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El Tigre (Critique)

Le mardi 24 décembre 2013 à 8 h 35 min | Par | Rubrique : Critique, Théâtre musical

Lieu : Théâtre du Rond Point - 2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt - 75009 Paris - M° Franklin D. Rossevelt.
Dates : Du 21 décembre 2013 au 12 janvier 2014.
Horaires : Du mardi au samedi à 21h. Le samedi à 17h30. Le diamnche à 15h. Relâches le 25 décembre et 1er janvier.
Tarifs : 36 €.

el-tigreTexte & mise en scène : Alfredo Arias.
Avec : Denis D’Arcangelo, Arielle Dombasle, Alejandra Radano, Andrea Ramirez & Alexie Ribes.

El Tigre donne son nom à un ensemble d’îles argentines et de marais peu gays. Là, un groupe de cinéphiles fanatiques a trouvé refuge. Ensemble, le samedi soir, ils recréent les films adorés, les rejouent, se travestissent avec les moyens du bord. Au final, Vampira croque les jugulaires des enfants de chœur, Lana Turner trouve le temps long et Holy se remaquille.

Les créaures de El Tigre déclenchent une série de quiproquos et de coups de théâtre qui les propulsent dans un univers plus délirant que celui qu’elles voulaient représenter. Elles retrouvent la tonalité des univers fantasques des Marx Brothers ou d’Ed Wood, alors qu’elles croyaient plonger dans les mélodrames vénérés. Dark, Holy, Lana, Lanita, Tota et Vampira chantent, dansent, illuminent d’étincelles colorées un monde trop gris, trop triste. Elles s’envolent en fusée, côtoient les météores qu’elles préfèrent aux étoiles mortes, et se pulvérisent à coups d’apéricubes à la mortadelle.

Notre avis : Alfredo Arias ouvre la soirée en expliquant s’être inspiré d’une tradition britannique, celle de détourner à Noël les contes du répertoire, rebidouillés pour l’occasion, dans l’esprit du vaudeville d’antan. Et c’est bien d’un vaudeville (les protagonistes le rappellent à l’envi) qu’Arias nous propose avec cette folie argentine. Cette entrée en matière amusante se révèle être, au fur et à mesure du spectacle, quasiment un mot d’excuse. En effet, si l’on aime cet auteur et metteur en scène pour ses délires et la démesure calculée (il en faut de la rigueur pour qu’une folie touche un vaste public) ici, il a vraisemblablement dépassé les limites, produisant une œuvre sans queue ni tête, où chacun pourra au choix projeter ses interprétations, s’amuser parfois, s’ennuyer aussi.

Tout commence avec une fée hydrocéphale, Fatafale, qui se révèlera être un rien schizophrène puisqu’elle deviendra Vampira, créature maléfique inventée par Ed Wood, juste après l’arrivée des soucoupes volantes… dans une intrigue (?) pour le moins décousue, où il est question de rendre hommage aux divas mortes, en l’occurrence Lana Turner qui revit d’entre les morts sous les traits d’Arielle Dombasle. Dans cette maison sur pilotis où les caïmans peuvent mordre, le travestissement est roi, l’inventivité au pouvoir. Hélas, elle se révèle le plus souvent foutraque, usant de facilités (Lana/Arielle, suite à un dérèglement, se mettant à user de gros mots, oulala…) et l’on guette ce que l’on aime tant chez Arias : une démesure, un rythme, une brillance. Il arrive que l’on en trouve, lorsque l’hystérie laisse la place à des moments plus doux, courts moments vite escamotés pour replonger dans un délire lassant. La galerie de personnages a de quoi tenter, pourtant. Nous trouvons, outre la fée précitée, Lana Turner et sa fille Lanita (mais laquelle des deux a tué l’amant de la star ?), une péruvienne égarée, Holy propriétaire de la maison où se déroule ces rencontres hasardeuses et Dark, son majordome français devenue femme de ménage.

Un quatuor à cordes accompagne ces délires. Bonne surprise du spectacle, la partition de Bruno Coulais, de tango en java en passant par des mélodies mélancoliques, se révèle en totale opposition avec le côté débridé et farfelu du livret. Certaines chansons offrent de jolis moments et permettent à la troupe, qui ne démérite pas, de briller. Denis d’Arcangelo, qu’il incarne Dark ou Jean Gabin (si, si) montre là encore l’étendue de son talent. Chaque artiste semble avoir un masque que ce soit par un maquillage excessif ou des costumes découpant des silhouettes extraordinaires. Et l’on reconnaît bien dans ce travestissement total, l’art du metteur en scène qui dit s’être inspiré de photos de travestis, hors du milieu du show biz, pour rêver ses personnages. Nous aurions aimé partager ce rêve/cauchemar totalement. Ce n’est que partiel, mais l’expérience peut être tentée, esprit ouvert et folie aux aguets. Et si vous souhaitez approfondir cette expérience où Ed Wood côtoie Douglas Sirk au pays des « cinéfolles », une bande dessinée de Cuéno (qui cosigne la scénographie).

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