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Christiane Legrand et Véronique Le Berre – Voix de fées

Le vendredi 1 décembre 2000 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Christiane Legrand et Véronique Le Berre ©DR

Christiane Legrand et Véronique Le Berre ©DR

Parlez-nous de la genèse de ce spectacle.
Christiane Legrand : La chanson française, c’est toute mon enfance ! Ma mère éditait de la musique, mon père était chef d’orchestre, il a accompagné de très grands artistes. J’ai vraiment vécu dans le milieu de la variété et du jazz, style vers lequel nous nous sommes dirigés, mon frère Michel et moi. Mettre bout à bout des chansons correspond à une sorte de rêve. L’idée de bâtir un spectacle à partir de chansons traitant du rapport mère/fille m’est venue voilà quelques années. Des soucis de production ont retardé la mise en oeuvre du projet, ce qui nous a donné le temps de bien le penser, de le peaufiner. Le défi était de trouver des choses rigolotes à faire, un peu inattendues. Pour moi ce spectacle est un plaisir infini.

 

Comment avez-vous rencontré votre partenaire, Véronique Le Berre ?
J’avais animé un stage à Rennes. Véronique, très jeunette, faisait du théâtre à l’époque. On lui avait recommandé de s’initier au chant, au jazz. Je l’ai fait chanter et l’ai trouvée tellement douée que je l’ai convaincue de travailler le chant puis de venir à Paris. Lorsqu’elle est venue dans la capitale je l’ai intégrée au groupe vocal composé de mes meilleurs élèves, K6, 8 ans environ après notre première rencontre. Le groupe s’est malheureusement séparé mais j’ai pensé tout de suite à elle pour ce spectacle.

Quel fut le rôle de Michel Dussarat, qui travaille régulièrement avec Savary, dans votre spectacle ?
Je lui ai demandé de faire la mise en scène. Sa grande culture m’épate. Il connaît énormément de chansons, du 19e (ou même antérieures) à nos jours ! Il m’a conseillé quelques chansons pour le spectacle telle «Amélie», l’histoire rigolote d’une mère et sa fille prostituées. Je lui ai parlé de mon envie de faire des enchaînements à partir des échanges épistolaires entre madame de Sévigné et sa fille. Il m’a permis de faire le tri et de mettre au point les liens. Quant à Isabelle Gomez, elle nous a surtout fait travailler la comédie, l’intention. On n’arrête pas d’apprendre, j’adore ça. A bien y réfléchir, je partage le point de vue de la marquise de Sévigné lorsqu’elle dit : «si je pouvais vivre 200 ans, je crois que je deviendrais une femme bien raisonnable».
Je crois que nous devons beaucoup à Michel Dussarat dans le choix final des chansons. J’avais pensé à certaines, plus mélo. Il les mettait systématiquement de côté de manière à ne pas «charger» le spectacle. L’émotion peut ainsi s’installer doucement, tendrement. Il nous a permis d’avoir un vrai recul, son travail est magnifique.

Vous avez choisi une formation piano/violoncelle particulièrement réussie. Comment en avez-vous eu l’idée ?
Au départ, nous avons travaillé avec un piano. Sont venus s’y ajouter synthé, violoncelle et percussions. Comme c’est un petit théâtre et que nous sommes limités financièrement, il a fallu faire des choix. Nous avons donc décidé de ne prendre que le piano et le violoncelle. J’aime bien l’intimité de ce quatuor, qui apporte plus de sensualité et de tendresse, mettant en avant le texte.

Qu’est-ce qui vous parle le plus dans les rapports mère-fille ?
J’ai vécu avec une maman que j’ai adoré. Jamais je ne me serais rebiffée. Non seulement c’était une autre époque : je n’aurais pas osé, mais en plus ma mère était adorable. Du coup, même en cherchant bien, je ne trouvais pas source de conflit. Plus tard, j’ai eu ma fille, je l’ai élevée dans le même esprit. Toutefois, avec les nombreux voyages que j’ai fait en raison de mon travail, je sais que ma fille a souffert de mes absences. Je retrouve certaines des émotions que j’ai vécues dans le spectacle. D’ailleurs lorsque ma fille a assisté à une représentation, j’ai éclaté en sanglots.

Dans l’absolu, quelles sont vos chansons favorites ?
Sans aucun doute les chansons des films de Jacques Demy. J’ai chanté pour lui dans Les parapluies de Cherbourg, Les demoiselles de Rochefort et Peau d’âne… une grande rencontre avec cet homme si particulier. Je pourrais vous interpréter toutes ces partitions par coeur. Nous avions enregistrés les chansons avant le tournage. Je me souviens de mon sentiment de plénitude d’alors : aller tous les matins au studio où 150 musiciens nous attendaient… J’avais des ailes ! Définitivement des moments très forts

Vous bénéficiez d’une exceptionnelle expérience de vocaliste.
Effectivement, je me suis retrouvée depuis des années comme leader dans divers groupes vocaux : les Blue Star, les Swingle Singers ou les Double Six parmi les plus connus. J’ai fait des rencontres étonnantes et magnifiques dans ma vie, et tellement variées ! De la musique brésilienne à la musique contemporaine, j’ai abordé beaucoup de genres. Une expérience nouvelle fut de jouer au théâtre, ce fut dans Zazou, mis en scène par Jérôme Savary.

Quel est votre regard sur la comédie musicale en France?
J’avoue ne pas partager l’engouement pour les nouveaux spectacles musicaux qui se rapprochent davantage du tour de chant que de la comédie musicale. La prouesse vocale passe avant tout : ça crie beaucoup, au détriment de l’émotion. Le travail sur l’intériorisation est oublié. En tant que vocaliste, cela me fait mal car je trouve que c’est la mort des voix, je ne sais pas si ces chanteuses pourront tenir longtemps. Ces nouveaux spectacles sont trop violents et durs pour moi. Toutefois d’autres spectacles musicaux m’enthousiasment, comme La mère qu’on voit danser de Bruno Agati qui proposait une satire irrésistible et très originale de comédie musicale. J’ai également beaucoup apprécié Irma la douce par Savary. J’avais vu la création du spectacle avec Colette Renard, mon père avait fait les arrangements.

Véronique le Berre arrive.

Quand êtes-vous arrivée sur le spectacle ?
Véronique Le Berre : Un quart d’heure de spectacle était monté lorsque je suis arrivée… cela fait deux ans maintenant. J’ai participé à la «mise en chantier» pour reprendre l’expression de Michel Dussarat, puis à la seconde étape qui a consisté à affiner les choses et enfin à la troisième étape : celle des représentations au théâtre du Renard. Les recherches dans le répertoire, l’apprentissage des chansons, les arrangements entre les deux voix, sont le fruit de beaucoup de travail.
Pour que l’on arrive à ce fondu enchaîné entre les chansons, tel qu’il existe aujourd’hui, il a fallu apprendre beaucoup de titres de façon à pouvoir en laisser tomber certaines. Le thème mère-fille n’est pas courant dans la chanson française. On trouve plus de choses sur le rapport mère-fils.
CL : Parfois, on a changé certaines paroles… Pour une chanson initialement prévue pour un garçon, on a vite mis une fille à la place !

Comment s’articule votre carrière ?
VB : Depuis 15 ans maintenant, je chante, je compose. Les rythmes brésiliens, la bossa nova, me correspondent totalement. Ce spectacle me donne envie de renouer avec le théâtre. Par dessus tout j’adorerais faire des films chantés. Cette passion me vient de l’enfance. Lorsque je voyais des films musicaux, essentiellement à la télévision, je rejouais dans ma chambre tous les rôles et j’inventais de nouvelles histoires chantées. Cette envie, je l’ai enfouie parce que trop inaccessible. Mais aujourd’hui elle rejaillit, plus vivace que jamais !

Comment définiriez-vous Ah vous dirai-je maman !!! ?
VB : On l’a souvent défini comme un spectacle chanté. Ce n’est pas un concert, pas un tour de chant… Disons : comédie musicale intimiste comme à la maison !
CL : Les émotions «familiales» que le spectacle évoque sont universelles. Tout le monde les a connues à un moment dans sa vie. Ce spectacle parle à chacun.

Quels sont vos souhaits pour le futur ?
CL & VB : Nous aimerions que, après les représentations dans ce joli théâtre, le spectacle soit repris. Nous aimerions également beaucoup partir en tournée et rencontrer un autre public. On a même des touches pour aller aux Etats-Unis…

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