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Dreamgirls – Les rêves ne sont pas éternels

Le dimanche 1 août 2004 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Grandes oeuvres

Dreamgirls ©DR

Dreamgirls ©DR

Livret et Lyrics : Tom Eyen
Musique : Henry Krieger
Mise en scène originale : Michael Bennett

Création
20 décembre 1981 à l’Imperial Theatre, New York (1521 représentations et 10 previews ).

Principales chansons
Move (You’re steppin’ on my heart) – Fake your way to the top – Cadillac Car – Steppin’ to the bad side – Family – Dreamgirls – Press conference – And I am telling you I’m not going – Ain’t no party – When I first saw you – I am changing – I meant you no harm – The Rap – Firing of Jimmy – I miss you old friends – One night only – Hard to say goodbye

L’histoire
Deena, Lorrell et Effie, trois jeunes femmes afro-américaines, participent à un concours de chansons organisé au fin fond des Etats Unis. Elles sont immédiatement repérées par Curtis Taylor Jr, l’organisateur de cette manifestation qui n’a pour but que de promouvoir un chanteur local, James Thunder Early. Or, celui-ci est abandonné par ses choristes le soir même de la représentation. Taylor se tourne alors vers ses trois nouvelles découvertes et leur propose un remplacement au pied levé. Mais si Deena et Lorrell sont ravies de cette « promotion », Effie, qui a le tempérament le plus fort, refuse catégoriquement de servir la soupe à qui que ce soit. Taylor s’arrange alors pour que les trois chanteuses perdent le concours et, perdant aussi leurs espoirs de réussir par elles-mêmes, acceptent son offre. En outre, il promet à l’ambitieuse Effie qu’il fera d’elle une star. Cette dernière cède et, accompagnée de ses deux partenaires, rejoint Early sur scène. C’est un triomphe. Un nouveau groupe est né. Jimmy Early et les Dreamettes partent sur les routes accompagnés de Taylor, Marty, le manager d’Early et C.C, le frère d’Effie qui est engagé pour composer les nouvelles chansons.

Plus ambitieux et arriviste que Marty, Taylor découvre le monde du show business à grande échelle et déclare que s’il doit soudoyer tous les disc-jockeys d’Amérique pour faire connaître ses poulains, il le fera. Sa technique semble fonctionner puisque le groupe arrive rapidement en tête du hit-parade. Jimmy et les filles vont alors se produire à l’Atlantic City Hotel, un lieu où les chanteurs noirs apparaissent rarement, puis à Miami. Le succès ne se dément pas mais Taylor, pour toucher un public encore plus vaste et plus « blanc », décide de changer l’image du groupe et de permettre aux filles de voler de leurs propres ailes, sans Jimmy. Elle deviennent donc les Dreams tandis que le chanteur est remercié. Effie est ravie. Taylor, qui est devenu son amant, va enfin tenir sa promesse de faire d’elle une star. Mais elle déchante vite quand elle apprend que c’est Deena qui sera la nouvelle vedette de la formation. Plus mince, plus jolie, Deena possède aussi une voix plus légère que celle, profondément « soul » d’Effie. Elle est donc, selon Taylor, un argument commercial bien plus convaincant. Désespérée, Effie ne trouve, de plus, aucun soutien auprès de son frère qui tente de la convaincre que la solution choisie par Taylor est la meilleure. La situation se détériore d’autant plus que Taylor quitte Effie pour devenir l’amant de Deena. La chanteuse délaissée provoque alors conflits sur conflits jusqu’au jour ou Taylor décide de la remplacer. Abandonnée par tous, Effie jure qu’elle ne quittera jamais la partie.

Cinq ans plus tard, les Dreams sont au sommet tandis qu’Effie, aidée par Marty, tente toujours de percer. Mais alors que la jeune femme vient de saboter un nouveau contact à cause de son caractère impérieux et que son seul ami décide de jeter l’éponge, Effie lui promet qu’elle va changer. De son côté, Taylor rencontre des problèmes avec Deena, désormais son épouse, à qui on a proposé un rôle au cinéma. Il s’oppose également à C.C à propos des orchestrations de sa dernière chanson, « One night only », qu’il veut rendre plus commerciale. Finalement, après une violente confrontation, C.C reprend sa chanson, quitte le groupe et se tourne vers celle qui acceptera de l’interpréter telle qu’elle est écrite, Effie. Par l’intermédiaire de Marty, il se réconcilie avec sa soeur, et le trio part en studio d’enregistrement. « One night only » est un succès immédiat. Furieux, Taylor fait enregistrer à Deena sa propre version qui supplante rapidement celle d’Effie. Mais un soir, alors que les Dreams se produisent à Chicago, Taylor voit débarquer Effie, C.C et Marty accompagnés d’un avocat. Ceux-ci apportent la preuve que Taylor a, une nouvelle fois, soudoyé les disc-jockeys pour qu’ils fassent tourner la version de Deena plutôt que celle d’Effie. Il est donc passible de prison. Apprenant les magouilles de son mari, Deena le quitte et abandonne les Dreams. Le groupe donnera cependant un dernier concert à New York. Chacun partira ensuite pour suivre sa propre destinée.

Le thème
Dreamgirls est donc un musical « de coulisse » mais s’avère surtout le pendant sombre d’un modèle du genre, créé la même année à Broadway, 42nd Street. Là où le spectacle de Gower Champion flirtait avec tous les archétypes de la comédie musicale (une sympathique artiste, bourrée de talent, remplace au pied levé une star vieillissante et capricieuse, et devient star à son tour à l’occasion d’un final éblouissant), Dreamgirls propose une vision, non pas tragique, mais assez cynique et ambiguë de ce même rêve de gloire. Il y est question d’espoir, de talent, de musique mais aussi d’ambition, de cupidité et de jalousie et surtout de compromission. Ce dernier thème est au centre du spectacle. Effie a un talent énorme mais elle doit rentrer dans un moule pour plaire au plus grand nombre. De la même façon, la vulgarisation opérée par Taylor sur la musique « soul » afro-américaine, de manière à la rendre plus accessible à un public « blanc », symbolise bien ce formatage artistique.

Formellement, le musical « de coulisse » permet de justifier une grande partie des chansons puisque le monde dans lequel évoluent les personnages implique la présence de musiciens ou de chanteurs qui, pour exercer leur métier, doivent se lancer dans un numéro. Michael Bennett lui-même se disait plus à l’aise avec ce genre de construction et d’une certaine façon, une bonne partie des numéros musicaux de A Chorus Line étaient ainsi amenés (pour mémoire, les personnages de ce musical, sont des danseurs qui passent une audition devant un metteur en scène susceptible de les engager). Pourtant, Dreamgirls déborde aussi de récitatifs ou de dialogues chantés entre les numéros proprement dits. Il faut se souvenir qu’en 1981, époque où Dreamgirls a été créé, Evita spectacle intégralement chanté d’Andrew Lloyd Webber et Tim Rice, triomphe depuis quelques saisons seulement et la notion d’opéra pop est, alors, à la mode. Elle s’applique parfaitement à Dreamgirls.

L’histoire derrière l’histoire
A la fin des années 70, Michael Bennett est l’heureux metteur en scène-chorégraphe de A Chorus Line devenu un véritable phénomène à Broadway et dans le reste du pays. Mais son spectacle suivant, Ballroom, est un échec retentissant. Il faut dire qu’autant Chorus Line était « expérimental », autant Ballroom s’apparentait à un musical traditionnel, sans doute pas ce qu’on attendait de Bennett après son premier triomphe. Ce dernier s’attache alors au projet Dreamgirls écrit par Tom Even, un dramaturge jusque là auteur de pièce off Broadway, et Henry Krieger (futur auteur du magnifique Side Show) qui signe là sa première partition. Le spectacle s’inspire librement de l’histoire des Supremes, le groupe de Diana Ross, et va être l’occasion pour Bennett d’expérimenter un nouveau « concept » de mise en scène. Constitué, principalement, de quatre tours amovibles se déplaçant à volonté, et d’une poutre horizontale montant et descendant sur scène grâce à des câbles reliés aux cintres, le décor de Robin Wagner, par sa maniabilité, permit à Bennett, à travers une série d’images utilisant les éléments de façon chaque fois différente, d’évoquer les nombreux lieux de l’action d’une manière élégante et épurée.

Le soir de la création, Dreamgirls comprenait dans sa distribution Jennifer Holliday (Effie), Sheryl Lee Ralph (Deena), Loretta Devine (Lorrell), Ben Harney (Taylor), Vondie Curtis Hall (Marty), Obba Babatunde (C.C) et Cleavant Derricks (Jimmy). Les qualités visuelles et musicales du spectacle et son intensité séduisirent le public. Dreamgirls ne remporta pas le Tony Award de la meilleure comédie musicale en 1982 (au profit de Nine) mais Jennifer Holliday et Cleavant Derrick furent récompensés dans les catégorie meilleure actrice et meilleur acteur de complément pour un musical. Tom Eyen reçu un Tony pour le livret et Tharon Musser, pour les éclairages. Michael Bennett continua à modifier le show pendant plusieurs mois jusqu’à ce qu’il atteigne sa forme définitive en 1984.

Sans atteindre la renommée de A Chorus Line, Dreamgirls a donné lieu à de nombreuses productions aux Etats Unis et dans le monde. Le spectacle a fait l’objet d’un revival à Broadway en 1997 à l’Ambassador Theatre.

Versions de référence
Dreamgirls – Original Broadway cast recording (1982-Decca US). Avec Jennifer Holliday, Sheryl Lee Ralph et Loretta Devine.

Dreamgirls in concert – 2001 concert cast (Nonesuch). Avec Lillias White (Effie), Audra McDonald (Deena) et Heather Headley (Lorrell).

Le premier CD propose seulement quelques extraits du spectacle. Magnifiquement interprétés par la troupe originale (et, en particulier, Jennifer Holliday, incroyable dans « I am telling you I’m not going »), ils n’en demeurent pas moins frustrants car ils ne donnent pas une idée juste de la richesse de la partition. Il vaut mieux se précipiter sur le second qui comporte, cette fois, la version intégrale et qui, en plus des trois vedettes citées plus haut, bénéficie de la présence, dans des seconds rôles, de tout le gratin de Broadway, Emily Skinner (Side Show, Full Monty), Alice Ripley (Sunset Boulevard, Side Show), Brian Stokes Mitchell (Ragtime, Man of La Mancha), Darius de Haas (Rent) ou Patrick Wilson (Full Monty, Phantom of the Opera au cinéma) pour ne citer qu’eux. Un must à posséder absolument.

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