Florence Pelly – Une fille du tonnerre !
Le Lundi 1 novembre 1999 à 0 h 00 min | Par Rémy Batteault | Rubrique : Talent à suivre
Elle était à l'affiche des Bouchons, de Souingue et encore, tout récemment de Et Vian ! En avant la zique ! Impossible de manquer Florence Pelly : voix grave et sensuelle, visage mutin, jambes qui n'en finissent pas... Oui, c'est bel et bien le résumé de la personne idéale pour jouer dans des spectacles musicaux. Aucun hasard dans tout cela, elle est née avec le spectacle dans la peau....

Florence Pelly ©DR
Mon frère Laurent [NDLR : metteur en scène] et moi avons pris les films de Jacques Demy en intraveineuse! Cet univers très personnel, fait de mille correspondances, m’a énormément marqué. C’est un monde parallèle dans lequel je me sens comme un poisson dans l’eau. De plus, nos parents nous emmenaient sans cesse au théâtre et au cinéma pour voir toute sorte de spectacles, et pas les plus accessibles pour de jeunes enfants ! Le désir de faire du théâtre est apparu sans y penser. Devenir comédienne a toujours été de l’ordre de l’évidence.
Comment avez-vous débuté ?
Avec Laurent, nous avons commencé notre carrière dans… la salle à manger, notre premier théâtre ! Depuis le début, il met en scène et je joue. Durant notre scolarité, nous avons profité du Théâtre Daniel Sorano de Vincennes pour monter une compagnie amateur, qui côtoyait la troupe professionnelle. Nous avons pris des cours d’art dramatique avec Alain Marcel (tout se recoupe ! ). Mon premier grand souvenir sur scène : L’ombre de Schwartz. J’avais 13 ans et je jouais une pute (rires). C’était un conte de fées politique écrit par un Russe dissident, anti staliniste, je vous laisse imaginer… . C’est dans ce spectacle que j’ai commencé à chanter. Ensuite, nous avons monté Une étoile NN; chambre calme sur la mer, une comédie musicale écrite par Michel Jourdheuil à partir d’une multitude de phrases récoltées partout. Ce fut un four mais j’en garde un souvenir ému. Après cela je n’ai plus travaillé avec mon frère jusqu’à Souingue. J’ai fait du café théâtre-musical, Shame, qui a cartonné en off à Avignon.
Quel a été le tournant de votre carrière?
Je ne supporte pas l’inactivité. Après Shame, pendant mes huit mois de chômage, j’ai décidé de monter quelque chose de musical. Laurent m’avait parlé des chansons de Mireille et Jean Nohain. Je suis vite tombée amoureuse de ce répertoire. J’ai fait appel à Jacques Verzier et Christian Gaïtch, sans oublier Jean-Pierre Gesbert au piano, pour créer un récital dans le restaurant des Halles, Les Bouchons, qui a donné son nom au spectacle. Un soir, Jean-Michel Boris de l’Olympia, est venu et a proposé de mettre à notre disposition sa salle un samedi après-midi, avec la sono de Nougaro. On marchait à 25 centimètres au-dessus du sol ! On s’est débrouillés pour remplir l’Olympia, soit 1500 personnes, ce fut la folie… Un an après, Pierre Jacquemont de la Potinière nous a appelé pour inaugurer le créneau du 19 heures de son théâtre. Nous avons essuyé les plâtres, puis nous sommes passés à 21 heures. Mireille venait nous voir régulièrement. De là est venue l’idée de faire un spectacle avec elle à Chaillot. Finalement nous avons assuré la première partie, encore un souvenir fabuleux. La voir sur scène, à 84 ans, ce fut un grand moment. Après Les bouchons, Laurent m’a demandé de réfléchir à un spectacle de chansons commandé par la Cité de la Musique. Souingue est né comme cela. Le succès nous est tombé dessus une fois encore. Le spectacle sur Vian est sorti de Souingue, qui lui-même est né des Bouchons… …
Quel est votre sentiment sur l’évolution du théâtre musical en France?
Le changement qui s’opère actuellement ne me dit rien qui vaille… Je ne comprends pas pourquoi des milliers de gens se lèvent pour applaudir Notre Dame de Paris, un spectacle sans musiciens sur scène, où les gens braillent plus qu’ils ne chantent. On se croirait à la télé. Le manque d’humilité me choque, de même que l’absence de chaleur et de sincérité. Nous ne sommes que des chanteurs de variétés, il ne faudrait pas l’oublier.
Avez-vous des projets personnels?
Pour l’heure, j’attends d’être un peu au chômage pour monter mon propre projet ! L’idée est d’aboutir à un spectacle plein d’humour en bâtissant une histoire autour de chansons peu connues ou inventées à partir de textes de Alphone Allais, Tardieu, Viallate, Rezvani… J’ai un gros problème : je ne suis pas auteur, juste une pauvre interprète ! Heureusement, mon camarade Thierry Boulanger compose. Six musiciens (je sais, c’est ambitieux !) seront sur scène et feront partie intégrante du show.
Et les prochains spectacles de Laurent Pelly?
Il a envie de nous donner, à Jacques, Gilles et moi des contre-emplois. Il me voit bien chanter du tango et moi aussi…
Dans un premier temps, nous commençons des répétitions en novembre et jouerons fin janvier en province. Ce premier spectacle, léger, se veut une revue à partir de bribes de comédies musicales. On voudrait s’imprégner de cet univers, travailler des morceaux connus, les distordre un peu, pour nous les approprier. Ce projet est prévu comme une sorte de tremplin pour le spectacle suivant, programmé en Avignon « in » en juillet 2000.
Quelques auteurs vont écrire dix histoires, une pour chaque personnage. En parallèle, des compositeurs créeront des musiques en accord avec ces personnages. Chaque comédien aura le rôle principal d’une histoire et aura ensuite un rôle secondaire dans les autres intrigues. En bref c’est un projet de comédie musicale originale. Je n’ai pas le sentiment qu’un tel spectacle ait été monté en France depuis longtemps (les « nouveaux » spectacles se basant sur des oeuvres existantes). De belles aventures en perspective…
