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Croquefer / L’Île de Tulipatan (Critique)

Le samedi 29 décembre 2012 à 9 h 37 min | Par | Rubrique : Critique, Théâtre musical

Lieu : Théâtre de l'Athénée Louis Jouvet - 7, rue Boudreau - 75009 Paris
Dates : Les 20, 21, 22, 27, 28, 29 et 31 décembre 2012 à 20h ; le 30 décembre 2012 à 16h ; les 2, 3, 4 et 5 janvier 2013 à 20h ; le 6 janvier 2013 à 16h ; les 9, 10, 11 et 12 janvier 2013 à 20h ; le 13 janvier 2013 à 16h.
Horaires : Les lundis, mercredis, jeudis, vendredis et samedis à 20h ; les dimanches à 16h.
Tarifs : De 9,50 € à 43 €.

Croquefer-TulipatanCroquefer ou le Dernier des paladins, opérette-bouffe suivie de L’Île de Tulipatan, opéra-bouffe.
Musique : Jacques Offenbach.
Direction musicale : Christophe Grapperon
Mise en scène : Jean-Philippe Salério
Avec Emmanuelle Goizé (Boutefeu et Alexis), Flannan Obé (Croquefer et Hermosa), Loïc Boissier (Mousse-à-mort et Cacatois XXII), Lara Neumann (Fleur-de-soufre et Théodorine), Olivier Hernandez/François Rougier (Ramasse-ta-tête et Romboïdal). Nicolas Ducloux (piano), Pablo Schatzman ou Samuel Nemtanu (violon), Laurent Camatte (alto), Annabelle Brey ou Jérôme Huille (violoncelle), Nicolas Crosse ou Simon Drappier (contrebasse), Boris Grelier (flûte), François Miquel ou Christian Laborie (clarinette), Takénori Némoto ou Pierre Rémondière (cor), Eriko Minami ou Guillaume Le Picard (percussions).
Orchestration : Thibault Perrine. Chef de chant : Nicolas Ducloux. Scénographie et lumières : Thibaut Fack. Costumes : Élisabeth de Sauverzac. Chorégraphie : Jean-Marc Hoolbecq.

Résumé : Où sommes-nous ? En plein délire, à n’en pas douter. D’une part, dans un Moyen Âge dont la loufoquerie n’a rien à envier aux Monty Python, où guerroient et s’agitent un paladin sans pudeur, un chevalier incomplet, un gentilhomme nommé « Ramasse-ta-tête » et une princesse infortunée qui « pince du luth comme Paganini et qui se résigne à devenir assassin »… D’autre part, « à 25 000 kilomètres de Nanterre, 473 ans avant l’invention des crachoirs hygiéniques », sur l’île de Tulipatan, où le duc Cacatois XXII et le grand sénéchal Romboïdal marieraient volontiers leurs respectives progénitures, si une vilaine affaire de confusion des genres ne s’y opposait pas… Dans les deux cas, nous sommes bien chez Offenbach, qui prête son élégance aux dingueries de deux tandems de librettistes : Chivot et Duru et Jaime et Tréfeu. Opérettes, opéras bouffes, comédies musicales des Années Folles : Les Brigands aiment ressusciter des pièces oubliées ou méconnues. Dès leur première apparition à l’Athénée en 2002, ils s’étaient mesurés à la fantaisie médiévale avec une trépidante Geneviève de Brabant. On les retrouve ici dans leur élément : donnant à admirer deux perles d’Offenbach, nacrées d’anachronismes charmants, de plaisirs androgynes et de fantaisies digestives.

Notre avis : On sait gré aux Brigands, depuis plus de dix ans, de ressusciter avec panache des œuvres légères peu ou prou tombées dans l’oubli. En piochant parmi les nombreuses opérettes en un acte d’Offenbach, la troupe renoue avec le compositeur qui lui a inspiré son nom et lui a servi ses premiers succès (Geneviève de Brabant, Barbe Bleue). Composée après les triomphes d’Orphée aux Enfers et de La Belle Hélène, L’Île de Tulipatan et son histoire de confusion des genres offrent une succession de quiproquos, de dialogues troubles et d’apartés immédiatement propices au rire. En comparaison, Croquefer ou le dernier des paladins, composé dix ans plus tôt dans la carrière d’Offenbach et aujourd’hui quasiment absent des théâtres, pâtit a priori d’un livret certes pas moins absurde mais plus verbeux, moins riche en rebondissements et où la musique paraît moins aboutie, à l’exception d’un joli duo. Pour associer ces deux pièces, leur insuffler un nouvel élan et les dépoussiérer (nonobstant le choix assumé du ‘r’ roulé qui n’améliore pas forcément la compréhension du texte chanté mais qui le renvoie assurément à une époque révolue de l’opérette), il fallait bien le talent et l’énergie des Brigands.

La direction de Christophe Grapperon et son orchestre rendent aussi bien justice à la brillance d’Offenbach qu’à la parodie qu’il fait du grand opéra français (Meyerbeer, Halévy). Même si on pouvait préférer une scénographie plus fournie et aux couleurs plus chatoyantes, on salue des effets visuels réussis (notamment un immense miroir incliné en fond de scène) et une direction d’acteurs et des chorégraphies qui évitent de trop verser dans la grivoiserie des livrets et mettent l’accent sur les personnages.

Et précisément, sur scène, les cinq artistes, tous distribués dans les deux œuvres, s’en donnent à cœur joie ! François Rougier fait entendre une solide voix de ténor. La stature déjantée de Cacatois XXII sied parfaitement à Loïc Boissier. Emmanuelle Goizé passe sans complexe des déchaînements quasi-hystériques de l’écuyer Boutefeu à la féminité calme et naissante d’Alexis. Flannan Obé, caméléon chantant-dansant, habille Croquefer, le chevalier peureux, de démesure et de clowneries avant d’incarner une Hermosa rebelle et malicieuse aux faux airs de Lady Di. Enfin, Lara Neumann, par sa simple présence, ses mimiques, sa gouaille, sa voix sonore et sa jovialité campe une Fleur-de-soufre héroïque puis une Théodorine tantôt bien décidée à ne pas se laisser faire, tantôt dépassée par le événements.

Le rendez-vous annuel auquel nous convient les Brigands au moment des fêtes est sans conteste une nouvelle réussite : la musique pétille, le plateau est épatant, les rires fusent, les applaudissement tonnent et le public repart plus léger.

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