
Cela aurait dû être une journée ordinaire.
Une journée tranquille et banale, que rien ne vient jamais détourner de son droit et inéluctable chemin.
Et puis, il y a eu la visite de ces cousins de Vietnam, venant pour la première fois en France.
Voilà que je m'improvise guide touristique : le Louvre, les quais, le Pont des Arts, (c'est quoi la Conciergerie ?), Notre Dame de Paris, Beaubourg.
Et puis nous voilà aux Halles.
Je propose à ma petite cousine d'aller au H & M. Elle s'extasie devant des serre-tête en nylon, je souris. Puis, je lève la tête, comme interpelée par mon sixième sens.
Passant devant la vitrine, marchant d'un pas pressé et d'un air concentré : Kevin Duriez de
Cabaret.
Mon coeur flanche. Heureusement, il ne me voit pas.
Je suis là, comme une idiote, à tenir en tremblant une paire de souliers vernis violets, de style années 40.
Où allais-tu Kevin ?
Chez Grand Optical afin de t'acheter des lentilles pour mieux me voir la prochaine fois qu'on se croise ?
Chez Swarovski pour m'acheter un bijou ?
Au Mc Donald's ?
Où que tu allais, ton passage fugitif fut le rayon de soleil de ma journée.
Il était 17 h 01.
Autour de moi, tout tournait.
Je me sentais comme dans un poème de Baudelaire.
"Un éclair... puis la nuit! – Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité?"
Ou mieux encore, dans une chanson de Jean-Pierre Mader.
"Disparu, tu as disparu,
Je ne t'ai jamais revu."
Quelque chose de magnifiquement beau et de terriblement tragique à la fois.
Dans ce bref instant, il m'a semblé comprendre ce qu'était la beauté de la vie.
Il est des jours comme ça où on a presque envie de tomber amoureuse de nouveau.