// vendredi 13 juin 2008
Effusions
Par Yvonne, vendredi 13 juin 2008 à 11:58 :: > Réflexions hautement philosophiques
J'ai découvert les films de François Truffaut lorsque j'étais adolescente. Je me souviens avoir vu Le dernier métro, enfoncée dans le fauteuil en cuir marron du salon, vêtue de mon pyjama en pilou rose, et mes lunettes géantes sur le nez. Fascinée, je découvrais cette histoire d'amour impossible dans l'univers du théâtre parisien, de ses coulisses et de ses planches.
Je me souviens d'une scène en particulier (et je m'excuse par avance si les années ont un peu effacé la précision de cette scène dans ma mémoire).
Le rideau tombe après une première et la troupe s'étreint et se félicite de joie. Deneuve, dans la fébrilité générale, en profite pour embrasser Depardieu sur la bouche, profitant de cet instant d'effusions spontanées pour laisser parler ses sentiments longtemps enfouis. Plus tard, elle justifiera son geste avec désinvolture, prétextant que tout le monde fait ça dans le milieu du spectacle.
Dans mon pyjama de pilou rose, je me disais une nouvelle fois, et ce malgré les drames vécus par les protagonistes, que la fiction était définitivement plus excitante que ma petite vie de collégienne modèle.
Quelques années plus tard (la décence et mon Alzheimer grandissant m'empêchent de vous préciser le nombre exact), ma réalité a rejoint cette fiction lorsque l'on m'a proposé d'être la maîtresse de cérémonies de La vie est une comédie musicale (vendredi dernier pour ceux qui suivent) et d'être entourée par une troupe aussi charmante... qu'appétissante.
Vous savez sans doute que les artistes ont une tonne de petites manies et de superstitions pour conjurer le trac et se souhaiter plein de bonnes choses avant de monter sur scène.
Je ne suis pas sûre qu'il y ait une explication rationnelle et scientifique à tout ça, mais étreindre Sinan, embrasser Fabian Richard et palper les fesses de Cyril Romoli en disant "toï toï" (l'équivalent néerlandais (?) de "Merde") ont définitivement conjuré mon trac. Pourquoi croyez-vous que j'aie hurlé comme une démente sur mon entrée ? Car j'étais ivre de bonheur, tout simplement !
Ces brèves secondes de plaisir furtif mais intense m'ont confirmé que toutes ces semaines de sommeil perturbé, de stress, de répétitions et de régime strict pour pouvoir entrer dans mes (nombreuses) robes valaient finalement le coup.
Tant de souffrance pour si peu de plaisir ? And so what ? This is the story of my life !



