C'est toujours avec une certaine appréhension mêlée d'un sentiment de culpabilité, mais également d'excitation non rationnelle que je me rends au Palais des Sports pour voir un spectacle.
Tout d'abord, il y a le voyage qui fait d'une soirée au Palais des Sports une véritable expérience en soi. Rive gauche ! Le quinzième ! Les abord du périphérique ! So exotic ! Et pour peu que le métro soit perturbé et que vous soyez obligés de descendre quelques stations avant, l'exploration et la découverte sont encore plus totales : ces petites rues calmes, ces échoppes tellement charmantes... Je me serais crue dans un quartier de Brooklyn, avec juste ce qu'il faut de jetlag.
L'autre chose très excitante lorsqu'on se rend au Palais des Sports réside dans le spectacle que l'on va voir. Que de souvenirs émus sont associés à ce lieu : danseurs quasi nus, abdos d'acier, cuisses de fer. Ah, memories.
C'est donc avec beaucoup de curiosité que je suis allée découvrir
Le Roi Soleil, avec ses extravagantes crinolines, ses fabuleuses perruques et ses menuets. Enfin, je peux approfondir mes connaissances sur la vie à la cour de Versailles puisqu'au collège, durant les cours d'histoire, je préférais dessiner des coeurs dans la marge de mes cahiers en regardant Arnaud D. ou Fouad F. plutôt que d'écouter Mme G.
J'interromps brusquement la rédaction de ce billet puisque mon amie Mawie (avec qui je discute parallèlement sur msn - oui, je suis une femme, je peux faire plusieurs choses en même temps) qui m'accompagnait au spectacle, m'informe que nous sommes allées voir
Mozart, l'opéra rock.
J'avoue que je tombe des nues.
Je lui écris alors : "Mais comment tu sais que c'était un spectacle sur Mozart, il n'y a rien qui le montre vraiment !".
Elle me répond : "La nana qui vendait des programmes criait 'Mozart, demandez le programme !'"
Je réponds "lol" (c'est vraiment quand je ne sais pas quoi dire et que je me trouve conne que j'écris "lol").
Okay ! loooooooooooooool ! Maintenant je comprends mieux pourquoi il n'y avait pas Emmanuel Moire.
Alors, c'est vrai, vous me direz que "Etre à la hauteur" et les titres du
Roi Soleil sont sortis il y a déjà un sacré bout de temps, mais en même temps, à force de faire la promo ultra à l'avance, on finit par s'y perdre.
On me signale même que j'ai déjà vu
Le Roi Soleil et que j'ai déjÃ
écrit dessus. C'est fou comme on oublie vite certaines choses.
Je recommence donc : je suis allée voir
Mozart, l'opéra rock.
Comme vous le savez sans doute le Palais des Sports et grand mais ce qui est bien, c'est qu'il y a des tentatives de l'aménager pour qu'on s'y sente comme à la maison : il y a des écrans télés avec de la pub. Malheureusement, la télécommande n'est pas livrée avec : impossible de couper l'image et encore moins le son.
Justement, parlons du son. Certains de mes amis qui sont allés voir
Mozart ont trouvé le son un peu fort, mais merde, quoi, les amis, vous êtes au Palais des Sports, pas au Point Virgule.
Et puis, il y a un équilibre tout à fait délicieux entre le volume sonore des chansons et l'adorable douceur de
Miccelli Ponto Micaelo Leconte Miccio Mitchi Mikaelangelo Lokonte. Le parti pris de lui faire jouer ses scènes tout en délicatesse est absolument merveilleux. C'est un peu comme si un Etienne Daho sous Prozac déclamait
La Voix Humaine de Cocteau en version soft. C'est un concept ultra intéressant. J'adore la douceur.
A bien y réfléchir, il y a des tonnes de trucs que j'ai adorées dans ce spectacle.
Par exemple, il y a des anachronismes ici et là . Un photographe au mariage ? Mais oui, c'est une idée fabuleuse ! Le vérité historique est une valeur totalement bourgeoise. J'adore les partis pris rebelles.
Trop hype aussi la première apparition de Aloysia Weber, interprétée par Melissa Mars, accompagnée par des danseuses qui manipulent des boules disco. J'adore le disco.
A un autre moment, il y a une scène un peu SM chic édulcoré (à l'opéra tout de même) où les femmes se servent des hommes comme de chaises. Pas plus tard que l'autre soir, je disais à un des mes
amants amis connaissances qu'il ferait une merveilleuse table basse. J'adore le concept de meubles humains.
Il y a également une chanson qui s'appelle "Tatoue-moi" (un tube me dit-on, "Tatoue-moi sur tes seins"... ça doit faire mal ?) qui se passe à Paris où des jeunes gens avec des longs bâtons font une simulation de ski de randonnée. J'adore le ski de randonnée (mais, mon Dieu, que de courbatures !).
Mais ce qui compte, c'est que ce spectacle soulève aussi des questions existentielles. Et ça, j'adore plus que tout.
En effet,
Mozart m'a fait réfléchir à la vie, et surtout à la mort, non pas que je voulais me tuer (quoique l'idée puisse paraître séduisante au bout d'un moment...) mais il y a une scène très poignante où le père de Mozart est sur son lit de mort et où sa fille lui chante une chanson.
Cette scène m'a inspiré trois réflexions existentielles :
1 - Si je suis en train de mourir et que ma fille me parle de mon "oeil qui s'enrhume", je la raye de mon testament.
2 - Si en plus, elle ramène toutes ses copines
salopes danseuses échappées d'un hommage à la "Salsa du démon" (jupettes courtes et cornes), j'utilise mes dernières forces pour la tuer.
3 - En même temps, je n'ai pas de fille, ce qui simplifie les choses.
A propos de mort :
****ATTENTION : SPOILER****
Quand Mozart meurt à la toute fin, il y a deux femmes toutes droit sorties du défilé Azzaro 1983 qui l'entraînent vers la lumière, mais une lumière disco. Genre : "Viens, on t'emmène au paradis et ça s'appelle le Studio 54."
Et ça aussi, j'ai adoré.
Mais, à dire vrai, et là , ça me tue de devoir écrire ça, je n'ai pas autant adoré que
Cléopâtre, ou
Les Dix Commandements ou
Autant en emporte le vent.
Je crois que quelque part la patte Ouali me manque profondément. Où sont les pagnes des égyptiens torses nus, où sont les haillons des esclaves noirs torses nus, où sont les jupettes des soldats romains torses nus ?
Bref, où sont les torses nus ?
Pour me changer les idées, je vais écouter Kimera, tiens. Elle aussi, elle rend hommage à Mozart (et ça ne dure que cinq minutes).