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Charles Talar – Un producteur qui a ouvert la voie

Le vendredi 1 mars 2002 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Charles Talar ©DR

Charles Talar ©DR

Vous êtes au départ un producteur de disques et, depuis quelques années, un producteur de comédies musicales. Faites-vous une différenciation entre ces deux activités ?
Non, pas du tout, c’est un tout. Tout disque est appelé à avoir une vie de spectacle, que ce soit pour un chanteur ou pour une comédie musicale. Si on produit un disque, c’est en espérant qu’il soit monté sur scène. Et la base, c’est de commencer par un disque.

Auparavant, est-ce que vous aimiez la comédie musicale en tant que spectateur ?
Il n’y en a pas beaucoup en France, il faut déjà aller à l’étranger pour en voir. C’est assez intéressant de voir le travail que font les autres pays. Londres est une terre d’asile formidable pour les comédies musicales, mais ce que nous faisons en France n’a rien à voir avec ce que font les anglo-saxons qui restent dans le domaine de la comédie musicale traditionnelle. Moi, ce que j’essaye de faire passer comme message, c’est que nous faisons du « spectacle musical ». Tout est chanté et dansé, il n’y a pas de dialogue, il n’y a pas de temps mort. Je pense que les gens ont plus envie de voir de bons chanteurs que des comédiens. A partir de là, c’est ce que nous avons fait dans Notre Dame et c’est ce que nous allons faire dans Cindy. Si toutefois les artistes cumulent ces deux qualités, c’est un plus.

Selon vous, cette conception des choses est-elle un modèle typiquement français ?
Oui, il n’y a rien de comparable à l’étranger. Toutes les comédies musicales qui viennent des Etats-Unis n’ont jamais marché ici parce que c’est un modèle qui n’est pas apprécié en France.

Et vous pensez que c’est un modèle qui s’exporte facilement ?
Nous avons eu le bonheur de jouer à Londres devant 600.000 spectateurs, ce qui n’est pas négligeable. Nous n’avons pas gagné d’argent mais je pense que le public qui est venu a bien apprécié. Je crois qu’on s’ennuie moins dans nos spectacles que dans certaines comédies musicales où il y a beaucoup de temps morts. Nos spectacles sont plus « pleins ».

Pensez-vous qu’en France, un spectacle musical ne peut marcher que si un disque est sorti avant ?
Les gens se sont habitués à ce système de communication. Le principal problème, c’est l’environnement du spectacle : si vous n’avez pas la possibilité de communiquer, vous n’avez aucune chance. C’est la communication qui fait – avec la qualité de l’oeuvre – son succès.

Vous misez donc beaucoup sur la campagne publicitaire.
C’est une obligation. Ce n’est pas possible à notre époque de penser que le bouche-à-oreille peut suffire. C’est très lourd de monter un spectacle, il faut deux à trois ans, vous ne pouvez pas attendre en plus que le bouche-à-oreille fonctionne.

Qu’est-ce qui vous a décidé à produire Notre Dame de Paris ?
L’enthousiasme de Luc Plamondon et la manière dont Richard Cocciante m’a chanté le spectacle m’ont décidé. J’ai vu d’entrée qu’il y avait des chansons qui avaient de fortes chances de faire des succès. Au départ, je me suis plus positionné sur le disque que le spectacle.

C’était à un moment où la comédie musicale n’était pas à la mode en France…
C’est faux ! Il ne faut pas oublier que Starmania a été un succès.

N’est-ce pas une exception ? >
Si une exception continue de fonctionner pendant longtemps, c’est que ce sont plutôt les autres producteurs qui ne comprennent rien. Moi, je pensais qu’après le succès de Starmania, le nouveau spectacle de Luc était pratiquement sûr de marcher.

Aviez-vous l’impression de prendre un risque ou pensiez-vous que le pari était gagné d’avance ?
Pour moi, le risque était un peu calculé en fonction du succès de Starmania. Avant qu’on ne produise un spectacle, avant que le public ne décide, on n’est jamais sûr de gagner, mais je sentais pour Notre Dame qu’il y avait un potentiel, qu’il pouvait trouver un écho auprès du public. C’est la même aventure pour Cindy. On travaille, on écoute les chansons, on n’est pas sûrs du résultat tant que le disque n’est pas fini. Mais on voit aujourd’hui pour Cindy que le public a l’air d’accrocher.

Est-ce que vous intervenez sur le processus artistique ou est-ce que vous avez une confiance totale en votre équipe ?
J’interviens totalement à tous les niveaux. J’écoute les maquettes, je vais en studio, au mixage…

Au niveau du casting également ?
Bien sûr. Je propose des options mais Luc a un nez pour découvrir les talents et ça fonctionne très bien entre nous.

Quelles sont les fonctions du producteur ?
C’est de faire en sorte qu’une idée parvienne à se concrétiser : en disque, sur scène ou à l’écran. C’est donner des moyens et unir son imagination à celle des créateurs pour que cette oeuvre puisse exister.

Quels enseignements tirez-vous du succès de Notre Dame ? C’est allé au delà de ce que vous pensiez ?
C’est le spectacle de tous les records, c’est bien au-delà de ce que nous espérions les uns les autres. Personne n’a égalé ou n’égalera avant un long moment ce qui s’est passé avec Notre Dame de Paris. On n’arrivera pas avant longtemps, ni moi, ni les autres, à vendre 8 millions d’un CD ou 1,4 million de DVDs et vidéos. Les records sont appelés à être battus, mais ce ne sera pas facile.

Rétrospectivement, quel a été pour vous le plus beau souvenir de l’aventure Notre Dame ?
Le 20 août 98, quand j’ai pu visualiser le spectacle en répétitions. C’est là que j’ai vu que ça allait avoir une ampleur, que ça allait avoir du succès.

Quel regard avez-vous sur toutes les comédies musicales qui ont suivi le sillage de Notre Dame ?
Quand il y a un filon, il faut essayer de le suivre. Ce sont des gens qui ont été opportunistes et à juste raison. Ils ont essayé de voir ce qui était bien et ce qui ne l’était pas sur Notre Dame et ils ont fait quelque chose de cohérent qui tient la route. Je pensais qu’il y en aurait un sur les trois spectacles [NDLR : Ali Baba, Les Dix Commandements, Roméo & Juliette] qui allait marcher et finalement, il y en a eu deux et tant mieux. C’est bon signe pour l’avenir. C’est ce qui m’a permis de penser que je pouvais continuer avec Cindy.

On peut dire que c’est vous qui avez ouvert la voie…
Je pense que tout le monde le dit, je n’ai pas besoin de le dire…

Comment a démarré l’aventure de Cindy ?
J’ai dit à Luc qu’il serait souhaitable, sur la lancée de Notre Dame, qu’on puisse continuer à travailler ensemble. Il a cherché une ou deux idées, il m’a proposé Cendrillon, qu’on a rebaptisée Cindy, en pensant que ce ne serait pas un spectacle pour enfants mais pour adolescents et adultes, un spectacle toutes générations confondues.

Est-ce que vous recevez beaucoup de projets de comédies musicales ?
Pas du tout. Les gens pensent que je suis inondé de projets. Je n’en ai pas reçu un seul et les autres producteurs doivent n’en avoir qu’une dizaine.

Vous auriez néanmoins envie de produire d’autres comédies musicales ?
Ca m’arrivera certainement puisque j’ai monté une cellule de production de spectacles vivants. On va se diversifier mais pour le moment, je n’ai ni le temps ni la possibilité de le faire. Il y a assez de boulot sur Cindy !

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Un commentaire
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  1. Bonjour,
    Je viens de lire votre article avec intérêt.
    Je cherche à entrer en contact avec Charles Talar de façon urgente.
    Seriez-vous à même de pouvoir m’aider ou de me donner un contact susceptible de le faire ?
    Vous remerciant par avance,
    Bien cordialement
    Maud Charquet
    Agence Marianne

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