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Dans la peau de Don Quichotte (Critique)

Le mercredi 16 mai 2018 à 22 h 30 min | Par | Rubrique : A l'affiche, Critique, Théâtre musical

Lieu : Théâtre de la croix-rousse, place Joannès-Ambre, 69004 Lyon
Dates : du mardi 15 au dimanche 19 mai 2018
Horaires : 20h, sauf le dimanche à 16 h
Tarifs : ND

(c) La Cordonnerie

D’après Miguel de Cervantès
Adaptation, réalisation et mise en scène : Métilde Weyergans et Samuel Hercule
Musique originale : Timothée Jolly et Mathieu Ogier
Avec : Métilde Weyergans , Samuel Hercule , Philippe Vincenot , Timothée Jolly , Mathieu Ogier (distribution en cours)
Production: La Cordonnerie

Michel Alonzo, la cinquantaine, est bibliothécaire. À quelques mois de l’an 2000, ce passionné de littérature est chargé de la modernisation des catalogues. Il numérise tous les textes pour créer une base de données et est à deux doigts d’achever sa mission. Mais en ce mois de décembre 1999, on annonce le grand bug, ou bogue, du passage au troisième millénaire. Sont prévus des situations apocalyptiques, des fractures dans le temps, un chaos universel. De quoi s’inquiéter.

Et patatras! Michel Alonzo, fonctionnaire de classe 2, se retrouve en armure aux côtés de Sancho Pança et Rossinante. Changement de perspective, changement d’atmosphère et grand chambardement sur scène. Alors qu’importe que les moulins ne soient pas en Espagne mais en Picardie, seule compte la grandeur d’âme.

La Cordonnerie depuis près de vingt ans fait un travail d’orfèvre, mêlant cinéma, théâtre et musique. Ses spectacles sont des petits bijoux espiègles et pleins d’humour qui s’attachent à faire redécouvrir les grands mythes. Il y a eu Super-Hamlet, Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin, Hansel et Gretel. Mais ce nouveau ciné-spectacle va encore plus loin et invite à naviguer entre réalité et imaginaire, au bord de la folie du Chevalier errant.

Notre avis :

Alors qu’ils avaient présenté Hansel et Gretel sous les traits de deux personnes âgées lors de la saison précédente, c’est à un autre mythe que les membres de la Cordonnerie s’attaquent, celui de Don Quichotte. Et si le chevalier à la triste figure vivait une autre vie au début du troisième millénaire ? Michel Alonzo, un bibliothécaire quelque peu prisonnier de sa vie quotidienne y échappe bien malgré lui au moment du supposé bogue de l’an 2000. Il se retrouve alors projeté dans la peau de Don Quichotte, vivant des événements invraisemblables.

Métilde Weyergans et Samuel Hercule indiquent en préambule qu’ils ont découvert par hasard cette histoire dans un carton à l’occasion d’une brocante. Ce projet artistique resté sans suite trouve avec eux une nouvelle vie (on notera que le Don Quichotte de Terry Gilliam n’est pas le seul à voir enfin le jour actuellement après avoir été abandonné pendant plusieurs années !). Cette histoire revisitée de Don Quichotte est entre de bonnes mains avec la Cordonnerie. Cette équipe livre un nouveau ciné-spectacle marquant. C’est d’abord sous la forme d’un film que l’histoire est présentée avant de laisser place également à des comédiens sur scène.

Les doublages et les bruitages assurés en direct sur scène par Métilde Weyergans et Samuel Hercule sont toujours aussi précis, incisifs et drôles. Le duo de musiciens formé par Timothée Jolly et Mathieu Ogier n’est pas en reste. Les compositions s’intègrent parfaitement dans l’histoire de ce Don Quichotte des années 2000. Plusieurs instruments trouvent leur place, dont différents claviers…y compris un clavier d’ordinateur !

Ceux qui ont utilisé les technologies d’il y a vingt ans apprécieront les clins d’œil à des outils phares de l’époque, de Windows 98 au CD-ROM en passant par les graveurs. Le bibliothécaire solitaire et dépassé par la technologie semble en être victime en se retrouvant dans la tête du héros de Cervantès. Tout en restant drôle, le spectacle révèlera toutefois d’autres failles du personnage.

On ne pourra conclure sans saluer la prestation de Philippe Vincenot qui joue remarquablement avec deux tempéraments diamétralement opposés, tantôt dans la peau du bibliothécaire effacé tantôt dans celle du fougueux Don Quichotte.

Au début du spectacle, Métilde Weyergans fait référence à la forme de pression qui peut exister à la fin de la création d’une œuvre en pensant à la suivante. Nous compatissons tout en signalant que la prochaine œuvre de la Cordonnerie est bien entendu attendue avec impatience et gourmandise !

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