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Cabaret (Critique)

Le mardi 12 août 2014 à 10 h 30 min | Par | Rubrique : Critique, Théâtre musical

Lieu : Montpellier, Figeac et Saint-Céré puis tournée nationale
Dates : Du 07 juillet 2014 au 5 mai 2015

cabaret7, 8, 10, 11 & 12 juillet Folies Lyriques, Domaine d’O, Montpellier
22, 26 & 30 juillet Festival de Théâtre de Figeac
2, 11, 15 août Festival de Saint-Céré
12,13 décembre Grande Scène, Le Chesnay
16-20 décembre Odyssud, Blagnac
10,11 janvier L’Archipel, Scène Nationale de Perpignan
14 janvier Théâtre, Scène Nationale d’Albi
16,17 janvier Le Pin Galant, Mérignac
31 janvier Palais des Congrès, Issy-les-Moulineaux
11, 12 avril Opéra de Massy
23 avril Gare du Midi, Biarritz
5 mai Théâtre, Cahors

Livret de Joe Masteroff d’après la pièce de John Van Druten et les nouvelles de Christopher Isherwood
Musique : John Kander
Paroles : Fred Ebb
Produit et mis en scène à l’origine par Harold Prince pour la Scène de Broadway
Chanté en Anglais / textes parlés en Français
Mise en scène : Olivier Desbordes
Direction musicale : Dominique Trottein
Chorégraphie : Glyslein Lefever
Costumes : Jean-Michel Angays
Décor : Patrice Gouron
Lumières : Maurice Fouilhé (Montpellier), Guillaume Hébrard (Figeac/St-Céré)
Maquillage : Pascale Fau
Création vidéo : Bérenger Thouin
Assistant metteur en scène : Damien Lefèvre
Avec : China Moses (Sally Bowles), Nicole Croisille (Frau Schneider), Éric Perez (Le Maître de cérémonie), Samuel Theis (Clifford Bradshaw), Patrick Zimmermann (Herr Schultz), Pauline Moulène (Fraulein Kost), Clément Chebli (Ersnt Ludwig)
Et avec : Anandha Seethanen, Anne-Sophie Domergue, Sarah Lazerges, Yassine Benameur, Antoine Baillet, Déborah Torrès, Sarah Zoghlami, Paula Lefever, Pascale Peladan, Fanny Aguado, Marlène Wirth, Grégory Garell, Hedi Hammam, Rafael Linares.

Résumé :

Cabaret, c’est le Musical d’Harold Prince à Broadway. C’est aussi Liza Minnelli dans le Film de Bob Fosse.
Cabaret, c’est un récit qui se sert de la morosité profonde d’un peuple en quête de plaisirs et distractions comme trame de fond.
Cabaret, c’est surtout un spectacle qui n’échappe pas à la cruauté d’une période de l’histoire pendant laquelle l’humanité a dû se battre pour rester vivante.
Cabaret, ou presque 40 années de la vie d’un spectacle qui n’a pas fini de nous étonner tant ses ressources sont inépuisables.

Notre avis :

L’an dernier, le Festival de St-Céré, sous la houlette d’Olivier Desbordes, avait fait découvrir une œuvre relativement méconnue de Kurt Weill, Lost In The Stars. Cette année, c’est au contraire un des musicals de Broadway les plus connus, Cabaret, qui est proposé. Entre le célèbre film de Bob Fosse et la version scène de Sam Mendes que l’on a pu voir à Paris, produite par Stage Entertainment, le public est particulièrement familier avec l’histoire de ce Kit Kat Klub interlope dans le Berlin des années 30 en proie à la montée du nazisme.

Ici, il est intéressant de redécouvrir Cabaret sous une forme un peu moins habituelle, à savoir une forme plus proche de la production originale (1966) et donc antérieure au film (1972), avec quelques chansons absentes des productions les plus récentes (« The Telephone Song », « Don’t Go » – celle-ci fut cependant écrite en 1987 – et « Sitting Pretty » qui introduit « Money » ) et sans deux des plus grands tubes de Cabaret, écrits spécialement pour le film (« Mein Herr » et « Maybe This Time ») et qui sont généralement intégrés au spectacle depuis. Il en résulte un léger rééquilibrage des personnages au milieu duquel Sally s’efface un peu plus, tandis que Clifford, Schultz et Schneider se réapproprient l’histoire.

Avec cette production, il faut oublier le traitement réaliste du film et de la version de Mendes et accepter la proposition audacieuse de Desbordes, faisant des paroles « Life is a cabaret » un véritable postulat. En effet, dans cette version, même les scènes de la vie quotidienne des personnages (dans le train, chez la logeuse) prennent place dans un espace scénique au sein de l’espace scénique. Le procédé est poussé à l’extrême avec le personnage de Schultz entièrement grimé en clown blanc, à la fois vulnérable et comique, tandis que Fraulein Schneider oscille entre Mrs Lovett et Mme Thénardier (en tout cas au niveau visuel). Si cet effet peut parfois distancier le spectateur et diluer un peu l’empathie, il illustre en tout cas le fait que la vie n’est qu’un cabaret, ou un cirque, et encore plus dans cette période trouble de l’histoire où l’on préfère se laisser hypnotiser par les lumières clinquantes du spectacle plutôt que de regarder la réalité en face.

A cet égard, la proposition visuelle est donc forte : couleurs tranchées, maquillages expressionnistes, références télescopées, où se rencontrent Pabst, Hollywood, Man Ray, les revues à plumes et Freaks, composent une vision dérangeante d’une société en train de sombrer dans l’enfer, au milieu duquel officie un Maître de cérémonies (Eric Perez) distillant son cynisme et sa perversité. Et les projections d’images d’époque (foule, néons, architecture), particulièrement bien utilisées (ce n’est pas toujours le cas dans beaucoup de spectacle), ramènent l’histoire à une certaine réalité noire et blanche : une très belle création vidéo de Bérenger Thouin.

Dans ce tourbillon, Sally, interprétée par China Moses, perd sans doute un peu du désespoir et des écorchures qui semblent intrinsèques au personnage. On peut aussi s’interroger sur l’utilité de l’accent allemand pris par Nicole Croisille (par ailleurs touchante dans ses solos). Il n’en reste pas moins que cette version propose une vision de l’œuvre assez radicale, qui pourra déconcerter certains, mais qui rend palpable la déliquescence cauchemardesque d’une époque.

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