J'ai toujours l'air conne quand dans un dîner intello, je glisse que j'ai commencé à m'intéresser au théâtre musical par le biais de Chantal Goya. Déjà "théâtre musical", ça ne passe pas toujours... mais "Chantal Goya" encore moins. Même le côté décalé-kidult-adulescent(e)-régression-totale a du mal à passer quand on discute avec des metteurs en scène qui font du théâtre expérimental (genre des pièces sensorielles dans le noir au Théâtre de l'Opprimé dans le 12e) et des vidéastes qui font des installations dans des galeries éphémères.
C'est vrai, je préfèrerais dire que j'ai commencé à m'initier au théâtre musical par le biais de Stephen Sondheim, qu'à dix ans,
Company n'avait aucun secret pour moi ou que je jouais à incarner Mamma Rose dans mon salon.
Mais ce n'est pas vrai. Mon premier contact avec une "certaine" forme de "théâtre musical" (une histoire racontée avec des chansons) était avec
La forêt magique de Chantal Goya. Après maintes négociations, maints chantages, maints pleurs, maints cris, une de mes soeurs m'avait emmenée voir ce spectacle à l'Olympia, comme cadeau de Noël.
Je ne dirais pas que ce fut une "révélation", mais ce fut certainement un grand moment de magie pour mes yeux de (toute) petite fille.
Pour une raison que j'ignore encore et qui fait désormais partie de ces douloureux secrets de famille (au même titre que des adultères ou des demi-frères cachés), je n'ai jamais su pourquoi personne ne m'avait jamais emmenée voir le spectacle suivant :
Le soulier qui vole. Pourtant, Dieu sait que je m'étais appliquée, que j'avais aligné les "très bien" en classe, que je n'avais pas répondu impoliment à mes parents et que j'avais fait le lit de ma soeur pendant trois mois d'affilée. Aujourd'hui, je peux dire que ce sont ces promesses non tenues, ces espoirs vains qui m'ont petit à petit fait passer dans l'âge adulte (non, non, je ne suis pas over dramatic).
Un mal peut parfois être un bien comme me disent souvent mes amis du club privé le Triangle de Sade (dans le 8e). En fantasmant un spectacle que je n'avais pas vu, et en écoutant en boucle l'album, je me suis mise à interpréter l'histoire de A à Z dans notre petit salon de banlieue, laissant ainsi libre cours à mon imagination quant à l'incarnation de ces chansons. Tour à tour, j'étais Marie-Rose (le prénom du personnage interprété par Chantal Goya), les enfants du village ou la cigogne Francette.
Très vite, il me semblait naturel d'accueillir les gens en chantant "Bienvenue mademoiselle ! (...) Comment vous dire que l'on vous aime ? Nous aussi on vous attendaiiiit...."
Malgré mon pragmatisme grandissant, je n'avais aucun mal à croire qu'il puisse exister un château en nougatine, ou une ville qui s'appelle Animauville. Du moins, pendant le temps que durait la chanson.
Mais le plus important, je crois, est que je me suis à mise à croire intimement, que dans une histoire, qu'elle soit sur scène ou à l'écran, les rêves les plus fous sont toujours réalisables quand on y croit très fort. Si on se met dans une chaussure géante et qu'on lève les bras au ciel en pensant très fort que cette chaussure PEUT voler, et bien, elle volera.
Depuis, j'ai développé une addiction aux chaussures.
Ainsi qu'un penchant certain pour la fiction et le rêve, tout en continuant à croire que parfois, et malgré tout ce qu'il peut nous arriver de triste, la réalité est plus belle que la fiction.
"Les enfants, levez tous les bras au ciel comme moi !"