// mardi 20 novembre 2007

Something's coming

west side story paris Je sais, c'est complètement banal de dire que West Side Story fait partie de mes films cultes. Et quand on sait que c'est le film préféré de Chantal Goya et Jean-Jacques Debout, il n'y pas vraiment de quoi se vanter. La première fois que je l'ai vu, je devais avoir 6 ou 7 ans. Le film passait à la télé durant les vacances de Noël, et ma soeur le regardait, affalée sur la canapé marron du salon. J'en avais aperçu quelques bribes, me souvenant surtout de couleurs très marquées, et d'une cruche qui faisait la fofolle avec des chiffons en chantant "la la la la la la" (vous aurez bien évidemment reconnu "I Feel Pretty"). Mais à l'époque, j'étais bien trop occupée à martyriser des insectes qu'à regarder un film en entier à la télé.

Ce n'est qu'au lycée que j'ai ressenti l'effet West Side Story de plein fouet. A l'époque, mon frère s'était procuré un décodeur pirate Canal Plus (ne le dénoncez pas, il est obsolète depuis longtemps) et j'avais profité d'une rediffusion dans le cadre d'un cycle quelconque pour enregistrer le film sur une cassette VHS. Oui, une VHS, le truc rectangulaire en plastique noir.
J'étais jeune, boutonneuse, je portais des lunettes rondes, j'étais super bonne en français et en biologie, et j'étais souvent toute seule dans mon coin. Vous voyez Ugly Betty ? Bon, vous enlevez quelques kilos, vous rajoutez des yeux bridés, et c'était à peu près moi. Oui, oui, j'avais une frange. Bref.

Dès la première vision du film, le processus d'identification fut total. Elevée dans une famille vietnamienne plutôt traditionnelle, je me suis tout d'abord identifiée à Maria, jeune première ingénue, partagée entre son envie de respecter un schéma familial et un désir d'inconnu, de romanesque, d'inédit. Bien sûr, pour moi, à l'époque, l'inconnu se limitait aux interros surprises et aux nouvelles entrées dans le Top 50. C'est là que j'ai compris que la fiction était définitivement plus belle que la réalité.
En 1e, j'ai découvert le plaisir d'être méchante, non, pas "méchante", disons plutôt cassante, et dès lors, je me suis prise pour Anita. L'ironie comme protection contre un mal-être personnel ? Mon mode de vie pour les prochaines décennies à venir était enfin trouvé. Je ponctuais mes phrases de "ah !" ou de "ay ! ay ! ay !" pour montrer aux autres qu'il en fallait pas mal pour m'impressionner. Quand mes amies (oui, j'en avais quand même quelques unes) disaient quelque chose de stupide, je leur répondais : "Very smart, Maria, very smart". Mais au bout d'un moment, j'ai réalisé que mon accent portoricain était un peu ridicule et je me suis juste contentée d'être cassante, sans ajouter de "ay ! ay ! ay!", ni de mouvements saccadés de la tête.
J'ai fini par me focaliser sur Tony. Ce personnage, qui me semblait un poil fade au départ, a fini par incarner tout mes espoirs. "Something's coming" est devenu une sorte d'hymne personnel. Comme Tony, j'étais persuadée que quelque chose d'extraordinaire allait m'arriver. Avant de comprendre qu'il me fallait agir plutôt que d'attendre.

A 18 ans, West Side Story faisait donc partie intégrante de ma vie. Et mes parents ont longtemps maudit le jour où je me suis procuré le 33 tours. Oui, oui, un 33 tours. Le truc rond en vinyle noir.

Pourtant, c'est sans attente particulière que je me suis rendue à la générale de presse de West Side Story dimanche dernier. La première fois que j'ai vu cette oeuvre sur scène, c'était précisément au Châtelet, au début des années 90. J'étais encore dans la période où je connaissais le film par coeur et le découpage quelque peu différent de la version scène m'avait déconcertée (le ballet "Somewhere", "America" chanté uniquement par les filles, par exemple). Quelques années plus tard, la version au Palais des Sports (avec un délicieux Max Von Essen dans le rôle de Tony) ne m'avait pas complètement convaincue non plus et l'horrible configuration du lieu y était pour beaucoup. Laissons donc le Palais des Sports à Obispo et Florence.

Autant le dire tout de suite, dès les premières notes, j'ai eu l'impression de retrouver mes 18 ans. Enveloppée dans la somptueuse musique de Bernstein, j'ai commencé à pleurer (moi qu'on surnomme parfois Mme Mao pour signifier que j'ai un coeur de pierre). D'un coup sont revenues toutes ces émotions d'une autre époque : cette envie d'inconnu, cette délicieuse peur mêlée d'excitation de s'aventurer sur des sentiers interdits, cette soif de romanesque, ce besoin d'amour passionné, entier, sans compromis et cette conviction naïve qu'on pourrait mourir par amour. J'ai réalisé que les mêmes scènes me bouleversaient toujours autant (la première rencontre de Tony et Maria) et que les mêmes personnages me touchaient toujours autant (magnifique Anita).
Alors, bien sûr, on a tous pris des rides depuis notre première vision de West Side Story, mais il est des choses qui ne vieillissent pas, cette Å“uvre par exemple, tout comme certains sentiments qui continuent à nous animer et à nous faire avancer. Et finalement, ça a quelque chose de réconfortant, voire d'émouvant.

(Photo : Alexander Wulz)

// dimanche 18 novembre 2007

Sleep well

Promis, dès demain (ou après-demain), je mets en ligne un nouveau billet à propos de West Side Story dont la générale de presse a eu lieu ce soir.

En attendant, j'ai juste envie de vous laisser avec cette charmante phrase :
"Good night... good night... Sleep well and when you dream, dream of me..."
Profitez-en, c'est pas si souvent que je dis des choses gentilles.

Moi, je crois que je vais bien dormir. Et plutôt que de compter les moutons, je vais égrener les prénoms portoricains :
Bernardo...
Chino...
Pepe...
Indio...

// dimanche 11 novembre 2007

Audrey ou Micheline ?

Entraînée par des amis de Regard en Coulisse, je suis allée voir hier Un siècle de music-hall à la Grande Comédie, qui a l'avantage de ne pas être trop loin de chez moi.
Pour moi qui avais l'impression d'avoir pris un coup de vieux récemment, cette petite sortie fut un vrai bain de jouvence. En effet, la moyenne d'âge de l'audience était de 82,7 ans, majoritairement féminine (l'espérance de vie étant plus élevée chez les femmes) et au milieu de cette mer de permanentes grises ou violettes, je me sentais vraiment décalée - mais bien - avec ma longue chevelure de jais.
Dites-voir. "Un siècle" fait-il référence à l'âge des spectatrices ?

Un des moments forts du spectacle fut sans conteste l'interprétation de "Comme ils disent" de Charles Aznavour par Olivier Ruidavet qui termine en travesti, avec robe noire, perruque et lunettes. Pour avoir beaucoup d'amis gays, je commence à être plutôt fortiche en icônes féminines, mais là j'avoue que j'ai séché. A qui le metteur en scène a-t-il voulu faire ressembler Mr Ruidavet ?

A Audrey Hepburn dans They All Laughed ?

audrey hepburn they all laughed

Ou à Micheline Dax dans Comtesse Dracula ? (Plus probable, du moins, plus réussi).

micheline dax
En même temps, vu que 75 % de la salle souffrait de cataracte, cela a-t-il vraiment de l'importance ?

// mercredi 07 novembre 2007

Imbecile

 barbara carlottiIl m'arrive - assez rarement c'est vrai - de sortir du milieu du théâtre musical parisien et de m'égarer sur des sentiers moins attendus avec en tête une préoccupation : "Where's the fresh meat ?". C'est vrai quoi, j'adore découvrir de jeunes talents à suivre. Comme Kevin Duriez par exemple.

C'est donc avec le sentiment de faire MA sortie de l'année que je me suis rendue rue de Lappe, au Café de la Danse, pour voir Imbécile qui se définit comme étant une "sorte de comédie musicale", une "pièce chantée" autour d'un thème : un dîner entre un couple et deux célibataires, tous quadras, avec leurs préoccupations de quadras. Carrément passionnant. Pas de jeune talent à suivre, a priori, mais un aspect éminemment instructif dans le sujet.
Voir Imbécile, c'est un peu comme voir un film d'anticipation, genre 1984 ou Le soleil vert, parce que 40 ans, ça me paraît encore bien loin. Loin, loin, loin. Super méga loin. J'ai donc voulu m'intéresser au côté pédagogique, comme quand on voit un document de sensibilisation sur le cancer du sein : on sait que ce n'est pas très fun au départ, mais c'est quand même important d'être informée.

Si vous commencez à me connaître, vous devez savoir que je ne tire jamais de conclusions quand je vois un spectacle, mais que je préfère plutôt laisser les questions s'éveiller en moi, en espérant un jour avoir la réponse.

* A quarante ans, serais-je aigrie au point de ne penser qu'à mes ruptures douloureuses plutôt qu'à toutes les aventures qui peuvent encore m'arriver ?

* Danserais-je comme en une fofolle en faisant de mouvements de bras un peu bizarres pour me donner un air cool ?

* Pour se souvenir de leur vingt ans, les personnages chantent du UB 40. Et moi que chanterais-je ? Haddaway ? "What is love, baby don't hurt me, don't hurt me, no more !" ? Gala ? "Na na na na na na na na na" ?

* Est-ce que je casserai l'ambiance au milieu d'un dîner pour parler de tous mes proches qui sont morts ?

* Et most importantly, serai-je chiante au point de ne servir que des brocolis vapeur lorsque mes invités viennent dîner ?

Si certains d'entre vous ont déjà atteint cet âge fatal, merci de me donner un peu d'espoir et de me rassurer en me disant que la vie après forty ne ressemble pas un brocoli vapeur dans une assiette design. Help.

// lundi 05 novembre 2007

Elle est dans le grenier !

pia zadora Les personnes nées avant 1980 (des personnes normales, quoi) se souviennent sans doute de Pia Zadora.
"And when the rain begins to fall na na na na in the sky !"
Ah ! Pia ! Ton duo avec Jermaine a accompagné mes années collège, quand, le visage enduit de Clearasil, je déambulais dans les couloirs de l'établissement en espérant que Arnaud Drazevic et/ou Fouad Fathi de 3e 4 daignent jeter un regard sur ma misérable personne. Pia, avec sa coiffure de pouffe et son mètre cinquante, était un modèle pour les filles comme moi, pas grandes et mal coiffées (OK, c'était les années 80, on regrette toutes notre feue passion pour le volume).

Quand j'y repense, je me dis qu'aujourd'hui (à peine quelques années plus tard) ma problématique dans la vie n'a guère changé. J'ai juste remplacé le Clearasil par la Dramatically Different Moisturizing Lotion de Clinique. Mais j'attends toujours qu'Arnaud et/ou Fouad me regardent. Anyway.

On raconte que Pia, lorsqu'elle était jeune, a incarné Anne Frank dans une version scénique du Journal d'Anne Frank. Et elle y était si mauvaise que quand les Nazis ont débarqué sur scène, un spectateur, excédé, a crié "Elle est dans le grenier !" Cette anecdote, maintes fois relatée par Bea Arthur (des Golden Girls) se révèle finalement n'être qu'une légende urbaine. Quand je repense à cette pauvre Pianounette, mon coeur se remplit de révolte contre l'injustice du monde et la méchanceté des hommes. J'ai donc longuement hésité avant d'accepter l'invitation de ma copine Léa à aller voir une version comédie musicale du Journal d'Anne Frank. ("Tu viens voir Anne Frank avec moi ?" "Non." "Je te paye un verre après." "Ok." : des négociations dignes du Traité de Versailles.) C'est vrai quoi, et si le public se mettait à dénoncer Anne ? ("C'est par là ! Il y a une planquée qui fait des claquettes dans le grenier !") Et si j'étais déçue, une fois de plus, par la cruauté de l'espèce humaine ?

Je vous rassure, Anne ne fait pas de claquettes dans cette version comédie musicale. En revanche, quel boucan ! Hey, dis donc les gars, je croyais que la règle numéro un, c'était de ne pas faire de bruit ? Baissez un peu le volume, sinon vous allez vous faire repérer par les Nazis !

C'est vrai que le son est particulièrement travaillé sur ce spectacle. Par exemple, les choeurs sont disséminés dans la salle et quand ils se mettent à chanter, wow, ça décoiffe. Vous vous souvenez de la pub THX au Max Linder ? Celle super forte qui vous décollait de votre siège ? Ben là, c'est pareil. Mais avec des paroles.

Et puis, je sais que ça colle à la terrible vérité historique, mais qu'elle est déprimante cette fin. Toutes les comédies musicales ne peuvent pas se finir sur une fusée intergalactique rose comme dans Cindy 2002, mais bon, tout de même, c'est rude.

Maintenant, pour se changer les idées après ce week-end consacré à la mémoire et à la Shoah, je vais écouter Pia.

Message personnel : Arnaud, Fouad, rappelez-moi.
Je promets de faire vos exos de maths en échange.

...na na na na in the sky...

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