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Christine Kandel et Anandha Seethanen – Les nouvelles romantiques

Le dimanche 1 mai 2005 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Christine Kandel dans Les nouveaux romantiques © Mathias Bord

Christine Kandel dans Les nouveaux romantiques © Mathias Bord

Parlez-nous de l’origine du projet.
Christine Kandel : Ca part d’une envie commune… Il y a longtemps que l’on souhaitait monter quelque chose ensemble. C’est Stéphane qui a amené l’idée et construit le spectacle. Quand d’autres projets prennent plus de temps pour se mettre en place, on a vraiment lancé le projet à la fin de l’année dernière et tout est allé assez vite, sans doute, parce que c’était le bon moment pour nous tous.

Qu’est-ce que ça apporte de travailler avec des amis ?
Anandha Seethanen : Tout ! On se connaît donc on est en confiance. Et même si le travail soutenu au quotidien va nous faire découvrir des aspects de chaque personnalité qu’on ignorait, on sait que personne ne sera ni dans un esprit de compétition, ni pour juger les fragilités respectives. L’ego peut être quelque chose de très difficile à gérer mais, dans un cas comme celui-là, il est vite maîtrisé au profit du projet commun.

Qu’est-ce que ça évoque pour vous les années 80 ?
CK : Les années disco. Et puis l’arrivée des Cabrel, Renaud, Balavoine et tous ces gens-là.

Quelle musique écoutiez-vous à l’époque?
CK : Vous voulez savoir si j’écoutais Karen Cheryl et si je chantais et je dansais déjà sur « Les nouveaux romantiques » ? Eh bien, la réponse est : oui !

AS : Christine se moque toujours de moi en se demandant où je suis née, mais au départ, je ne connaissais pas la majeure partie des chansons du spectacle. Les chansons françaises des années 80 ne représentaient rien pour moi. Rien ne m’avait marquée en particulier, même si, comme toute adolescente qui se respecte, je me souviens avoir acheté quelques 45 tours. Mais je peux vous assurer que, dorénavant, il me sera impossible de les oublier. D’autant que leur interprétation avec le piano seul leur confère une autre dimension. Stéphane a, par ailleurs, fourni un travail considérable de recherche pour que chaque chanson fonctionne dans une logique dramatique, séparément d’abord, puis globalement. Le découpage par phrase est très bien pensé. Il permet de découvrir chaque personnage et fait avancer l’intrigue.

Cette question s’adresse donc plutôt à Christine. Pourriez-vous citer une chanson des années 80 qui vous ait marquée particulièrement ?
CK : Non ! Quand on vit avec la « chanson » au quotidien, en choisir une paraît terriblement injuste pour toutes les autres. A l’époque, je passais mon temps à chanter ces airs-là devant ma glace alors aujourd’hui c’est un plaisir de les chanter sur scène. Par contre il y a un « Live des années 80 » dont je me souviens précisément ; c’est un concert de Dalida auquel j’ai eu la chance d’assister. Je peux vous dire que cette grande dame au soleil dans la voix était magique et extrêmement touchante et qu’elle rayonnait bien au-delà de ses habits de lumière !

Christine, vous avez l’habitude de chanter en solo. Aviez-vous déjà participé à une telle aventure collective ?
CK : J’ai joué dans La petite boutique des horreurs en 1997 et fait partie de quelques créations pluridisciplinaires, notamment pour Des jardins en scène. C’était des moments où, comme aujourd’hui avec Les nouveaux romantiques, j’avais besoin dans mon parcours d’artiste de m’éloigner un temps de l’auteur-compositeur-interprète pour évoluer dans une énergie de groupe, confronter les idées, aller à la rencontre des autres et partager la scène avec eux.

Mais quand vous chantez en solo, vous travaillez aussi avec un groupe.
CK : Le dialogue n’est pas le même… Le langage commun est musical. Et puis, ça ne fonctionne pas tout à fait de la même façon. Avec mes musiciens, je suis au devant de la scène. Je reste le principal vecteur de l’émotion et de l’intention quand eux me soutiennent. Dans Les nouveaux romantiques, je suis face à d’autres interprètes et le livret est le support principal, même si la musique est sous-tendue… Le texte devient prédominant parce qu’il fait avancer l’histoire, expose une situation, caractérise un personnage… et on communique essentiellement par le verbe et le jeu d’acteur. Cet échange-là, je ne peux le ressentir avec mes musiciens que lorsque je suis au piano, dans le jeu, parce que là, d’un seul coup, on parle le même langage.

Qu’est-ce que ça change d’interpréter, cette fois, des chansons qui ne sont pas de vous ?
CK : Je crois que c’est toujours intéressant de chanter un autre point de vue que le sien. Quand on est auteur-compositeur-interprète, on exprime vocalement et émotionnellement ce qu’on a soi-même écrit sur le papier. On recrée ce que l’on a déjà créé. Quand j’aborde le répertoire de quelqu’un d’autre, mon propre univers se juxtapose au sien. Ce mélange des sensiblités et cette superposition de points de vue, d’émotions, de perceptions permet d’enrichir les choses. Dans le cas des Nouveaux romantiques, il y a aussi la vision que Stéphane a des chansons et de nous et qui est très personnelle et qui vient beaucoup nous apporter. Aller dans le sens de sa lecture, c’est, à la fois, utiliser et oublier qui l’on est au service d’un personnage. Apprendre à suivre les « intentions intuitives » de notre metteur-en-scène ! Se laisser guider dans un subtil dosage… Et trouver la parfaite alchimie, c’est un travail de comédien passionnant.

Et vous, Anandha, pouvez-vous nous parler de vos expériences en matière de spectacle musical ?
AS : En fait, hormis Boulevard du musical qui peut recevoir l’étiquette (on aime beaucoup mettre des étiquettes en France) « spectacle musical », je n’ai participé à aucun autre spectacle de ce genre. J’ai fait du théâtre, ce qui est une ambiance complètement différente. Je n’ai chanté dans aucune « comédie musicale », comme on les appelle, de ces dernières années. J’ai l’intuition que je ne suis pas taillée pour ! J’aime les projets un peu artisanaux où on peut assister à la naissance de l’idée, puis la voir se transformer, s’étoffer, et, enfin, exister. Je sais qu’on ne peut pas vivre ce processus de manière systématique mais une genèse complète, c’est quelque chose qui me touche profondément et m’est nécessaire. C’est pour ça que, globalement, en tant que chanteuse, les concerts me correspondent davantage. Parce que je compose et j’écris depuis presque dix ans, et je me dis qu’il est plus que temps de passer à la vitesse supérieure, et d’extérioriser tout ça.

En quoi Les nouveaux romantiques correspond-il à ce que vous aimez ?
AS : Précisément à cause de cette genèse. Et puis il y a des personnages qui existent et je prends beaucoup de plaisir à incarner cette fille très caractérisée, tout en chantant, en dansant, en restant aussi dans l’émotion et tout ça dans un registre résolument décalé.

Quelles difficultés ce spectacle a-t-il représenté pour vous ?
CK : J’ai un problème auditif à l’oreille gauche. J’ai donc besoin de beaucoup de concentration pour ressentir les ambiances et la place des choses dans l’espace. Un travail de groupe comme celui-là, où on dépend à ce point les uns des autres, me demande énormément de précision mais c’est aussi très stimulant.

AS : J’avoue que ce répertoire n’a pas tout de suite soulevé chez moi un enthousiasme débordant. Je n’ai que très peu chanté en français. Tout ce que je fais est en anglais, que ce soit les reprises ou les compositions. Il a donc fallu que je fasse table rase de mes préjugés et que j’apprivoise, chanson par chanson, cette langue française qui est sublime écrite, murmurée, parlée ou jouée mais que je ne suis jamais parvenue à faire sonner chaque fois qu’il a fallu la chanter. Je suis donc contente d’avoir franchi le cap. Mais je n’en suis encore qu’à la lettre A ! J’ai aussi mis beaucoup de temps à toucher du doigt mon personnage (ce fameux temps que nous n’avons pas car le spectacle s’est monté en quatre semaines). Il faut dire que je ne lui ressemble pas beaucoup. Même si Stéphane affirme, en plaisantant, m’avoir révélée comme telle, je ne suis pas toujours sûre de me reconnaître dans cette « bitch-auto-centrée-séductrice-dominatrice-mini-jupe-décolleté-plongeant-talons-aiguille » ! Dans la vie, je suis plutôt discrète, voire timide.

Qu’est-ce que vous préférez aujourd’hui dans le spectacle ?
CK : Je crois que c’est déclencher les rires. J’aime émouvoir dans un passage dramatique comme « Bravo, tu as gagné », mais faire rire les gens, c’est le plus énergisant des partages. Je crois que c’est pour cela qu’à la fin du spectacle les gens viennent me dire « Merci » plutôt que « Bravo », c’est pour moi le plus beau des compliments. C’est aussi une grande joie d’être entourée de mes amis tous les soirs, et puis, d’avoir cette occasion de jouer la comédie et de développer le travail sur l’interprétation beaucoup plus que je n’ai l’occasion de le faire sur mes chansons.

AS : J’ajouterai le fait de faire passer des émotions à travers un personnage qui se trouve à des années-lumière de moi, à travers des chansons à des années-lumière de ma culture musicale, à travers des chorégraphies au trait volontairement grossi et pour une interprétation qui s’échelonne de 0 à 360 degrés. Et puis personnellement, je suis heureuse que l’on m’attribue la seule chanson qui ne soit pas estampillée années 80 : « Tout le monde il est beau » de Zazie. Le sens en a été détourné pour le spectacle et pourtant le public réagit systématiquement sur « … quitte à faire de la peine à Jean-Marie ». L’allusion reste sous-jacente et d’autant plus symbolique que c’est la seule colorée du groupe, moi en l’occurrence, qui la chante.

Vous avez des projets ?
CK : Je prépare deux spectacles musicaux en tant qu’auteur et aussi en tant qu’interprète et puis mon deuxième album. Mais il est trop tôt pour en parler.

AS : Je suis en train de monter un répertoire de reprises funk, soul, blues, pop avec un guitariste de jazz et un percussionniste. Je continue de composer et, d’ici quelques mois, j’irai maquetter mes titres en studio.

CK : Mais pour l’heure, on est les « nouvelles romantiques ». On aimerait que le spectacle se poursuive au-delà du 28 mai à l’Essaïon.

AS : Le spectacle est en train de se transformer, d’évoluer, de respirer, et faire partie de ça, c’est une expérience extraordinairement vivifiante et instructive.

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