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Claude François Junior – Un air de famille

Le samedi 1 novembre 2003 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Claude François Junior ©DR

Claude François Junior ©DR

Claude François, racontez-nous la genèse du spectacle Belles, Belles, Belles
Oh là, c’est une longue histoire ! Un jour Régis Ravanas, alors directeur de M6 Interactions, me parle de Mamma Mia une comédie musicale qui se joue à Londres, d’un genre très nouveau, qui utilise tous les succès d’ABBA mais avec une histoire originale qui ne fait en aucun cas référence à l’histoire du groupe. Il me propose qu’on aille la voir ensemble dans l’optique peut-être de faire la même chose avec les chansons de mon père. Mais impossible de trouver des places, c’était bourré à craquer. Un an après, Jean-Pierre Bourtayre, qui a composé de nombreux titres pour mon père, voit cette comédie musicale et revient dithyrambique, il me dit « formidable, il faut qu’on fasse la même chose, j’ai déjà une idée« . Dans la foulée, un producteur m’appelle et, ça n’a pas manqué, me parle lui aussi de Mamma Mia. Grâce à lui j’ai pu obtenir des places, j’ai vu le spectacle et j’ai été conquis. Je crois qu’une option a été mise sur le théâtre Mogador et on a commencé à travailler. Gérard Louvin l’apprend, il appelle son ami producteur, et je ne sais pas ce qu’ils se disent, toujours est-il que ce producteur me dit « ce projet tient très à coeur à Gérard, je crois que ce serait mieux que ce soit lui qui développe le projet. » Dans la manière de faire, j’ai trouvé ça un petit peu curieux mais finalement Gérard Louvin n’est pas le plus mauvais producteur de Paris, loin s’en faut. Je n’ai pas perdu au change… Si ce n’est qu’il a travaillé avec mon père ! En effet, c’est toujours très difficile de collaborer avec des gens qui ont travaillé avec lui et qui, à ce titre, revendiquent connaître ce qu’auraient été ses points de vue. Avec Gérard ça peut devenir vite très électrique. Mais ça fait plus de dix ans qu’on se connaît, on finit toujours par se comprendre.

Comment s’est fait le choix des auteurs du livret ?
Pour l’écriture du livret, j’étais plus partisan que ce soit un auteur de renom, quelqu’un qui ait la maîtrise parfaite de la mécanique de l’écriture dramaturgique. Mais Gérard avait déjà approché Daniel Moyne (qui travaille avec lui et qui a aussi collaboré avec mon père) et Jean-Pierre Bourtayre.

Qu’en avez-vous pensé ?
C’est vrai qu’à la première lecture, j’avais peut-être un a priori, ça ne m’a pas séduit. Jean-Pierre Bourtayre avait amené le titre Belles, Belles, Belles et l’idée de faire un concours de beauté avec trois filles que Daniel Moyne a adapté en concours de chant genre Star Academy, Popstars. Et je n’ai vu effectivement que ça. J’ai dit « cette histoire on l’a à la télé gratos, à un moment donné ce serait bien d’être un tout petit peu original. » Du coup j’ai fait appel à un autre auteur, Patrick Haudecoeur, qui avait déjà écrit Frou-Frou les bains que j’ai adoré. Son livret était parfait sauf qu’il a fait ça dans son univers à lui, c’est à dire qu’il a raisonné plutôt théâtre que Zénith. C’était la première objection de Gérard Louvin pour qui l’écriture de Patrick Haudecoeur ne supporterait pas les grandes salles dans lesquelles se destinait ce spectacle. Ce que je conçois complètement. Gérard m’a alors conseillé de me rapprocher de Redha.

C’est Redha qui vous a convaincu ?
Oui. Je l’ai vu pendant deux heures, je l’ai surtout laissé parler et je me suis rendu compte que nous étions sur la même longueur d’onde sur les intentions de mise en scène et plus que ça. Il avait une toute autre lecture du livret de Daniel Moyne et Jean-Pierre Bourtayre que la mienne. Il le regardait sous un autre angle. Il ne voulait pas faire l’apologie du star-system, de cette génération qui croit qu’elle peut devenir star en six mois et que c’est ça la vie. L’idée c’était de faire confronter chez ces jeunes gens leur coeur, leur raison et leur appétit de « starification ». Il m’a fait voir les personnages de manière différente, il m’a dit qu’il voulait vraiment que chaque personne dans le public puisse s’identifier à l’un d’entre eux. C’est un vrai défi pour lui parce que la part de comédie est importante, c’est ce qui l’intéresse avant tout, faire en sorte qu’une chanson prenne un sens nouveau à travers l’histoire de chacun des personnages et sa sensibilité au moment où la chanson intervient dans l’histoire, donner une vraie humanité à cette comédie en utilisant les tubes de mon père. J’ai trouvé son discours non seulement sensé mais il m’a vraiment ouvert l’esprit sur le potentiel de ce livret. Redha est pour moi le garant de l’objectif à atteindre artistiquement sur ce spectacle.

Le livret a été retravaillé ?
Daniel Moyne est conscient du défi artistique qu’il y a sur cette comédie musicale d’un genre nouveau, il retouche régulièrement les dialogues pour donner plus d’épaisseur et de sens. Redha lui-même enlève, rajoute, change une séquence, une réplique, une position, une chorégraphie et puis les comédiens aussi commencent à rentrer dans les personnages et à faire des propositions. C’est évolutif. Là pour l’instant je vais aux répétitions, je prends des notes. Je suis un pitbull, je ne vais pas les lâcher tant que ça n’a pas le sens que ça doit avoir !

Quelle est donc l’histoire que va raconter Belles, Belles, Belles ?
C’est l’histoire de trois jeunes filles qui forment un groupe et qui viennent de remporter la demi-finale d’un concours de chant à l’échelle nationale. Tout le monde s’emballe un petit peu, la pression monte et elles savent que leur vie peut basculer dans quelques jours si elles gagnent la finale. A ce moment là, il va se passer plein de trucs, on va aller de coups de théâtre en coups de foudre. On va se rendre compte de la personnalité de chacune de ces trois filles, elles vont être face à leur destin et elles vont devoir faire un choix entre cette ambition qu’elles ont cultivée pendant des années et ce qui leur arrive dans leur vie personnelle.

En dehors des chansons, y’aura-t-il des références à Claude François ?
Gérard souhaitait que mon père soit d’une manière ou d’une autre présent indirectement dans le spectacle. L’action se passe dans le Centre Claude François. La directrice du Centre est présidente d’un fan club et la mère d’une des trois filles est une ancienne Clodette qui soûle tout le monde avec ça ! Redha fera aussi quelques clins d’oeil sur une ou deux chorégraphies, quelques gestes et gimmicks comme sur Alexandrie ou Chanson Populaire, ce serait dommage de s’en priver.

Que pensez-vous des nouveaux arrangements des chansons ?
Je suis partagé mais je crois que ça n’a pas une grande importance. Les chansons n’ont pas vocation à être bousculées au niveau des arrangements, l’important est qu’on les identifie rapidement. On est tellement conditionné par les versions originales que c’est très difficile d’émettre un jugement. Et puis les chansons il faut les voir et les entendre sur scène dans le contexte. D’ailleurs je trouve que c’est dommage qu’on ait dû sortir l’album avant, on aurait du attendre au moins la fin des répétitions avant de l’enregistrer pour pouvoir arranger chaque chanson en fonction de la personnalité du comédien et de la situation au moment où il la chante dans l’histoire.

Comment trouvez-vous le cast ?
Ex-ce-llent. Au départ Gérard Louvin voulait que les comédiens soient sélectionnés via la télévision par le public et faire une espèce de Star Academy qui finirait en comédie musicale. On aurait forcément eu un Jean-Pascal ou un Georges-Alain qui ont certainement toutes les faveurs d’un certain public, mais pas toutes les compétences requises en chant, en danse et en comédie pour le spectacle que nous voulions faire. Je n’étais pas chaud, et j’ai appris par la suite que Redha non plus, ça ne s’est pas fait. En revanche, j’étais très favorable au choix d’Aurélie Konaté (de la Star Ac 2) qui a fait les essais comme tout le monde. Les trois jeunes filles m’ont bluffé. Ce qui leur arrive est formidable, on leur demande un tel niveau de compétence sur scène : jouer la comédie, danser et chanter en même temps en direct des chansons qui ne sont pas faciles. Bien sûr elles morflent, elles me le disent, mais une fois qu’elles seront sorties de là, elles pourront tout faire. Tous les autres comédiens plus expérimentés, comme Blandine Métayer, sont super au point. Ca joue juste, c’est fluide, on y croit.

D’après vous, qu’aurait pensé votre père de ce spectacle ?
Il aurait été ravi bien sûr d’autant plus que c’est très anglo-saxon comme style de comédie musicale. C’est un moyen de toucher une nouvelle génération. Et que ses chansons soient chantées par des jeunes artistes, je suis sûr qu’il aurait apprécié.

Comment expliquez-vous que 25 ans après sa disparition, Claude François soit toujours autant populaire et fédérateur ?
C’était un homme d’image. On est dans une ère d’image et donc s’il est encore aussi présent c’est qu’il a laissé beaucoup d’images derrière lui avec une volonté d’être le plus complet artistiquement dans toutes ses apparitions en public, à la télé ou sur scène avec à chaque fois des nouveaux costumes, des nouvelles chorégraphies. Ensuite il y a l’énergie qu’il a mise dans son oeuvre et qui passe l’épreuve du temps. Et enfin, surtout, il y a ses chansons qui font partie de notre environnement, qu’on entend toujours et qui touchent la fameuse ménagère de moins de cinquante ans et même au-delà ! Nostalgie quand tu nous tiens…

Etes-vous optimiste sur le succès du spectacle ?
Je suis intimement convaincu de l’énorme potentiel de ce concept nouveau en France parce que je crois qu’un spectacle qui marie 23 tubes, une histoire dans laquelle on va avoir beaucoup d’humanité, du rire, des personnages truculents auxquels tout le monde va pouvoir s’identifier, va forcément nous faire passer une très bonne soirée comme rarement un spectacle nous en donne l’occasion. Ce mariage du théâtre et du spectacle musical, c’est un cocktail détonnant. Maintenant il ne faut pas s’endormir là dessus, il faut se remettre en question jusqu’au bout et même pendant les 50 premières représentations à l’Olympia.

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