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Dreamgirls – Compte-rendu de la conférence de presse

Le jeudi 1 février 2007 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Zoom

Jamie Foxx dans Dreamgirls ©DR

Jamie Foxx dans Dreamgirls ©DR

Adapter Dreamgirls au cinéma : est-ce un rêve de longue date ?
Bill Condon : Pour tout vous dire, j’étais dans la salle le soir de la première à Broadway. Ce fut l’un des spectacles les plus incroyables que j’aie jamais vu. A l’époque je ne pensais pas encore au cinéma, mais après Chicago [NDLR : que Bill Condon a adapté et Rob Marshall réalisé] j’ai eu le désir de porter à l’écran une comédie musicale. Dreamgirls s’est immédiatement imposé. L’histoire, la musique sont exceptionnelles. Dreamgirls faisait partie de ces grandes comédies musicales qui n’avaient pas encore été portées à l’écran. De plus, ce projet m’a donné l’opportunité de travailler avec des acteurs fabuleux. Ce film, c’est mon point de vue sur cette époque, celle d’un réalisateur blanc et gay. Chicago m’a bien entendu ouvert les portes, ce film ayant prouvé que la comédie musicale rapporte encore de l’argent !

Avez-vous hésité entre la biographie illustrée ou la comédie musicale pure ?
Bill Condon : Ce qui est formidable avec Dreamgirls c’est qu’il aborde les deux aspects et c’est excitant de passer de l’un à l’autre. Durant les vingt premières minutes, le film évoque des biographies comme Ray, mais à un moment, lorsque Jamie Foxx se met à chanter dans une impasse, la comédie musicale, et les codes qui vont avec, s’installe. Ensuite, le film oscille toujours entre les deux.

Le film aborde la condition des artistes noirs dans les années soixante. Aujourd’hui les choses ont-elles changé en Amérique ?
Danny Glover : Il nous faudrait au moins un jour chacun pour répondre ! La période dans laquelle se déroule Dreamgirls est sensible dans l’évolution de la condition des Noirs aux Etats-Unis puisque beaucoup de choses ont changé tant sur le plan politique que social. L’émergence de la musique noire, comme on peut le voir dans le film, participe de cette évolution. Une nouvelle dynamique s’est développée. Dans le domaine culturel, ces années-là marquent aussi l’apparition de la première star de cinéma noire : Sidney Poitier. Fort heureusement tout s’est amélioré : regardez Jamie Foxx, il est l’un des acteurs les plus importants de notre époque, Jennifer Hudson débute merveilleusement et est promise à une belle carrière. Grâce aux acquis du passé, les artistes noirs s’imposent plus facilement aujourd’hui.

Jamie Foxx : Je partage tout à fait le point de vue de Danny Glover. Je suis reconnaissant à nos aînés d’avoir ouvert la voie pour les talents contemporains. Tout peut arriver très vite pour un artiste, quelle que soit sa couleur. Regardez Jennifer, elle vient de remporter un Golden Globe pour sa prestation remarquable : ses premiers pas au cinéma sont salués, quelle que soit la couleur de sa peau.

Quels sont les impératifs dans l’adaptation d’une comédie musicale de la scène vers l’écran ?
Bill Condon : Lorsque je rencontre de pauvres spectateurs qui n’aiment pas la comédie musicale, ils me disent toujours : « il faut attendre les trois minutes que dure une chanson avant que l’intrigue ne se poursuive ». Ils ont tort ! D’autant que dans Dreamgirls toutes les chansons, y compris celles qui sont interprétées sur scène, font systématiquement progresser l’histoire. Nous avons ajouté quelques chansons pour justement lier davantage la cohérence scénaristique.

Le film s’inspire de la période Motown. Quel impact cette maison de disques vous a inspiré dans votre travail, voire dans votre vie ?

Jennifer Hudson dans Dreamgirls ©DR

Jennifer Hudson dans Dreamgirls ©DR

Danny Glover : Je suis le seul ici à avoir l’âge d’avoir connu les débuts de la Motown (rires). Quelque chose de frais, avec un style très reconnaissable est né avec les artistes Motown. Ils ont sans aucun doute aidé les jeunes noirs, parfois déboussolés, à trouver leur identité. Cette musique a marqué toute une époque. D’ailleurs, en écoutant Stevie Wonder mes souvenirs affluent avec précision : je me souviens où j’ai entendu la chanson pour la première fois, ce que je faisais… Cela m’impressionne toujours.

Jamie Foxx : Ce qui me frappe le plus en repensant à cette période, et vous le verrez dans le film, c’est combien la firme imposait à ses artistes la manière d’interpréter les chansons, mais aussi comment répondre aux interviews, comment être une star. Leur libre-arbitre était assez limité. Et cela m’a beaucoup inspiré dans la préparation de mon personnage.

Jennifer Hudson : Ma perception principale des années soixante se résume justement à la Motown. J’écoute avec délectation la musique de cette époque. J’aime particulièrement une artiste comme Aretha Franklin, même si elle n’est pas de cette firme, ou encore The Temptations, Gladyn Knight and The Pips, Martha Reeves and the Vandellas.

Bill Condon : Pour ma part, la Motown a eu une influence décisive pour moi. A Brooklyn où j’ai grandi, nous écoutions beaucoup la radio et je me souviens que j’adorais tellement les Supremes que j’ai convaincu mon père de m’emmener voir Diana Ross en concert (j’écoutais « Baby Love » en boucle). Ce fut donc mon premier souvenir de spectateur. C’est troublant, non ?

Jennifer, comment Bill vous a conduit au niveau émotionnel incroyable pour le point culminant du film, la chanson « And I Am Telling You » ?
Jennifer Hudson : Il a pris le temps de me connaître, ainsi il a pu saisir comment déclencher mes émotions, il m’a aidée à trouver comment construire le personnage en mettant en avant les aspects auxquels je pouvais m’identifier. Penser à ma grand-mère m’a également beaucoup aidée pour me mettre dans l’état que nécessite mon rôle à ce moment intense. Bill m’a donné des indications sur l’état du personnage qui perd pied. Parfois, ces directives étaient très précises, à d’autres moments, l’émotion était déjà là.

Bill Condon : Au tout début, lorsque Jennifer a chanté cet air, elle s’est mise à pleurer. Or pour moi Effie, son personnage, ne peut se libérer comme ça, elle doit retenir ses larmes. A ce moment du film, elle est trop fière pour montrer sa vulnérabilité. J’ai donc demandé à mon actrice une chose très difficile : de faire venir les larmes sans pour autant qu’elles coulent, ce qui prouve son orgueil. Durant les quatre jours de tournage pour cette séquence, à chaque prise Jennifer, qui n’a jamais été actrice avant, a su contrôler ses larmes. Elle avait constamment les larmes aux yeux, mais pas une seule fois celles-ci n’ont coulé, c’est vous dire à quel point elle savait se contrôler. Je suis heureux de l’avoir engagée pour ce film.
Jennifer a vécu l’enfer pendant les six moix qu’ont duré le casting (rires). Sa dernière audition fut un marathon de trois jours où elle a chanté des dizaines de fois « And I Am Telling You », une chanson déjà difficile en soi. Et c’est formidable la façon dont elle a remporté le rôle devant 779 autres candidates !

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