Ca, c'est fait.
Oui, hier soir, j'ai bravĂ© l'avis de tempĂȘte pour me rendre :
- à l'autre bout de Paris
- en métro
- dans le froid
- pour voir
Cléopùtre.
Et je ne sais lequel de tous ces facteurs Ă©tait le plus difficile à surmonter.
Je dois préciser que j'étais accompagnée de Dimitri, un des mes amis gays.
Alors, oui, je sais, à mon Ăąge, thĂ©oriquement, on est censĂ© ĂȘtre sortie de sa pĂ©riode "fille à pĂ©dĂ©s". Genre : "Je sors qu'avec des gays parce qu'au moins ils ne me jugent pas et ils ne me renvoient pas sans cesse à la face la solitude abyssale qu'est ma vie contrairement à mes copines dĂ©jà casĂ©es et mĂšres de familles (et avec des poches sous les yeux, by the way, et pas à cause de leurs folles nuits de sexe)."
Mais bon, bref, en attendant, j'ai pas trouvé mieux et Dimitri m'invite toujours au restau aprÚs. Et ça j'adore.
Je ne sais pas pourquoi, mais Dimitri était hyper motivé pour aller au Palais des Sports et délaisser son mari qui lui avait pourtant préparé une soupe de légumes bios.
Ce soir-là, il faut croire que, pour lui, la vie de ClĂ©opĂątre en version pop avait quelque chose d'irrĂ©sistiblement attirant.
Il faut préciser que Dimitri est un gay "tout court". Pas un gay folle de comédies musicales.
La diffĂ©rence entre les deux, c'est que si vous emmenez un gay folle de comĂ©dies musicales à un spectacle de Kamel Ouali, il va vous emmerder toute la soirĂ©e à faire des commentaires :
"Aucune dramaturgie... Aucune chanson en situation... C'est ni fait, ni à faire, c'est inepte [NDY : certains adorent utiliser des adjectifs un peu originaux]... Hellooo ? Z'avez entendu parler de Sondheim, Mister Ouali ?[NDY : Les plus mĂ©chants disent mĂȘme "Miss", voire "Girlfriend", mais pour ma part, je trouve ça inconvenant et dĂ©placĂ©]... Same old shit, different show [NDY : certains adorent faire des commentaires en anglais bien qu'ils soient aussi français que vous... et moi]... Je vais offrir une place à mon ex pour le faire souffrir..."
Bref, les gays folles de comédies musicales sont juste terriblement chiants. C'est pour ça que je ne sors plus avec mes chefs par exemple.
Un gay tout court va juste apprécier le spectacle des mùles quasi nus, sans demander son reste.
Et autant vous le dire tout de suite, c'Ă©tait la fĂȘte à Dimitri !
DÚs le départ, les danseurs ne portent rien d'autre qu'un petit pagne (les Egyptiens) ou des jupettes de cuir rouge (les Romains).
Les pectoraux semblent durs, les abdos sont dessinés et les tétons pointent.
DĂ©jà, je sentais mon camarade frĂ©mir sur son siĂšge, sans mot dire.
Rien.
Pas de commentaire perfide sur le livret ou la musique.
Dimitri était juste hypnotisé.
Et juste quand on pensait que ça ne pouvait pas devenir plus
gay Ă©vocateur que ça, voilà que l'on a droit à une sĂ©quence de combat... entre gladiateurs... avec des harnais... et des slips de cuir rouge... des corps-à-corps testostĂ©ronĂ©s... et deux hommes qui s'agrippent sur un filet suspendu...
Là, c'en Ă©tait trop.
Dimitri, des larmes plein les yeux, se retourne vers moi et me dit : "Oh, c'est comme dans le
Girlie Show de Madonna, le tableau 'The Beast Within'."
(Illustration)
Puis, Dimitri a cessé de faire des comparaisons et s'est replongé dans la contemplation de ces masses musculaires en mouvement.
Ce qui est bien avec Kamel, c'est qu'on sait toujours quels spectacles il a aimĂ©s car il leur rend toujours hommage d'une façon ou d'une autre. Et là, visiblement, il a bien aimĂ©
Le Roi Lion. Il y a des marionnettes (mais en plus grand, parce que c'est TF1). Il y a des végétaux et des animaux (mais en doré, parce que c'est TF1).
De mon cÎté, j'étais bien perplexe.
Je ne peux pas dire que mon oeil n'Ă©tait pas attirĂ© par ces magnifiques specimens mais ils avaient tellement l'air de s'Ă©clater entre hommes que, nous, femmes, nous sentions un peu à l'Ă©cart.
D'ailleurs quand
Brutus César un homme en jupette Octave
Néron Caligula a décrété : "La femme ne sera jamais l'égal de l'homme !", nous, les femmes, avons toutes hurlé comme un seul homme.
Histoire de montrer que oui, on existe !
Je me suis donc concentrée sur les costumes, les décors,
la musique,
l'histoire,
les chanteurzzzzzzzzzzzzz....
Quelques tableaux ont attiré mon attention. A un moment, les danseurs ont des sortes de tubes crénelés au bout de leurs bras, rappelant vaguement quelque chose d'organique...
Des intestins ?
Je vous ai dĂ©jà parlĂ© du cĂŽlon gĂ©ant dans
Le Roi Soleil
Bon, Kamelounet. Je suis désolée de tenir des propos aussi triviaux sur ce blog mais... hum...
As-tu des problĂšmes intestinaux ?
As-tu entendu parler de la
Boldoflorine ?
Ou tout simplement des pruneaux d'Agen ?
Parce que si tu parviens à rĂ©gler cette obsession des intestins, pour le prochain spectacle, tu pourrais illustrer une autre maladie.
Le psoriasis, par exemple.
Ou les hĂ©morroĂÂŻdes ?
A un autre moment, il y a quatre hommes qui semblent flotter dans le ciel, comme dans un rĂȘve.
C'est magnifique, je dois bien le reconnaĂźtre. Ces hommes sont torse nu et ne portent que des pantalons moulants dans une matiĂšre qui a l'air doooooouce et fooooormidable, genre avec des petites plumes.
Oui, oui, oui. C'est trĂšs trĂšs beau. Ceci dit, dans mes rĂȘves à moi, c'est MOI qui porte des choses avec des plumes, et les hommes ne portent rien.
Ou alors des vĂȘtements un peu plus virils.
En tout cas, on sait que depuis
Les Demoiselles de Rochefort, les metteurs en scĂšnes chorĂ©graphes aimaient occuper tout le plateau, mĂȘme pour un solo super intime.
Mais jusqu'à prĂ©sent, il s'agissait de l'espace au sol.
Désormais, il va falloir compter aussi sur l'espace en l'air.
*****ATTENTION SPOILER - NE PAS LIRE SI VOUS AIMEZ LE SUSPENSE******
Le spectacle s'achĂšve avec un magnifique tableau aquatique.
Enfin, avec de l'eau.
Il y a une sorte de cercle qui se soulÚve, un peu comme une plaque d'égout géante, pour révéler un petit bassin.
Il y a une mama black et chauve qui nous explique que c'est la fin ("Ooooh ooooh, y-a-t-il une histoire qui se finirait bien ?").
Et tout le monde va marcher et danser dans le
pédiluve.
Cléopùtre, reine des mycoses ?
Hummm, en me relisant, je me dois de présenter toutes mes excuses.
Je crois que c'est moi qui suis obsédée par les maladies, l'hygiÚne et la propreté.
Le spectacle s'achĂšve donc.
Kamel oublie de remercier son producteur.
On file demander une coupe de champagne grĂące à notre bracelet magique ("What ? Et rien à manger ????").
Dimitri aimerait rencontrer les danseurs mais se contente de zieuter Arielle Dombasle qui confie à sa copine : "Quelle pĂȘche incroyable !".
Niveau people, je repĂšre seulement DaniĂšle Gilbert et je me demande, inquiĂšte... Mais oĂč est donc Isabelle Charles ?
En mĂȘme temps, cette fan du total look (all black pour
Rabbi Jacob, all pink pour
Hair) Ă©tait peut-ĂȘtre habillĂ©e en all blue, et du coup, s'est confondue avec les fauteuils ?
Dimitri et moi filons manger une choucroute dans la brasserie la plus proche.
Il était temps, je mourrais de faim.
En s'enfilant un dernier godet, Dimitri me confie que la derniĂšre blague à la mode dans le Marais, c'est de demander : "Tu aimes les comĂ©dies musicales de gladiateurs et le dernier album de Kylie Minogue,
Boombox ?" afin de mesurer le degré de "folitude" de quelqu'un.
Il me lĂąche, avec un petit rire cristallin : "Moi, j'adore !"