Quand j'étais petite, on m'appelait Bruce Lee.
Non, pas que j'Ă©tais un garçon manquĂ© ou une experte en nunchaku, mais dans ces annĂ©es là, Bruce Lee Ă©tait le seul Asiatique vraiment connu du grand public (mĂȘme s'il est mort, hum, bien longtemps avant ma naissance).
Alors, les enfants pour se moquer m'appelaient "Hey, Bruce Lee !"
Comment auraient-il pu savoir, à leur jeune Ăąge, qu'il eut Ă©tĂ© plus judicieux et plus conforme à ma personnalitĂ© de m'appeler Mme Mao ?
Mais peu importe, et comme on apprend à se dĂ©fendre comme on peut, pour ma part, je prenais une position de kung-fu (ou de karatĂ©, je n'ai jamais su) et je poussais un cri qui venait des tripes. En gĂ©nĂ©ral, ça marchait.

J'ai donc été ravie d'apprendre que Broadway nous préparait une comédie musicale sur Bruce Lee.
Je suis ravie, non pas pour postuler à un quelconque rĂŽle, mais plutĂŽt pour avoir l'occasion de voir un peu plus de talents asiatiques dans le théùtre musical.

Alors, certes, aujourd'hui, par rapport aux années 70 80 les choses ont changé. De nombreuses stars asiatiques sont plus ou moins connues du grand public, comme Gong Li, Zhang Ziyi ou Lucy Liu. Sauf que maintenant, quand on veut se moquer de moi, on ne me dit pas "Hey, salut Gong Li !", ce qui me comblerait de bonheur. On me dit "Hey, salut Marjolaine ! Il va bien Greg le millionnaire ? Tu t'es bien fait entuber, hein ?"
Je crois que je préfÚre qu'on m'appelle Bruce Lee.