La fin du monde

Les Aztèques avaient prévu la fin du monde pour 2012, c'est sans doute pour ça que vous n'avez pas eu de mes nouvelles depuis près d'un an. Mais la fin du monde n'est pas venue, et au bout du moment, il faut bien sortir pour se réapprovisionner en Clinique Dramatically Different Moisturizing Lotion, en Ben & Jerry's Chocolate Chip Cookie Dough Ice Cream ainsi que Aaron Tveit's The Radio In My Head CD. Cela me semble être le minimum vital pour tenir une année supplémentaire dans une grotte.

La fin de l'année 2012 m'a trouvée bien sèche en inspiration, il faut dire que je n'ai pas eu ma dose habituelle de Kamel Ouali. Et - je n'arrive pas à le croire moi-même - le jour est arrivé où ses spectacles viennent à me MANQUER. C'est vrai, par exemple, le gros spectacle musical de l'an dernier, 1789 Les Amants de la Bastille, aurait été complètement différent si Kamel s'en était chargé. Peut-être y aurait-il eu des tableaux en hommage à Kill Bill ou avec des majorettes américaines, comme dans le dernier concert de Madonna. Ou peut-être Kamel aurait tenu à respecter (ou du moins à réinterpréter) la vérité historique en mettant en scène des sans-culottes... sans culottes ? Oh, I miss the 2000s.

Anyway, la vie continue, et les spectacles avec.
J'ai donc fini par retourner au théâtre et en ce qui me concerne, ma saison a repris avec 50 et des nuances, la parodie musicale inspirée de 50 nuances de Grey.

Soyons clair : je n'ai pas lu ce fameux livre. Il paraît que ça parle de soumission, de domination sur fond de jeux érotiques. Et franchement, la soumission, ça ne m'intéresse pas vraiment, tout simplement parce que je suis entourée de gens soumis. Mes amis parents sont soumis à leurs enfants, mes amis gays (et non parents) sont soumis à leurs chats, mes amis vietnamiens sont soumis à leur mère, et moi, je suis soumise à mon smartphone.
Quant aux jeux érotiques...

charlie hunnam sexy
(Charlie Hunnam qui doit jouer dans la version cinématographique de "50 nuances de Grey")

Dans 50 et des nuances, ce sont trois amies qui se réunissent à l'occasion de leur club de lecture et décident de partager leur découverte de ce fameux best-seller qui va émoustiller leur sens au fur et à mesure que l'héroïne vierge va découvrir sa sexualité avec Mr Gris.

On a l'impression en voyant ce spectacle (et je suppose, comme c'est une parodie, que c'est le propos du livre... pas du spectacle, j'ai bien compris, merci) que toutes les femmes ne rêvent que d'une chose : se faire fesser, fister et tabasser en étant baisée (désolée d'être crue mais ce sont les termes utilisés dans le spectacle, même s'ils passent beaaaaaucoup mieux quand ils sont chantés). Vous voyez, c'est un peu comme quand on va voir Jeune et jolie de François Ozon. On a toutes envie de se prostituer en sortant de la salle (j'extrapole, bien sûr, amies féministes, ne me tombez pas dessus, allez plutôt au Palace voir 50 et des nuances), sauf que généralement, on ressemble plus à Charlotte Rampling qu'à Marina Vacth et qu'il aurait fallu qu'on soit "plus jeune, plus jolie et plus audacieuse". Et au final, on ne se prostitue pas, on écoute juste Françoise Hardy en buvant un verre de rosé.


FRANCOISE HARDY - MA JEUNESSE FOUT LE CAMP par noriko75

Personnellement, je pense que je dois être un peu bizarre. Je ne me reconnais pas dans ces fantasmes. Or, je me dis que si le livre a eu autant de succès (plus de 70 millions aux Etats-Unis, plus de 2.5 millions en France), c'est qu'il doit correspondre aux fantasmes de ces lectrices. Moi, mon fantasme, ce n'est pas de rencontrer un mec qui m'introduise des boules de vagin dans mon trou et que ça gigote tellement qu'on dirait les boules de l'Euromillion (euh, désolée, je cite le texte), moi, mon fantasme, c'est un mec qui range ses chaussettes, classe ses livres par ordre alphabétique, sache utiliser l'aspirateur (non, ce n'est pas un cliché, je rêve VRAIMENT de ça) et puisse me parler des raretés de Stephen Sondheim ("Ah, tu connais la version de 'The Girls of Summer' par Dawn Upshaw ?"). Malheureusement, les deux que je connais qui répondent à ces critères sont en couple. Ensemble. Et sont soumis. A leur chatte (et là, je parle bien du félin, je ne cite pas 50 et des nuances.)

Reste que si l'on ne se reconnaît pas dans ces fantasmes, qu'on n'a pas lu livre, et qu'on n'arrive pas à comprendre les paroles (ah si, "j'ai comme un trou au fond de moi" est très compréhensible puisqu'il revient à trois reprises), on peut s'attacher à l'aspect visuel de la production : la gestuelle par exemple, avec plus de mouvements de bassin qu'un cours de zumba organisé au CE de la société Marc Dorcel (chapeau les filles, your hips don't lie). Ou encore, la plastique d'Etienne Ducamain qui rejoint le Panthéon des acteurs de théâtre musical à apparaître entièrement nu sur scène.

En ce qui me concerne, ce spectacle a soulevé en moi un grand moment de nostalgie. Lorsque le fisting est évoqué, la jeune héroïne s'enquiert : "Le fils Ting ? C'est qui les Ting ? Des Chinois ?"
J'ai beaucoup aimé cette phrase car elle m'a ramené quelques années en arrière, lorsque les Ting étaient nos voisins et que Tata Ting était presque comme une seconde mère pour moi. Ses brioches au porc laqué étaient meilleures que celles de ma mère, mais chut, ne le répétez pas à ma mère, elle risquerait de me retirer de son testament.
Bref, aussi curieux que cela puisse paraître, c'est en voyant un spectacle où les mots baise, vagin, pénis et trou sont très présents (il faut rester éveillé pour trouver un champ lexical autre) et où les jets de sperme sont figurés par des rubans de GRS (j'adore la GRS) que m'est venue l'envie de reprendre contact avec les Ting.
On croise des gens, on s'attache à eux, on se sépare, on les perd de vue avant d'avoir vraiment pu leur dire qu'on les aimait.

Qui aurait cru que j'étais capable d'éprouver des sentiments aussi mièvres ?
La fin du monde est proche et elle est prévue pour 2013. Après que j'ai vu Robin des Bois.

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