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Clémentine Deroudille, la bonne fée de l’exposition Barbara

Le samedi 25 novembre 2017 à 14 h 34 min | Par | Rubrique : Rencontre

Rencontre avec Clémentine Deroudille, commissaire de la superbe exposition consacrée à la longue dame brune (exposition visible jusqu'au 28 janvier 2018).

Clémentine Deroudille ©Vincent Josse

Clémentine Deroudille ©Vincent Josse

Quand Barbara est-elle entrée dans votre vie ?
Mon histoire est un peu particulière : je suis la petite fille du photographe Robert Doisneau. J’entretenais une relation très forte avec lui. Il était copain avec Barbara. Elle l’évoque d’ailleurs dans ses mémoires inachevés. Même s’ils s’étaient perdus de vue, j’en entendais donc souvent parler. Il y avait ce lien invisible. J’ai été élevée dans l’idée des familles électives, celles que l’on crée. Elle en faisait partie. Ma mère et ma sœur écoutaient sans cesse ses albums, moi pas du tout ! J’ai toujours aimé la chanson française, mais j’étais plus attirée par Souchon, Voulzy, David Mc Neil,… J’avais peur de me confronter à Barbara. A l’adolescence, sa chanson « Madame » m’a impressionnée, je la chantais à tue tête, en l’absence de ma mère et de ma sœur bien sûr ! Je n’étais pas spécialiste, comme pour Brassens. J’ai donc abordé ce travail de commissaire d’exposition avec le goût de la découverte. Un peu comme un metteur en scène à qui l’on donne un sujet et qui doit se l’accaparer. Je savais le personnage romanesque à souhait, j’avais connaissance de documents exceptionnels. D’autre part je suis très amie avec Mathieu Amalric qui, lorsqu’il s’est attelé à son film sur Barbara, n’était pas davantage spécialiste. C’était presque comme une commande de Jeanne Balibar, son ex femme. Cela m’a permis d’aller de l’avant.

Outre l’anniversaire des vingt ans de sa disparition, pourquoi ce choix ?
Il m’importait d’organiser une exposition autour d’une femme, pour la première fois à la Philharmonie de Paris, cette immense chanteuse, que je n’ai jamais vue en concert, ni rencontrée. Cela n’empêche mon amour pour elle, qui n’a cessé de s’accroître lors de la préparation. Elle fut d’une modernité extraordinaire, je tenais à le montrer. Je me pose toujours beaucoup de questions à chaque nouveau commissariat pour savoir dans quelle direction aller. Je n’aime pas trop les expositions trop didactiques, je préfère suggérer. Barbara s’y prêtait parfaitement, elle qui a inventé sa vie.

L’un des moments phares est le répondeur de Barbara, comment est venu cette idée ?
Quand j’envisage une exposition, j’aime que le « spectateur » ou visiteur soit actif. Pour Barbara je pensais au fax, qu’elle utilisait beaucoup, et le répondeur. J’avais entendu dire qu’elle laissait beaucoup de messages, étant insomniaque et peut être un peu envahissante ? Le fax était trop compliqué à mettre en place. Pour le répondeur nous n’avions que des messages tronqués. L’idée a donc failli être abandonnée. J’ai beaucoup travaillé sur l’engagement de Barbara dans la lutte contre le sida. Le professeur Pierre-Marie Girard, qui l’a accueillie à l’hôpital et avec qui elle a beaucoup travaillé, m’a contactée quelques semaines avant l’ouverture de l’exposition. Il n’avait pas parlé d’elle depuis vingt ans. Il m’a parlé de ses messages qu’il avait conservés. Il m’a donné la cassette de son répondeur, c’était très drôle et émouvant. Avec son accord, j’ai tenu à les faire entendre dans l’exposition. Quelle chance d’avoir pu les utiliser, ils font partie de la vie de Barbara. Et cela remporte l’adhésion. Tout comme les télégrammes que les visiteurs peuvent adresser à la chanteuse. Le travail préparatoire m’aura permis de rencontrer des gens passionnants. Je me sens toute petite.

Parlez-nous du travail scénographique ?
Nous avions travaillé ensemble, avec les scénographes Christian Marti et Antoine Fontaine, pour l’exposition sur Brassens et partageons la même sensibilité. Lors des premiers rendez-vous, je leur livrais mes sensations, mes idées : une première salle où on retrouve Barbara puis soulever le rideau pour aller dans un univers autre : celui de la chanteuse. Je voulais quelque chose de très coloré, avec comme fil conducteur : le spectacle. Monique va inventer Barbara jusqu’à devenir cette reine absolue sur scène à la fin de sa carrière. Eux ont eu l’idée des petits espaces qui vont en s’agrandissant, de ce cheminement en rond, enveloppant afin d’être dans une sorte d’intimité pour chaque visiteur. Voluptueux et enrobant dans tout ce velours. De mon côté je voulais une grande salle à la fin, comme une place de village. Je voulais également que les chansons soient diffusées, je n’aime pas les casques qui isolent. Et que l’on puisse s’asseoir, de manière à pouvoir prendre son temps. Ce fut joyeux en fait à concevoir, même si le budget était limité.

Vous avez accroché ce beau portrait réalisé par votre grand-père.
Ce n’est pas moi qui ai eu l’idée d’accrocher cette photographie, mais je suis très heureuse que Julie et Mathilde, mes collaboratrices, aient insisté ! Nous étions trois, sans compter les scénographes, à travailler sur cette exposition et tenions à montrer Barbara en beauté, en majesté.

Quelle est la pièce dont vous êtes la plus fière ?
Spontanément, je dirais le manuscrit de « Nantes » prêté par Gilbert Sommier… Mais à bien y réfléchir… tout en fait ! J’adore être à la recherche de documents, je suis enthousiaste et persévérante. J’ai longtemps cherché une image à Abidjan, donnée par la documentaliste de Un jour, un destin. Les photos de Bobino où elle est en première partie de Brassens me plaisent aussi beaucoup… Comme je savais que l’exposition allait être très émouvante, je tenais à contre balancer tout ça. D’où cette « une » de Ici Paris qui annonce le mariage entre Barbara et Jean-Claude Brialy. Voilà de quoi illustrer leur amitié. C’est Marie Chaix qui me l’a prêtée. Elle était étonnée que je la choisisse. J’aime aussi beaucoup la relation romanesque avec Luc Simon traduite par ce livre de dessins.

Pourquoi cette exposition est importante ?
C’est un moyen de montrer que la chanson est un art majeur, toujours aussi mal considéré de nos jours. Je ne comprends pas que l’on dédaigne des documents qui risquent de disparaître et qui sont tout de même les piliers de notre culture. Donner à ressentir ce que fut Barbara m’a passionnée. Avant d’aborder toute exposition, je passe des heures à consulter le site de l’INA, c’est une mine. Je recense tout, je note. Le film de Gérard Vergez, que j’adore, était quasiment une base. C’était aussi un clin d’oeil à ceux qui ont vu le film de Mathieu Amalric qui en a utilisé des extraits.

Quels témoignages recueillez-vous des spectateurs ?
Ils sont assez extraordinaires. L’exposition m’a donné un trac fou car Barbara touche vraiment à l’intimité des gens. L’unanimité me comble. Les gens sont émus, souvent ils reviennent et découvrent de nouvelles choses. J’adore les regarder, deviner leur émotion, la manière dont ils s’accaparent l’exposition. J’aime aussi que des gens qui n’aiment pas Barbara voient l’exposition et… changent d’avis. Ce qui arrive, j’ai des témoins. Cet anniversaire est largement célébré, peut être trop, mais cette artiste est tellement importante. Nous travaillons actuellement sur l’itinérance de l’exposition qui devrait partir dans divers pays.

Barbara à la Cité de la musique – Philharmonie de Paris
221, avenue Jean-Jaurès
75019 Paris
Jusqu’au 28 janvier 2018

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