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Bruno Berberes, de Mozart à Mogador

Le jeudi 29 octobre 2009 à 0 h 05 min | Par | Rubrique : Rencontre

Bruno Berberes (avec Delphine  Grandsart et Claire Pérot)

Bruno Berberes (avec Delphine Grandsart et Claire Pérot)

Mozart, l’opéra rock a démarré il y a peu au Palais des Sports. Quel est votre sentiment ?
C’est un grand sentiment. Je suis vraiment très fier, je rêvais de ça depuis longtemps.
Je pense que, dans le domaine du spectacle musical, il y avait une éducation à faire en France et elle est en train de se faire, petit à petit. Mozart correspond à toutes les règles d’une comédie musicale à la Broadway : un spectacle qui raconte une histoire avec un début, un milieu, une fin, à travers des chansons et du texte. Ici, les chorégraphies ne sont pas des cache-misère : elles sont au service de l’action. Pour moi, on est à Broadway sur Seine. Je pense qu’il y a une vraie chance que Mozart devienne la deuxième comédie musicale partie de Paris, qui puisse réussir à Broadway, après Les Misérables.

A quoi est due cette évolution selon vous ?
Tout ça, on le doit à Créatures ! Cela peut paraître bizarre mais je m’explique : j’ai co-produit Créatures, et j’ai emmené Dove Attia le voir au moment où on faisait le casting du Roi Soleil. Connaissant Dove, je me suis dit qu’il n’allait pas du tout aimer. Quand il est sorti du spectacle, il m’a dit : ‘je me suis pris la grosse claque, c’est ça que je veux faire’. Il a eu une révélation. Dove, à l’époque, venait du milieu de la musique. La comédie musicale était un accident, un bel accident, mais ce n’était pas un but. Les Dix Commandements ont été un très heureux hasard. C’est donc à ce moment qu’arrive l’aventure des Hors La Loi [NDLR : spectacle musical produit par Dova Attia], et là, je le branche avec Agnès Boury et Alexandre Bonstein, des gens qu’on ne peut pas soupçonner de faire des spectacles ‘marketés’. Ca a été la rencontre de deux univers totalement différents. D’un côté, on avait le spectacle marketé, de l’autre, le spectacle artisanal… et bien, ils se sont très bien entendus !  J’étais très fier d’avoir provoqué cette rencontre. Dove m’a dit : ‘une fois que tu es passé par Les Hors la Loi et Créatures, tu ne peux plus produire les choses comme avant’. C’est ce qui explique que, dans Le Roi Soleil, il y avait de la théâtralité même si ce n’était pas encore abouti. C’était la première fois qu’on embauchait des comédiens, par exemple.
Pour Mozart, on avait un peu peur parce qu’il y a 50 % de théâtre. On est au Palais des Sports, donc dans une salle de 4 000 personnes, il n’y a pas d’intimité, est-ce que le public ne va pas s’ennuyer ? Le public qui vient voir les spectacles de Dove Attia, c’est celui qui va à Eurodisney ou Holiday on Ice, pas au Cabaret des Hommes Perdus. Et bien en fait, le public est ravi !
Quand Dove monte un spectacle, un, c’est toujours un carton ; deux, il fait travailler 150 personnes minimum pendant au moins deux ans. C’est ce que je dis à tous les gens du métier qui ont craché sur Les Dix Commandements. Pour moi, aujourd’hui, Dove et Albert Cohen sont les Cameron Mackintosh [NDLR : producteur anglais de succès tels que Les Misérables, Miss Saigon, Phantom of The Opera] français.

Quel regard portez-vous sur votre casting de Mozart ?
Ca a été mon casting le plus court ! De façon générale, je suis toujours fier de mes castings… mais pas toujours de l’utilisation qu’on en fait. Les gens que je fais embaucher sont toujours très bons, après, la façon dont ils sont utilisés c’est autre chose (rires) ! Ce casting-là est particulièrement éclectique. Il y a un mec qui vient du rock comme Mikelangelo Lokonte, à côté d’une Claire Pérot ou Delphine Grandsart qui viennent de Cabaret ou d’une Jocelyne Sand que j’ai repérée dans L’Ultime rendez-vous. C’est un casting très métissé en termes de cultures !

Quel regard portez-vous sur le milieu de la comédie musicale française, en général ?
Je crois que ça a beaucoup évolué. Souvent, on me dit qu’il y a trop de comédies musicales. Je ne suis pas d’accord. Il y a un à dix spectacles musicaux par saison. Ce n’est pas trop. Ce qui est embêtant, c’est que la moitié des grosses productions sont mauvaises et que, du coup, ça ne passe pas inaperçu.
L’arrivée de Stage Entertainment [NDRL : producteur de Cabaret, Le Roi Lion et Zorro] est une évolution et a montré qu’on était capable de faire des bons spectacles. Je n’ai jamais cru à la ‘malédiction française’ selon laquelle on ne pouvait pas faire de bons spectacles musicaux. Maintenant, il faudrait aller vers des créations originales qui ne soient pas basées sur un matériel existant.

Comment travaillez-vous aujourd’hui quand vous recevez les artistes ?
Maintenant, je prends plus le temps, je suis plus détendu. Avant, je voyais ça comme : ‘ils cherchent du boulot, je peux leur en donner’, point, (rires) ce qui était un peu lapidaire ! Dans ma tête, j’ai inversé le processus. Les artistes me font un cadeau en venant au casting.  J’essaie d’analyser et de faire connaissance, même si c’est difficile car on n’a pas beaucoup de temps. Je travaille plus comme un chasseur de têtes tout en continuant à défricher.
Je sais que c’est pénible de passer une audition pour un artiste, mais c’est un exercice imposé, on est obligé de passer par là pour faire connaissance avec son futur metteur en scène, producteur, etc.
J’ai aussi la chance d’être entouré par une équipe – Claude Peruzzi, Bérénice Bel, Olivier Fray – qui a l’habitude de travailler avec des artistes. Je ne supporterais pas que quelqu’un soit mal accueilli ou mal considéré.
En tout cas, je suis assez fier car, depuis que je suis dans ce métier, j’ai fait travailler plus de 500 personnes.

Quels sont vos projets aujourd’hui ?
J’ouvre quatre écoles dans quatre villes pilotes. Je suis parti du constat que, dans ce milieu, soit tu as de la chance et tu apprends ton métier sur scène, soit tu fais une école qui te coûte entre 5 000 à 8 000 € par an, sans garantie de travail à la sortie. Je trouve que c’est cher et que ça nivelle souvent vers le bas. Ici, il y aura un concours d’entrée et la quasi gratuité pour les personnes sélectionnées. Pour 80 à 100 € par mois, les élèves auront trente heures de cours par semaine et pourront vraiment progresser. Il y aura des intervenants aussi différents que Jasmine Roy, Pierre-Yves Duchesne, Philippe Lelièvre ou Sarah Sanders et les cours couvriront aussi bien les arts graphiques, le chant que le management.
Sinon, en ce qui concerne le casting, je travaille sur un spectacle qui sera produit par Coullier et mis en scène par Christophe Barratier, le réalisateur des Choristes. Il y aura également Les Trois Mousquetaires, produit par Serge Tapierman. Sans oublier le casting de Cendrillon, qui vient tout juste de commencer à Mogador et pour lequel je suis heureux d’avoir fait le lien entre Agnès Boury à la mise en scène et Lagardère et Julien Godain à la production.

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4 commentaires
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  1. bravo Bruno, cet interview est intelligent et bien construit. Il dit les choses claires et cash. Ca te ressemble. Des biz. A bientôt.
    Sg

  2. super Bruno,
    c’est de l’abondance du coeur que la bouche parle… beautiful 🙂
    Tout de bon pour toi
    A bientôt j’espère vraiment
    Nathanaël

  3. Bravo Bruno pour ta réusssite, Promo est bien loin
    Bises
    Claudine

  4. Juste un big bisou. Bravo.
    Martine

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