucking et de zoophlie ? Difficile. Mais qui a besoin de blagues ou de clins d'oeil quant une Claire Pérot à fleur de peau nous offre un "Cabaret" à couper le souffle ?
Comme dirait ma voisine choucroutée : "Wow".

Les saluts étaient, comme on pouvait s'y attendre, chargés d'émotion. Les filles de la troupe sanglotaient tellement que moi-même, je n'ai pu retenir une petite larme, ce qui étonnera sans doute les nombreuses personnes qui pensent que j'ai un coeur de pierre. Non, je n'ai jamais mis les pieds sur scène (si on exclut la fois où j'ai visité le Théâtre du Châtelet, et la fois où j'ai joué "J'ai du bon tabac" à la flûte à bec à la fête de fin d'année du collège, en 6e) et pourtant, j'étais en totale empathie avec les Kit Kat girls qui pleuraient à chaudes larmes. Je n'ai jamais connu d'émotions de première ou de dernière, mais côté relations avortées, j'en connais un sacré rayon.
Cabaret parle de la fin d'une époque, du spectacle comme échappatoire à la réalité, de relations qui se terminent sans pour autant être tranchées, d'individus qui se séparent sans se faire les adieux dont ils auraient rêvé. Et pendant un moment, on pouvait se demander où était la frontière entre la fiction et la réalité.

La soirée continuait ensuite avec une fête dans le foyer des Folies Bergère. Les personnes invitées s'étaient vues remettre un bracelet de plastique noir leur donnant accès à cet after. Et bien, figurez-vous que je n'avais pas le fameux sésame (car invitée par un ami et non par voie officielle). Est-ce que vous croyez que ça m'arrête ?
Certains membres de ma famille ont creusé des kilomètres de tunnels souterrains avec une petite cuillère pour déjouer l'ennemi américain durant la guerre du Vietnam, est-ce que vous pensez sincèrement qu'une petite bande de plastique noire me fait peur ?

Si je peux donner quelques conseils à mes pauvres amis qui sont restés sur le carreau :
- N'affichez jamais une tête de loser, genre "rhooo j'ai trop envie de m'incruster". L'impression que vous devez donner, c'est que votre présence est un privilège pour les organisateurs, pas le contraire. Capito ?
- Evitez de traîner en groupe de plus de deux. Le facteur "lose" est d'autant plus multiplié si vous êtes nombreux, donc vous êtes plus facilement repérable par la sécurité.
- Restez à l'écoute. Des astuces peuvent venir de conversations environnantes, ouvrez grand vos oreilles et prenez vous pour Fantomette ou Alice Roy, détective. Vous verrez, c'est fun quand on se prend au jeu.

Alors, sans vouloir faire de lapalissades, une ambiance de dernière n'a rien à voir avec une ambiance de première : moins d'invités, moins d'alcool, moins le coeur à la fête... Et puis, il n'y avait pas de fontaine de chocolat. Et puis, a-t-on vraiment envie de se trémousser en hurlant "I need some hot stuff baby tonight" alors que c'est la fin d'une aventure et qu'on n'a bu qu'une coupe de champagne ? Moi pas.
A 0.32 : plus de champagne. Signe qu'il est l'heure de rentrer chez moi. Adieu le Kit Kat Klub... A bientôt peut-être ?



Ci-dessus : le fameux bracelet, honteusement mendié à un de mes co-rédacteurs en chef, qui, magnanime, me l'a offert en guise de cadeau de Noël + cadeau d'anniversaire. J'envisage de le mettre autour du cou de mon chat.