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Carousel – Tournez manège !

Le jeudi 8 avril 1999 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Grandes oeuvres

Jan Clayton et John Raitt dans Carousel en 1945 ©DR

Jan Clayton et John Raitt dans Carousel en 1945 ©DR

Une comédie musicale de Richard Rodgers (musiques) et Oscar Hammerstein II (paroles et livret) créée à Broadway le 19 avril 1945.

Production originale (890 représentations) : mise en scène de Rouben Mamoulian, chorégraphie : Agnes de Mille. Avec : Jan Clayton (Julie), John Raitt (Billy), Jean Darling (Carrie), Eric Mattson (Enoch), Christine Johnson (Nettie).

Principales chansons
Waltz Suite,You’re a Queer One, Julie Jordan / Mister Snow, If I Loved You, June is Bustin’ Out All Over, When The Children Are Asleep, Blow High, Blow Low, Soliloquy, A Real Nice Clambake, You’ll Never Walk Alone.

Synopsis
Sur la côte est des Etats-Unis en 1873, une jeune ouvrière, Julie Jordan, tombe éperdument amoureuse d’un forain, Billy Bigelow, bonimenteur dans un manège forain. Ils se marient mais Billy, désormais au chômage, se comporte de plus en plus en plus mal avec sa femme. Quand quand elle se retrouve enceinte, cependant, il songe à la vie qu’il pourrait donner à son futur enfant s’il était plus riche. Il se laisse entraîner à commettre un braquage qui tourne mal et il se suicide plutôt que d’être arrêté. Quinze ans plus tard, Billy quitte le purgatoire où il expiait ses pêchés pour revenir sur terre une seule journée et réparer le mal qu’il a fait. Il y rencontre sa fille Louise et, comprenant finalement que Julie lui a pardonné, peut les quitter pour toujours, désormais soulagé.

Le thème
La vie du petit peuple américain, un thème proche de celui traité dans le premier spectacle de Rodgers et Hammerstein, Oklahoma ! Jusqu’à eux, la comédie musicale traitait surtout de la vie des gens riches et célèbres et le monde ouvrier prêtait plutôt à rire… ou à faire peur. Le regard tendre et respectueux de Rodgers et Hammerstein pour les pauvres et les exclus prélude à celui qu’ils porteront ensuite sur les autres peuples et races (South Pacific en 1949 et Le roi et moi en 1951). Mais Carousel est aussi une grande histoire d’amour où s’affirme le pouvoir cathartique du pardon. C’est en effet la bonté de Julie, affirmée jusqu’au bout par cette femme qu’on aurait pu croire effacée, qui sauve littéralement Billy de l’enfer. Chez Rodgers et Hammerstein, les femmes sont toujours largement supérieures aux hommes.

L’histoire derrière l’histoire
Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II, le duo appelé à devenir le plus célèbre de l’histoire de Broadway, avait remporté un succès historique avec Oklahoma ! en 1943. Ils décidèrent de réunir la même équipe créative pour leur projet suivant, une adaptation de Liliom, une pièce hongroise de Ferenc Molnar qu’Ingrid Bergman, fraîchement débarquée d’Europe, venait d’interpréter sur les planches. Mais l’ « américaneïté » d’Oklahoma ! leur ayant si bien réussi, ils décident de transporter le lieu de l’action de la Hongrie en Nouvelle-Angleterre, dotée d’innombrables foires et parcs d’attractions. Pour l’ouverture, au lieu de la traditionnelle compilation des mélodies du spectacle, Rodgers écrivit une valse déroulant sa mélodie au rythme du manège qu’elle évoque. Continuant sans cesse à innover, lui et Hammerstein ont donné à l’ensemble de la pièce une tonalité quasi opératique et inédite à Broadway par sa profondeur psychologique : ainsi une chanson de plus de huit minutes, « Soliloquy », dans laquelle Billy envisage les conséquences sur sa vie de la naissance de son futur enfant. Quant à la chanson « You’ll Never Walk Alone (Tu ne seras plus seul) », elle est devenue l’hymne officieux des marches pour les droits civiques dans les années 60.

Carousel a été brillamment adapté au cinéma en 1956 avec Shirley Jones et Gordon MacRae et sa reprise en 1993 à Londres, puis à Broadway, a été le prélude à une redécouverte complète de l’oeuvre de Rodgers et Hammerstein, plus de trente ans après la fin de leur collaboration. Ce n’est que justice tant les spécialistes s’accordent pour trouver qu’il s’agit là de l’oeuvre la plus aboutie de ces deux rois de Broadway.

Versions de référence
Carousel – enregistrement original du spectacle de Broadway – 1945 – Broadway Gold MCA Classics. Avec Jan Clayton et John Raitt. Quelques soient les défauts des disques d’avant l’ère de la stéréo, rien ne remplace jamais l’émotion des enregistrements originaux. Ici, les restaurateurs du CD l’ont trouvé si court (une trentaine de minutes), qu’ils ont rajouté plusieurs pistes alternatives écartées de l’enregistrement original.

Carousel – reprise du spectacle à Londres – 1993 – RCA Victor. Avec Joanna Riding et Michael Hayden. L’avantage des comédies musicales pour ceux qui les préfèrent à l’opéra, c’est la possibilité offerte de moderniser l’orchestration et l’interpétation afin que ces oeuvres restent toujours accessibles au grand public. De ce point de vue, cette version somptueuse est une réussite complète. Produite par le grand producteur britannique Cameron Mackintosh pour le Royal National Theatre, ce Carousel nous entraîne dans une valse de plaisir excellemment servie par les voix de ses interprètes.

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