Ce soir, France Gall présentera sur France 2 une émission spéciale pour fêter les trente ans de
Starmania en faisant interpréter les grands tubes de l'opéra rock de Michel Berger et Luc Plamondon par la jeune génération.
Quand on dit "jeune génération" dans les magazines télé, il s'agit évidemment de gagnants ou participants aux émissions de télé-réalité ou télé-crochet, pas de chanteurs qui font des scènes partagées à l'Essaïon ou aux Blancs Manteaux.
On aura donc plusieurs gagnants de la Nouvelle Star (Amandine, Willem, Doré) et de la Star Ac (Jenifer, Nolwenn Leroy). Tiens, personne de Popstars ?
Néanmoins, pour faire bonne mesure, il y aura quelques interprètes des versions scéniques (Maurane, Diane Dufresne qui a ACCEPTE de chanter "Les adieux d'un sex symbol" pour la DERNIERE fois, mouais) ainsi que - choix audacieux - Catherine Ringer qui chantera "Un garçon pas comme les autres" parce que "ça lui rappelle une histoire d'amour qu'elle a vécue".
Bienvenue au club, Cathy. Et puis, ma brave dame, ça va pas aller en s'arrangeant. Les hétéros portent des chemises moulantes et les gays de vieux survets de caillera. On ne sait plus à quel saint se vouer. Mais je m'égare.
Cette évocation de
Starmania me rappelle ma jeunesse. Evidemment, je n'étais pas née lors de la création, enfin, je ne crois pas, mais je me souviens très bien de la version de 88.
Je n'étais alors qu'une petite gaminounette de rien du tout, et avec mes copines, quand on se retrouvait le mercredi après-midi après les activités de l'AS (Association Sportive) du collège, on se faisait des mini spectacles
Starmania .
Ne rigolez pas. Je sais que beaucoup d'entre vous sont arrivés à la comédie musicale par ce biais et que des spécialistes qui s'affichent comme des Sondheimiens purs et durs écoutent "Monopolis" en cachette.
Alors, voilà , on se retrouvait chez Sandra Dumez, on enfilait des oripeaux noirs, celles qui avaient des cheveux courts se faisaient des pics avec du gel, on prenaient des brosses en guise de micros et c'était parti, Messieurs Dames.
Pour une raison que j'ai encore du mal Ă comprendre, on me refilait toujours le rĂ´le de Sadia.
- Pourquoi je fais toujours Sadia et pas Marie-Jeanne ?
- Parce que t'es, comment dire, un peu dure comme elle. Marie-Jeanne, elle est grosse et elle est sympa, comme Valérie. Moi, j'suis blonde, j'suis mince, j'fais Cristal.
- Mais Sadia, c'est un travelo normalement !
- T'as vu ta tĂŞte ?
Bon gré, mal gré, je revêtais un fuseau noir et je criais "Vous quitteriez vos femmes pour partir avec moiiiii !".
J'étais un peu malheureuse, certes, mais ces petites mises en scène m'ont permis de créer des liens avec Laurent Grandjean* qui se retrouvait toujours à jouer le rôle de Ziggy, pour des raisons qui n'étaient jamais dites clairement.
(*Certains noms ont été modifiés)
Quand je rentrais chez moi, j'écoutais les chansons de Marie-Jeanne et je me demandais pourquoi personne ne voyait que j'étais une Marie-Jeanne et pas une Sadia.
C'est vrai que, comme Sadia, j'étais bien contente quand Cristal mourait. Mais j'avais quand même plus de points communs avec la discrète serveuse déprimée dans son bar obscur qu'avec la méchante terroriste travesti qui s'éclate en mettant des bombes dans les parkings.
D'ailleurs, j'avais l'impression que "La complainte de la serveuse automate" avait été écrite pour moi. Je n'en étais pas au point d'envisager de devenir agricultrice bio ("un jour vous verrez la serveuse automate s'en aller cultiver ses tomates au soleil") mais j'avais très certainement envie "qu'on me fiche la paix", et je me demandais bien ce que j'allais "faire de ma vie".
Je crois qu'en fait, je n'ai pas beaucoup changé, hormis le fait que je suis beaucoup plus encline aujourd'hui à devenir agricultrice bio.
Pour ceux qui ont vécu sur une autre planète les trente dernières années, session de rattrapage ci dessous (et petite pensée pour Réjane Perry au passage) :
Aujourd'hui, je n'ai plus aucun lien avec mes copines qui me forçaient à jouer le rôle de Sadia.
Ah si ! Cristal m'a demandée comme amie sur Facebook mais pour le moment, je l'ignore.
En revanche, je vois toujours Laurent Grandjean.
Désormais, il s'affiche comme un Sondheimien pur et dur et porte des survêts de caillera.