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Flannan Obé – « Le plus beau c’est Gaston! »

Le dimanche 1 janvier 2006 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Flannan Obé ©DR

Flannan Obé ©DR

Quand est né le groupe « Lucienne et les garçons » ?
Il est né voilà quatre ans. Emmanuel Touchard, le pianiste, m’a proposé de reprendre des chansons des années 30. On a eu tout de suite l’idée d’un trio. On connaissait Lara Neumann pour avoir travaillé avec elle sur d’autres projets. On lui a proposé de se joindre à nous puis on a commencé à chercher les chansons ensemble et, durant ces quelques mois, à définir ce que serait le groupe. On a créé le premier spectacle, enfin ce qui est devenu le premier spectacle, en mars 2002, au Limonaire. C’est un lieu qui convenait très bien, avec un esprit très « cabaret », c’est à dire en prise directe avec les gens. Le spectacle était constitué d’une bonne dose d’improvisations et de chansons très travaillées avec une mise en scène et des harmonisations. Il y avait dans tout ça une grande part de liberté. Avec le temps, on a augmenté notre répertoire, peaufiné les numéros. Au départ, on n’avait qu’une demi heure. On passait avec d’autres artistes et le spectacle complet ne devait pas dépasser une heure trente. A l’époque, on se disait « on va créer quelque chose et on verra où ça nous mènera ». Ca nous faisait beaucoup rire ces chansons grivoises, un peu idiotes, complètement assumées, mais on ne savait pas comment ça serait reçu. Le public a tout de suite très bien réagi et on a eu la chance de rencontrer très tôt nos producteurs : Les Concerts Parisiens. Ils nous on permis de faire un bond en avant et de jouer dans un vrai théâtre, le Théâtre du Renard à Paris. On a été programmé deux saisons de suite là-bas. Grâce à eux, on fait pas mal de dates de tournées et ils nous ont commandé un nouveau spectacle. Nous, on est ravis de faire autre chose, ça nous va très bien.

Comment choisissez-vous les chansons?
On s’y met à trois. Parfois, c’est un coup de coeur de l’un d’entre nous sur une chanson. Mais, comme au fur et à mesure les personnages se sont affirmés et affinés, on cherche aussi des chansons qui collent parfaitement avec ces personnages. Il faut qu’elles parlent de quelque chose qui nous ressemble. Il arrive qu’on fasse un petit travail d’adaptation. On change un nom, on rajoute un bout de couplet, pour que ça parle mieux de nous. Enfin, c’est vraiment à toute petite dose parce qu’on essaye de garder l’intégralité des textes originaux. Après, il y a tout le travail de partage de textes. A la base, ces chansons ne sont ni des duos, ni des trios. Il faut les transformer en dialogues.

Et pour les passages parlés ?
Au début, c’était vraiment de l’improvisation. Pour le premier spectacle, on a gardé ce qui nous semblait être le meilleur de ces impros. Aujourd’hui, tout est écrit, même si cela semble improvisé. Cela-dit, on se permet toujours de continuer à s’amuser. Ca fait trois ans qu’on joue et on pourrait s’épuiser un peu. Mais on garde toujours la part de surprise sur des petits moments où on improvise, pour prendre encore du plaisir.

Quand les Concerts Parisiens vous ont parlé d’un nouveau spectacle, avez-vous pensé à changer de formule ?
La grosse difficulté quand on aborde un « numéro 2 », et c’est valable pour le spectacle, le cinéma ou la littérature, c’est de conserver l’esprit de l’original mais de faire, en même temps, quelque chose de nouveau. Là, on retrouve les personnages, Lucienne, Victor et Gaston. Ceux-ci sont très inscrits dans le music hall d’entre deux guerres. On a donc décidé d’élargir le répertoire de 1920 à 1945, au lieu de se cantonner aux années 30. Dans les années 40, il y avait plus de swing, et des rythmes un peu différents alors que dans les années 20, c’était plutôt l’opérette et les rengaines. On n’y parle pas des mêmes choses, et surtout, pas de la même façon. Par ailleurs, en tant qu’artistes, on voulait explorer des choses un peu différentes. Par exemple, on voulait danser un peu plus. On s’est aussi permis des moments plus tendres. On a voulu aborder, cette fois, des palettes différentes et donner plus d’importance à Victor, le pianiste. Bien sûr il y a Lucienne qui est un peu la diva du groupe, mais là, les trois artistes sont à égalité.

Justement, la chanson qui évoque les trois personnages existait-elle déjà telle quelle ou avez-vous changé les prénoms?
En fait, cette chanson-là, on l’a écrite. J’ai fait les paroles et Emmanuel, la musique. On a cherché à retrouver l’esprit de cette époque. On a également écrit une autre chanson, « Quand on est une nature », interprétée par Lucienne.

Qu’est-ce qui vous a décidé à écrire ces chansons-là spécialement?
On avait un souci, on ne trouvait pas de chanson qui emporte le morceau, pour exprimer ce qu’on voulait à ce moment-là. Pour le solo de Lucienne, on a essayé une chanson qui s’appelait « Si vous étiez un coquin », mais elle ne correspondait pas vraiment à ce qu’on voulait. Il fallait quelque chose de plus fort, de plus dynamique. D’une manière générale, on a beaucoup testé. On a du essayer entre trente et quarante chansons pour arriver à vingt-cinq. On en a présenté certaines en avant-première chez des amis. On est aussi retournés au Limonaire et puis on s’est rendu compte que telle ou telle chanson ne fonctionnait pas. Il a fallu beaucoup élaguer.

Dans le spectacle, vous incarnez un personnage de jeune premier très années 30. C’est votre nature première ou c’est quelque chose que vous avez composé en observant les chanteurs de l’époque ?
C’est un peu des deux et c’est le cas pour chacun d’entre nous. Ce qui est génial quand on crée un spectacle de toutes pièces, même si on rend hommage à un répertoire, c’est qu’on peut vraiment mettre de nous dedans. Moi, j’ai apporté ce côté un peu pseudo-crooner, un peu bellâtre, mais avec de l’ironie et, je l’espère, sans me prendre au sérieux. On en rajoute aussi dans la tenue avec le costume serré, les cheveux gominés. J’aime bien ce style très années trente. Le trait est volontairement grossi mais je ne recherche pas spécialement le naturel. Chanter au théâtre, ce n’est pas naturel du tout. Il faut y mettre du plaisir et de la sincérité pour que ça devienne évident pour tout le monde mais au départ, ce n’est pas naturel.

Ca fait trois ans et demi que vous faites ce spectacle. Est-ce que vous avez le sentiment de fonctionner comme un groupe ou est-ce que vous continuer parallèlement votre parcours solo ?
C’est rigolo parce qu’au départ, tous les trois, on fait des choses très différentes. Lara et moi, on est d’abord comédiens, mais on a toujours fait du chant parallèlement. Emmanuel est professeur, compositeur, pianiste et là, il se retrouve acteur, alors que ce n’est pas son premier métier. Comme ça a bien fonctionné, de rencontrer un succès modeste mais suffisant pour que ça tourne avec en plus la demande d’un deuxième spectacle, c’est vrai qu’on est très pris par « Lucienne et les garçons ». Personnellement, je n’aurais jamais pensé dire un jour : « Je suis chanteur ». Je suis un peu obligé de le dire maintenant, parce que c’est comme ça que je gagne ma vie. Parallèlement, on essaye quand même de faire autre chose. Je fais un peu de télé, de cinéma et je compte bien ne pas m’arrêter. Lara et moi, actuellement, on est sur une opérette qu’on va jouer en Normandie. Il y a deux ans, j’ai fait la mise en scène d’un Mishima. C’est vrai qu’on est un peu à la croisée des chemins. Soit la série au Vingtième Théâtre est un succès, et ça veut dire encore pas mal de dates, peut-être même des prolongations ailleurs, et là il faudra vraiment se concentrer sur le trio. Soit ça continue tranquillement mais sans défrayer la chronique et, de façon naturelle, on ira aussi vers autre chose. On a tous envie de faire autre chose, mais on passe beaucoup de temps ensemble. Si on fait le calcul, on a commencé à répéter le deuxième spectacle il y a un an, pas tous les jours c’est vrai, mais de façon très régulière.

Comment expliquez-vous cette durée?
On ne voulait pas être pris de court et faire un spectacle à la va-vite. On tenait vraiment à tester les chansons avant de les montrer. La pression et l’enjeu sont beaucoup plus grands que la première fois. L’insouciance du premier spectacle, on ne l’a plus. Aujourd’hui, on sait ce qui marche ou non pour nous et là, même si on a envie de faire autre chose, les producteurs investissent de l’argent et de l’énergie. On ne peut pas les décevoir. D’une certaine manière, on a beaucoup moins le droit à l’erreur que pour le premier. Il faut que le deuxième arrive tout de suite au même niveau, sans avoir tourné pendant deux ans.

Comment avez-vous débuté ?
Je veux être comédien depuis tout petit. J’ai fait du théâtre à l’école, le conservatoire et puis le cours Florent. Mais j’ai, aussi, toujours adoré chanter. Petit, je faisais partie d’une chorale. J’ai intégré un choeur adulte quand j’étais au lycée. Après j’ai travaillé ma voix dans le registre lyrique dans plusieurs conservatoires d’arrondissements de Paris. Mais je me considère fondamentalement comme un comédien. D’ailleurs, je crois que ce qui fait la différence entre Lucienne et les garçons et les autres spectacles chantés, c’est qu’on est comédiens. J’espère qu’on chante correctement et que c’est agréable à entendre mais l’important c’est surtout de défendre des personnages.

Vous aimez chanter, danser et jouer la comédie. Etes-vous attirés par les comédies musicales qui se sont montées à Paris?
Je me voyais surtout faire du théâtre ou de la télé. Avec Lucienne et les garçons, c’est la première fois que je me sens vraiment à l’aise comme chanteur. Depuis qu’on a commencé, ça n’a pas arrêté alors je ne me suis jamais vraiment posé la question de faire autre chose. J’ai quand même participé à Singin’ in Paris cet été et l’été dernier. Sinon, c’est assez bateau de dire ça, mais je ne cracherais pas sur Les Misérables ou Chicago, ou encore les comédies musicales de Cole Porter.

Vous avez participé, l’année dernière, à la présentation d’un spectacle qui s’appelle TGV. Ou en est ce projet aujourd’hui ?
Nulle part, malheureusement. On a pourtant bossé d’arrache pied là dessus. C’était un croisement entre les chansons de Trenet, Gainsbourg et Vian. La mise en scène et la conception étaient de Renaud Morin. On joué ça dans le très beau Théâtre de la Porte Saint Martin. C’était comble et l’accueil était enthousiaste mais ça n’a rien donné. C’est un peu la règle de ce métier. On travaille comme des malades sur un projets, parfois ça donne quelque chose, d’autres rien du tout. Pour Lucienne et les garçons, on a eu beaucoup de chance.

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