Yvonne, lève-toi

thierry amiel adam

Il fallait un évènement fort pour me faire revenir de parmi les mortes (tiens, d'ailleurs, Magali Vaé vous passe le bonjour).
Pour une renaissance, une résurrection, il fallait une tempête, un ouragan.
Il fallait Adam & Eve, la seconde chance.
Pour mes amis d'une certaine génération qui pensent que c'est une chanson de Sheila (n'est-ce pas Olivier ? D'ailleurs, ça se passe comment avec ton téléphone à cadran ?), détrompez-vous, il s'agit du nouveau spectacle musical de Pascal Obispo, avec Thierry Amiel et Cylia, actuellement au Palais des Sports.



(Vous êtes toujours là ?)

Lorsque l'on s'installe dans la chaleureuse salle du Palais des Sports, tout contribue à ce que l'on se sente à l'aise. Une caméra filme des couples à leur insu et l'image est projetée sur écran géant. Le couple va-t-il se voir à l'écran ? Et si oui, va-t-il s’embrasser ? Si oui, des cœurs s'affichent, sinon, un cœur brisé.
Qu'est-ce ce qu'on a ri avec ma copine L. ! Elle était bien ravie que personne ne l'ait filmée en train de se curer le nez. Quant à moi, je me disais que cette caméra était bien pratique pour repérer les hommes qui étaient déjà en couple. En tout cas, c'est le meilleur moment du spectacle.

Pour ceux qui me connaissent un peu, vous savez que j'aime les artistes, les créateurs qui nous font partager leur univers et développent tout au long de leur œuvre leurs obsessions, leurs idées fixes, leurs thèmes fétiches.
J'aime par exemple quand chez Truffaut (oui, le réalisateur, pas le pépiniériste) les répliques se font écho d'un film à l'autre ("Hier, vous disiez que c'était une joie..." "C'est une joie... et une souffrance..."). Et bien, chez Obispo, il y aussi cette notion de récurrence (non, je n'ai pas - encore - dit que c'était toujours la même chose), de boucle.
Par exemple, le spectacle commence juste au moment où Les Dix Commandements se termine.
Je sais bien que c'était il y a douze ans, mais vous vous souvenez sans doute de "L'envie d'aimer" où tout le monde revient sur scène, s'embrasse et s'enlace comme s'ils s'étaient pas vus depuis un déluge alors qu'ils viennent de passer 2 heures 36 ensemble ?
Et bien là, c'est un peu pareil. Sur le numéro d'ouverture, différents membres du cast, habillés avec les vêtements de Hair version Trianon, se rejoignent sur scène, se font la bise, s'enlacent, genre ils se sont pas vus depuis la création du monde. C'est pas hyper dramatique comme ouverture mais c'est tellement convivial.

A propos de convivialité, je vais répondre tout de suite à la première question qui vous vient à l'esprit (juste après "c'est quand qu'on mange ?") : non, les artistes ne sont pas nus, ni même vêtus d'une feuille de vigne. Hormis le fait que c'est une version MODERNE et FUTURISTE du mythe d'Adam et Eve (car on est bien d'accord que c'est un mythe, hein ?), il faut surtout se demander où ils auraient mis leurs émetteurs de micros s’ils avaient été entièrement nus.

Il y a néanmoins une artiste qui paie de sa personne, et c'est Liza Pastor, dans le rôle de Lilith, la séductrice. Tentant de faire fondre Adam, elle sort le grand jeu, petite gaine rouge et tout le tralala, avant de se déhancher sur une barre de pole dance.
Ce qui m'a titillée, c'est qu'une femme aussi belle, avec une plastique aussi parfaite et des cuisses que j'imagine d'acier (mon Dieu, comment fait-elle pour se tenir la tête renversée sur une barre par la seule force de ses cuisses ? Elle s'est mis un champ-électro-magnétique quelque part ?) se sente obligée de démarrer son numéro accompagnée par une horde d’Apollons torses nus, musclés et huilés. C'est au cas où Adam préférerait se faire gang-bang-er par des blackos pendant que sa femme regarde ?
Lilith est décidément une femme très prévoyante.

Adam, lui, est un peu plus naïf. Comme il est interprété par Thierry Amiel, il a donc l'air gentil et un poil dépressif. Cependant, il ne faut pas toujours se fier aux apparences. Quand Adam prend congé de Lilith pour vérifier le cours de ses actions sur son écran géant, c'est en fait pour se connecter sur un site où apparaissent des visages de femmes, voire des silhouettes se déhanchant lascivement. Et là, j'ai pensé à tous mes amis masculins (hétéros, homos, je vous mets tous dans le même sac, dans ce cas précis).
Le premier homme téléchargeait et matait du porno.
Lui aussi.
Mes amis, vous pourrez toujours sortir cet argument pour votre défense quand vous recevrez le mail d'Hadopi.

Quand il ne surfe pas sur chatroulette le web, Adam est donc partagé entre Lilith et Eve.
Rebelle "hors normes", Eve vit aux abords de la Cité d'Eden. Pour rappel, Eden est une ville très moderne (métallique et froide donc) tandis que le refuge d'Eve est un coin tranquille dans la nature, avec des coffres en bois et des filets de pêche accrochés partout. Pour Adam, c'est un peu comme aller chez Disney et devoir choisir entre Space Mountain et les Pirates de Caraïbes. 2'35 de speed contre 14'30 de balade relax.
"Bah ouais, Eve, je crois que j'vais venir de l'autre côté, hein.

Eve, pour ceux qui raisonnent en référence de théâtre musical, c'est un peu Donna de Mamma Mia!, mais jeune, belle et métisse. Comme Donna, elle explique au début du spectacle qu'elle doit se lever tous les matins pour trimer et payer ses nombreux crédits. Et "de l'autre côté", tout le monde balaye et fait le ménage. C'est le squat le plus clean de toute la planète.
Et puis, comme dans Mamma Mia!, Eve a des chansons pop avec des sonorités hyper sympas. Comme cette chanson avec toutes les rimes en "cole" qui pourront servir de référence au prochain Dictionnaire de rimes d'Armel Louis.
Exemple :
Dans la cour d'école
Des heures de colle
Des tubes de colle
Rien ne décolle
Se cravater le col
Un haka qui colle
Vivre à la colle
Une pute qui racole
Deux trois bricoles

(Un intrus s'est glissé, saurez-vous le trouver ? Attention, piège.)

Contrairement à Mozart ou Le Roi Soleil, écrit par un collectif d'auteurs compositeurs, ici, Obispo est la force motrice et l'unique compositeur du spectacle. Ce qui donne une unité certaine. Et si les paroles ont été partagées entre deux auteurs, il y a aussi une unité. Je dirais même un concept. Celui de trouver un super titre de chanson ("Il reste encore l'amour, "Adam et Eve" ou "Do U wanna be my luv") et de le répéter dans le refrain, dans le couplet, pour être sûr qu'on le retienne bien. Sondheim devrait s'en inspirer plutôt que d'écrire des chansons avec des titres improbables comme "The Adavantages of Floating In The Middle of The Sea".
L'avantage, justement, de ne pas avoir une flopée d’autres compositeurs, c'est que si c'est génial, on sait tout de suite à qui en attribuer le mérite. L'inverse est aussi possible.

Cependant, il y a encore un peu de travail à faire. Lorsque j'ai facétieusement demandé à ma copine L, juste après la chanson "Il reste encore l'amour" ("Il reste encore l'amour... Il reste encore l'amour... encore l'amour... Il reste encore l'amour...") : "Et alors, il reste quoi encore ?", elle m'a répondu : "Ben, la moitié de cet acte puis l'entracte et la deuxième partie puis le dernier métro."
Visiblement, les paroles n'avaient pas encore été complètement intégrées.




(Alors... Il reste quoi encore ?)

Pour terminer, j'ai une pensée pour toutes ces charmantes adolescentes (comme mes nièces) qui découvrent depuis ces dernières années la "comédie musicale" avec Le Roi Soleil, Mozart ou Adam et Eve, et qui un jour, iront peut-être voir une comédie musicale au Châtelet et me diront "mais, tu te fous de ma gueule, bouffonne, c'est pas une comédie musicale, ! Ils sont où les danseurs suspendus, hein ?"
Que répondriez-vous ? En même temps, depuis que Kamel Ouali a fait son entrée au Châtelet, tout est possible.

Je vous laisse avec une artiste qui a bien compris l'essence même du mythe d'Adam et Eve.
Si je vous dis "saveur amère d'homme interdit", vous répondez quoi ?
"moi aussi j'avale !"
Julie Pietri : gagné !



Ah mince, je crois que j'ai oublié de vous dire qu'à un moment, ils faisaient un gros haka dans le spectacle. Too bad, je ferai peut-être un deuxième billet un jour. Une deuxième chance.

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