Que les choses soient claires : il n'y avait pas de fontaine de chocolat hier, à la première de gala du
Roi Lion. Le chocolat n'était pourtant pas la denrée la plus rare en cette soirée : tablettes de chocolat des magnifiques danseurs, couleur cacao de leur peau suave, carrés de foie gras enrobés de chocolat noir (surprenant, mais pas mauvais, ma foi), bref, le chocolat se déclinait sur tous les thèmes sauf en fontaine.
Mais qui a envie de fontaine de chocolat quand le champagne coule à flots ? Si mes calculs sont bons, le champagne est largement moins calorique que le chocolat... et pour quel effet !
C'est donc totalement ivre que je me suis installée dans mon fauteuil (puisque le champagne coulait à flots dès 18 h 45, heure d'ouverture des portes et de mon arrivée). Si votre position dans la salle est révélatrice de votre position dans le milieu mondain parisien, il faut croire que je me situe juste derrière les comiques ethniques (asiate, beur) du Jamel Comedy Club, mais juste avant un comique black de Canal Plus (dont j'ai oublié le nom, too bad). A croire que je suis considérée comme une comique colorée. Bon, tout de même, j'étais dans la même section que Tim Rice et puis j'avoue, être assise derrière
Frédéric Chau était loin d'être désagréable. Ce jeune homme devra me dire quel délicieux parfum il utilise afin que je l'offre à tous mes prochains
amants amoureux.
En dehors de l'ivresse du parfum, il y avait surtout l'ivresse dans ma tête et toutes ces petites bulles qui s'entrechoquaient dans tous les sens. Même ceux qui n'ont jamais vu
Le Roi Lion ont forcément entendu parler du magnifique numéro d'ouverture. Autant vous dire que "Le cercle de la vie", avec quatre grammes dans le sang, c'est une expérience quasi mystique.
Ce "Cercle" est une ouverture d'une rare beauté, mais je suis encore plus émue quand je vois quelques minutes plus tard, la "naissance" de l'herbe dans la jungle. Qui aurait cru qu'une citadine comme moi pourrait être bouleversée par quelques petites herbes folles. Le fait que ces herbes soient incarnées par de jeunes hommes au torse nu et musclé y est peut-être pour quelque chose.
Conversation entendue dans ma rangée durant le premier acte : "C'est des écureuils volants ?" "Non, c'est des lionnes style Alvin Ailey."
(Les fameuses herbes : c'est encore mieux en vrai)
Entracte. Champagne et sushis à gogo. Que peut-on demander de plus ? Pouvoir les déguster dans les loges des danseurs pendant qu'ils prennent une douche ? Et comment regagner son siège quand des plateaux entiers de sushis saumon semblent vous implorer en criant : "Mange-moi, Yvonne, je ne suis pas (trop) calorique." Big dilemme but ze show must go on.
Phrase entendue lors de l'entracte : "Pffff ! Dans les cocktails, y a jamais rien de sympa pour les végétariennes."
Deuxième acte. More black dancers, more growing plants. Standing ovation. Vite, on a soif.
Mon habitude des cocktails me donne un sens inné pour répérer les meilleurs spots à squatter. Telle la femme bionique, mon regard scanne les lieux en faisant '"tiiiin tiiin tiiin tiiiin" avec un "tiiiiiiiiin" plus long quand le spot contient soit du champagne, soit de bons petits fours, soit un beau mec à proximité. Si les trois sont réunis, je ne vous raconte pas le bruit que ça fait dans ma tête. Pire que des acouphènes.
Mon sixième sens m'a donc tout de suite indiqué l'absence de fontaine de chocolat. Damned. En revanche, côté beaux mecs et champagne, c'était l'opulence. "Yowzaaa !" comme disent certains de mes amis américains. Mais j'avoue m'être tellement focalisée sur les fontaines de chocolat avant ma venue que ma motivation s'est dégonglée un peu comme les phallus verts dans le numéro de Pumbaa et Timon. J'ai donc boudé en trempant mes lèvres dans une coupette de Mumm tandis que mes collègues de Regard en Coulisse se goinfraient de verrines aux trois chocolats et de macarons vanille. Je suis rentrée seule, comme une âme en peine, pendant que les danseurs du
Roi Lion se déhanchaient sur des airs de samba en faisant "na na na na na na na na na" (vous avez reconnu ? C'était "Samba do Brasil").
Ce matin, en ouvrant ma boite mail, j'ai reçu des messages de mes collègues datés de 3 h 46, 3 h 52 et 4 h 12 (ça c'est pour ma collègue qui habite en banlieue) :
"Ouah, t'aurais dû rester, tout le monde se demandait où t'étais !"
"Hey, Dan Menasche, il est trop mignon !"
"Je suis trop fracassée !"
OK, les chéris, je n'ai aucune photo souvenir mais au moins, ce matin, je n'ai pas la gueule de bois du siècle. Et j'ai les idées claires. De cette soirée, je ne garderai pas de vulgaires anecdotes de petits fours et de concours "cul-sec-la-coupe-de-champagne". Au lieu de ça, je garde des images de la jungle dans le jour naissant, de l'herbe folle caressée par le vent et des magnifiques danseurs à l'anatomie parfaite.
Et tout ça vit en moi. Halalela.