Cinéma : 12
Le Mercredi 10 février 2010 à 12 h 55 min | Par Rémy Batteault | Rubrique : Cinéma
Nikita Mikhalkov adapte avec brio un succès théâtral.
Neuf ans après Le barbier de Sibérie, Nikita Mikhalkov revient avec l’adaptation puissante et réussie d’une pièce de théâtre intemporelle. 12 s’inspire en effet de 12 hommes en colère, déjà à l’origine d’un film de Sidney Lumet.
Soit 12 hommes très différents, réunis dans le gymnase d’un lycée transformé en l’occurrence en salle de délibération, afin de juger si, oui ou non, un jeune Tchétchène est coupable de l’assassinat de son père adoptif. Chacun des protagonistes expose sa vision des faits, son analyse, la pertinence d’une condamnation ou d’une libération. Bien entendu, rien n’est simple et difficile de trancher sans avoir de scrupules.
Nikita Mikhalkov connaît son affaire, il s’octroie d’ailleurs l’un des rôles les plus importants du film… Sa mise en scène aurait pu souffrir du manque d’espace, de trop respecter un texte destiné au théâtre. Il contourne brillamment l’obstacle grâce, d’une part, à un casting excellent et, d’autre part, à des idées simples mais efficaces. Par exemple il permet au spectateur de sortir régulièrement de ce huis clos étouffant en retraçant l’itinéraire du jeune condamné, de son enfance à son adolescence. C’est d’ailleurs la seule fois où interviendront des images féminines, en l’occurrence celles de la mère du jeune homme. Lors de ces réminiscences, la musique et la danse tiennent une large place. En effet c’est par ce moyen d’expression que la farouche détermination de l’adolescent à venger les siens se fait jour. Ce parti pris est tenu jusqu’au bout puisque le condamné, tant pour se réchauffer que pour rester fidèle à son identité tchétchène, danse dans sa cellule.
L’apparition d’un oiseau, dans la salle de sport/tribunal, permet également de prendre un peu de distance sur les événements. Le texte, particulièrement fort, les caractères de chacun des participants, la mécanique qui s’enraye à partir du moment où le doute intervient dans l’esprit des jurés, le poids du hors champ (la guerre en Tchétchénie illustrée par ce qu’a vécu le jeune homme), les dénonciations habiles, la mise en scène discrète et efficace : tout cet ensemble permet de faire passer la longueur du film (deux heures trente, tout de même). Un plaidoyer humaniste, complexe et intriguant, à découvrir.
Pour en savoir plus : le site du film.
12 – scénario de Nikita Mikhalkov, Alexandre Novototsky-Vlasov, Vladimir Moiseyenko, d’après la pièce de Reginald Rose et le film de Sidney Lumet. Réalisation de Nikita Mikhalkov
Avec : Nikita Mikhalkov, Sergei Makovetsky, Sergey Garmash, Valentin Gaft, Aleksei Petrenko,…?sortie le 10 février 2010 – durée : 150 minutes
