Recherchez

Emmanuelle Rivière – Tout feu tout flamme

Le mercredi 1 novembre 2006 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Emmanuelle Rivière dans Patty Diphusa ©DR

Emmanuelle Rivière dans Patty Diphusa ©DR

Emmanuelle Rivière, comment vous est venue l’envie d’être comédienne ?
J’ai toujours voulu faire ça et je n’arrive pas à me souvenir d’un fait précis qui ait déclenché cette envie. Ma mère me dit que j’ai toujours été en représentation, je faisais des spectacles pour les voisins ou la famille ! A l’école, quand je remplissais les fiches de renseignements, je déclarais toujours que je voulais être « actrice » ou « chanteuse ».
Paradoxalement, j’ai commencé ma formation assez tardivement. Pour rassurer mes parents, j’ai suivi un cursus « normal » : un BTS de secrétariat commercial bilingue ! J’ai quand même suivi des ateliers et un DEUG de théâtre, mais je ne voulais pas faire une école de théâtre du type Conservatoire ou Théâtre National de Strasbourg. Je me disais que ça ne servait à rien, que c’était réservé à une élite. En fait, j’avais surtout peur de l’échec. Puis, j’ai fait un stage avec Pierre-Olivier Scotto [NDLR : auteur, comédien et metteur en scène] et il m’a donné un grand coup de pied au cul. Il m’a fait découvrir les classiques que je ne connaissais qu’en théorie mais pas en pratique. J’ai réalisé que j’avais une soif d’apprendre tout ça. C’est donc à 25 ans, j’ai intégré le Studio théâtre d’Asnières pour une formation de deux ans qui comprenait aussi bien le chant, la comédie que l’escrime. J’étais la plus vieille de l’école ! C’est là que j’ai rencontré des gens comme Rachida Brakni, Sinan Bertrand, Marianne Viguès ou encore Arié Elmaleh. Au même moment, j’ai commencé à travailler. J’ai tourné pour le cinéma et la télévision. Je me suis vite rendue compte que j’étais « atypique », je ne rentrais pas dans un moule. On me remarquait toujours mais au final, on me disait que j’étais trop typée, que j’avais trop de tempérament, j’étais toujours « trop » ou « pas assez » quelque chose, pas assez arabe ou pas assez française, par exemple. Pour un casting de Sous le soleil, on m’a même dit que j’avais « trop de couilles » !

Alfredo Arias a été un des premiers à vous offrir votre chance avec Peines de coeur d’une chatte française.
Je le remercierai toute ma vie. Il engage justement des gens qui ont « trop » de quelque chose. J’avais entendu parler de cette audition d’Arias et j’ai plaqué un boulot de standardiste pour ça. Il recherchait des artistes bilingues en italien, ce que je ne suis pas mais j’ai bossé comme une chienne. Honnêtement, je n’étais sans doute pas au sommet vocalement et il y avait cent milliards de personnes mieux que moi à ce niveau-là, mais j’avais la niaque et Arias a voulu réunir des gens qui ont une forte personnalité. J’étais le bébé chanteur au milieu de chanteurs confirmés comme Laurent Ban ou Vartoch et j’ai beaucoup appris avec eux. Vocalement, j’ai pris de l’assurance et en sortant de ces 192 dates de spectacle, j’ai pu enfin me dire : je suis chanteuse.
Arias a ce talent de prendre les artistes avec ce qu’ils ont en eux et de l’utiliser. Il peut être dur et caractériel dans le travail mais il ne laisse rien au hasard, c’est un perfectionniste. Il te donne un cadre, il faut le respecter, et une fois que tu as compris ça, tu trouves ta liberté, mais à l’intérieur de ce cadre. Avec lui, j’ai appris la rigueur et l’exactitude. Depuis, je prends toujours des notes en répétitions, quel que soit le spectacle. C’est très scolaire mais j’aime cette rigueur.

Comment est né le projet Patty Diphusa ?
J’ai découvert Patty Diphusa au Festival d’Avignon en 1995. Etant folle d’Almodovar, j’ai foncé pour découvrir ce personnage que je ne connaissais pas. Et c’est resté dans un coin de ma tête. Puis, en 2001, après la tournée du spectacle d’Alfredo Arias, je me suis retrouvée sans travail, mais j’avais la foi, j’étais pleine d’énergie. On m’a parlé d’une audition pour une pièce de Jean-Michel Ribes pour laquelle il fallait choisir un texte léger. J’ai donc travaillé un extrait de Patty Diphusa… pour ne finalement jamais être convoquée ! Mais je me souviens parfaitement de ce jour dans le métro, où je planchais sur mon monologue, et où je me suis dit : je vais le monter. Le projet a mis du temps à se concrétiser. Ila fallu qu’il mûrisse et qu’il se fasse avec les bonnes personnes. C’est en croisant par hasard Séverine Lathuillère [NDLR : metteur en scène du spectacle] que j’avais connue lors de mon stage avec Scotto, que les choses sont devenues évidentes. Nous avons travaillé en binôme et avons adapté le texte ensemble. Nous avons connu beaucoup de déboires avant de concrétiser ce projet mais aujourd’hui, il ressemble à ce qu’on voulait. C’est l’enseignement que j’en tire.

Vous trouvez-vous des points communs avec Patty ?
Au début, je me suis déjà demandée si je pouvais la jouer car elle est très loin de moi. Mais plus le temps passe, plus je lui injecte des choses personnelles. Patty est une femme pleine de contradictions. Elle est à la fois tendre et grotesque, femme fatale et enfant, inaccessible et à la portée de tous. Je me retrouve dans ces contradictions. Par exemple, j’ai l’air dure et sûre de moi, mais je suis d’une grande naïveté. Et Patty a cette candeur-là. En revanche, je ne me retrouve pas dans cette sexualité qu’elle a pour fuir sa grande solitude, même si j’ai déjà ressenti ce genre de solitude. Enfin, Patty est égocentrique et il faut bien admettre que nous, les acteurs, avons besoin de reconnaissance et que cela fait du bien à notre ego !

Quels sont vos projets pour le futur ?
Je viens d’accoucher de mon plus gros bébé : Patty Diphusa. Mais j’ai aussi plein d’autres projets. J’ai décidé d’arrêter de souffrir à attendre que mon téléphone sonne et maintenant, je fais les choses moi-même et je crée mon propre moule ! Je suis en train d’écrire une pièce sur mesure, ainsi qu’une bible pour un soap. J’ai aussi un groupe de pop rock electro qui s’appelle Betis et on fignole une maquette. Mais en attendant, j’espère que Patty va marcher, en vue de le reprendre éventuellement ailleurs. Et j’aimerais que Almodovar vienne me voir !

Partager cet article

  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • MySpace
  • RSS
  • Twitter
Tags :

Laisser un commentaire