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Elise Caron – La Périchole de Savary

Le lundi 1 janvier 2001 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Elise Caron © Jacques Moatti

Elise Caron © Jacques Moatti

Quel est votre parcours ?
Très tôt, j’ai voulu être actrice. Grâce à l’enseignement du tiers temps musical, qui permet de faire de la musique l’après-midi tout en suivant une scolarité normale le matin, j’ai appris la flûte. En parallèle, être choriste dans la chorale de ma mère m’a permis de parcourir un répertoire assez vaste. A 15 ans, je suis entrée au Conservatoire pour travailler le chant. Après mon bac je me suis formée à l’art dramatique, tout en continuant à travailler la musique. Diane Kurys m’a engagée pour Cocktail Molotov. Je suis entrée au Conservatoire de Paris mais n’y suis pas restée : mes absences dûes à plusieurs tournages m’ont contraintes à démissionner, ce qui m’a un peu dégoûtée.
Je ne me suis pas donné tous les moyens pour percer dans le cinéma, du coup j’ai de plus en plus travaillé dans la musique. Des compositeurs ont écrit pour moi, ce fut le début de mes multiples expériences musicales. Entre les récitals classiques accompagnés par Bruno Gillet, qui a également écrit plusieurs pièces pour moi, et des créations contemporaines de Luc Ferrarri ou Michel Mussot, Jacques Rebotier : j’ai trainé ma voix un peu partout. J’ai fini par attérir à l’orchestre national de jazz. Même si ce genre n’est pas ma culture cela m’a donné l’occasion de le faire de l’improvisation, j’adore ça, de manière professionnelle avec des musiciens talentueux.
Peu à peu, je me suis également orientée vers la composition avec l’aide de Denis Chouillet qui m’a accompagnée sur scène et co-écrit la musique de plusieurs chansons. En somme, un parcours très éclaté et riche d’expériences, dû à ma curiosité insatiable !

Comment avez-vous obtenu le rôle de Périchole ?
Il se trouve que ma fille va dans la même école que la fille de Jérôme Savary et Mona Heftre, son ex-femme. Nos filles sont amies. Mona est venue voir voilà quatre ans au Divan du Monde dans mon tour de chant mis au point avec Denis Chouillet : Lerapatirole. Le spectacle lui a plu, elle a convaincu Jérôme de venir. Du coup lorsqu’il a voulu remonter La Périchole (une première mise en scène de cette oeuvre a eu lieu en Allemagne), Mona lui a reparlé de moi, l’idée lui a plu. C’est agréable de se sentir désirée, surtout pour une aventure pareille.

Comment considérez-vous ce rôle ?
C’est un rôle complet, tant sur le plan vocal que de comédie pure. Mon dernier contact avec Offenbach remonte au conservatoire où je chantais le rôle de Mademoiselle Choufleuri, en l’occurence une scène extraite de Monsieur Choufleuri pour le spectacle de fin d’année d’art lyrique. Ma connaissance de ce répertoire est plutôt vaporeuse… J’ai une culture avec beaucoup de branchages mais qui n’ont pas forcément de racines ! Encore un coup de ma curiosité.

Comment avez-vous travaillé ce rôle ?
Nous n’avions qu’un mois pour monter le spectacle, nous avons donc travaillé très rapidement (le spectacle dure tout de même 2h45). Cela s’est fait « à la française »… Jérôme a travaillé dans le chaos, je me suis lancée en étant à l’écoute de ses remarques. Grâce à lui et malgré lui j’ai trouvé le rôle. Aujourd’hui, après plus de quatre mois de Périchole, je n’ai plus peur de lui ! Cela me permet de savoir qu’il m’apprécie et de prendre ma liberté, ce qui me permet de concentrer mon attention dans le détail du personnage. Tous les soirs je m’améliore. Il nous arrive encore de couper quelques bouts de phrases ou d’en ajouter.
Le plus dur était de travailler la voix parlée et la voix chantée, deux choses séparées, et de les faire coller sans mettre en péril l’organe. C’est une fille des rues : elle n’a pas une voix de chanteuse. Dans sa direction, Jérôme le disait également « prends pas ta voix de bourgeoise ! ». Pour projeter ma voix, j’avais tendance à la rendre plus aigue, ça ne fonctionnait pas. Je rattrape dans les graves un côté plus… poissonnière. Le placement de la voix a été un vrai travail.

Quelles sont les différences entre Chaillot et l’Opéra Comique ?
L’Opéra-Comique donne un sentiment d’intimité très agréable. A Chaillot, les gens sont vite loin, la salle est immense. Je me sens aujourd’hui plus proche des gens : je les vois et me sens vue. Cela a une influence sur mon jeu, qui se rapproche un peu de l’expressionnisme. Je peux plus facilement pousser l’expression afin qu’elle soit lisible sans être caricaturale. Sauf quand je fais le clown et dégringole dans la fosse d’orchestre !

Quels sont vos projets ?
Récemment, j’ai composé des chansons pour enfants. Je ne pensais pas une seconde pouvoir être capable de mener seule ce projet. Je me suis épatée. La musique est assez complexe mais simple à jouer. J’ai fait avec les moyens du bord : mes deux mains, ma tête et mon enfance. Toutefois, je ne sais pas m’occuper de moi : faire tourner un spectacle, c’est toute une organisation. Je sais en revanche que j’ai suffisamment d’énergie pour la donner sur scène, à l’écran ou dans des compositions musicales. Par de nouvelles aventures, j’ai envie de découvrir en moi des facettes insoupçonnées.
Actuellement j’essaie de revenir à mes premières amours, j’adorerais retravailler pour le cinéma. Je me sens prête. J’ai besoin de faire des choses qui me nourrissent, qui me donne à manger et à boire. Sachez que j’ai faim et j’ai soif !

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