La Saint Valentin approche et avec elle l'horrible sentiment de ne pas être comme les autres car célibataire.
Dans les années 90, toutes mes copines et moi étions célibataires et ça ne choquait personne. Forcément, on était jeunes. Quand on a 18 ans, c'est beaucoup moins gênant vis-à-vis de la société, c'est même normal.
Pour ma part, dans les années 90, j'attendais le Prince Charmant, avec une vision romantique du monde. Je chantais : "You are sunlight and I moon" ou encore "Le coeur au bonheur, êtes-vous le prince que j'attendais ?" en attendant avec impatience le jour où je le chanterais à quelqu'un de réel, et pas à mon poster de River Phoenix (sans parler de mes parents qui subissaient l'Original London Cast de
Miss Saigon en boucle et ont vite compris qu'il ne s'agissait pas d'un CD de musique traditionnelle vietnamienne).
J'étais jeune. J'étais bête.
Puis vint le nouveau millénaire entamé sous d'inquiétants auspices. Le monde entrait dans l'ère du speed dating, de Meetic et des soirées Sex & The City. Le mot d'ordre était : consommation. Même le théâtre musical s'y mettait. Andrew Lloyd Webber remettait au goût du jour son
Tell Me On A Sunday à l'ère du virtuel. Broadway ne voulait plus des grandes sagas épiques et romantiques. Le retour était à la comédie avec des personnages qui s'écriaient fièrement "I'm a big girl now !" ou encore "Flaunt it !". Et à la radio, on entendait :
"Nous-on-fait-l'amour-on-vit-la-vie-on-se-fout-pas-mal-de-la-morale-na-na-na-na-nère". Bref, il fallait s'amuser et personnellement, il n'a pas fallu me le dire deux fois.
Et puis, nous voilà quasiment à la fin d'une décennie. Bientôt, nous entrerons dans les années 10 et je suis quasiment la seule célibataire de mon groupe de copines des années 90.
Aujourd'hui, je ne considère plus "Sun & Moon" comme étant la chanson "trop cool romantique". Je ne m'identifie plus à Lea Salonga, désormais mariée et mère.
Aujourd'hui, j'écoute la BO de
Sweeney Todd et je m'identifie à Johnny Depp. J'écoute sa voix grave chanter des mots d'amour à ses rasoirs ("My Friends") et je pense à ça quand j'empoigne mon Bic Lady sous la douche.
Alors, oui, l'eau a coulé sous les ponts, le temps est passé, et on a tous changé.
Ce qui reste rassurant, c'est qu'il y aura toujours le théâtre musical pour nous accompagner dans chaque étape de nos vies, que ce soit dans nos rêves, nos espoirs, ou nos désillusions.