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Les Paris de Franck Vincent

Le samedi 1 mai 2004 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Franck Vincent ©DR

Franck Vincent ©DR

Franck Vincent, vous enchainez avec succès, depuis plusieurs mois, une série de spectacles musicaux très différents. Avez-vous toujours voulu faire de la comédie musicale ?
Non, c’est venu un peu par hasard. Au départ, je voulais être comédien. A 16 ans j’ai arrêté mes études et j’ai pris des cours de théâtre avec Ada Lonati, une ancienne élève de Tania Balachova. En cinq ans, j’ai énormément appris avec elle. Ensuite, j’ai voyagé. Pendant quatre ans, j’ai travaillé pour le Club Med, ce qui m’a permis d’aller un peu partout. J’y ai mis en scène des spectacles et j’ai commencé à chanter en autodidacte. J’y ai aussi été chorégraphe. Je n’avais aucune formation, c’était vraiment improvisé. J’ai monté des charlestons et des french cancans. Puis, je suis rentré à Paris et j’ai repris mon « vrai métier » d’acteur. J’ai joué Molière, Shakespeare, Labiche, Yasmina Reza et plein d’autres choses, jusqu’au jour où j’ai rencontré Belkacem Tatem. J’étais dans une pièce au Vingtième Théâtre qui se jouait à 21h et lui avait mis en scène la pièce de 19h. A l’époque, il préparait La Petite Boutique des Horreurs. Il m’a vu sur scène et m’a ensuite demandé d’interpréter la plante carnivore. Voilà comment je me suis retrouvé dans le milieu de la comédie musicale. J’ai enchaîné avec le showcase de La Valse du Diable, un projet qui malheureusement n’a pas abouti mais qui m’a permis de me faire connaître encore d’avantage par les gens de ce métier. J’ai rencontré Alex Bonstein, Sinan, Khemi Ferrey, Laurent Ban et de fil en aiguille, je suis arrivé jusqu’aux auditions de Tintin et le Temple du Soleil.

Comment s’est passée l’audition ?
Tintin avait déjà été monté à Anvers. Il s’agissait cette fois de la création en français. A priori, je pensais que je n’avais pas ma place dans ce genre de spectacle, que je n’avais pas les compétences pour ça. C’était quand même une énorme production. Mais tout le monde me disait d’y aller, alors, je me suis rendu à Anvers. J’ai auditionné pour Haddock et j’ai été retenu pour un des Dupont. C’était d’ailleurs compliqué parce que François Langlois, la personne qu’ils avaient en tête pour jouer l’autre Dupont, n’était pas disponible pour auditionner. C’est un Québécois qui vit en Belgique et travaille beaucoup dans toute la Wallonie où il est assez connu. Il a donc fallu attendre qu’il revienne pour que le metteur en scène nous voie ensemble et confirme mon engagement. A partir de là, j’ai vécu quatre mois complètement magiques à Charleroi.

Avec le recul, comment avez-vous vécu l’annulation du spectacle à Paris ?
L’aventure parisienne, c’est un vrai gâchis. On a beaucoup pleuré. La justice nous a finalement donné raison, on va être dédommagés mais c’est une maigre consolation. Je ne veux pas rentrer dans les débats pour savoir qui est responsable de cette débâcle. Il ne s’agit pas de balancer sur les producteurs français ou sur les belges. Simplement, ils ont perdu beaucoup d’argent et beaucoup d’énergie. Et puis, c’est dommage pour le théâtre musical français. C’était une chance pour Paris d’accueillir un spectacle de cette ampleur et de ce niveau. Tout était monté à l’anglo-saxonne. L’orchestre jouait en direct et il y avait 32 micros branchés simultanément pour la troupe. On parlait de Montréal, de Londres et tout à été annulé pour une question de malversation.

Vous êtes vite retombé sur vos pieds avec Parce que je vous aime à la nouvelle Eve.
Raphaël Sanchez devait être directeur musical en alternance sur Tintin. Après l’annulation du spectacle, il a été contacté par Jean Claude Vaillon pour La Nouvelle Eve. Raphaël lui a simplement dit : « Si vous cherchez des gens de talents, toute la troupe de Tintin est au chômage ». On s’est alors tous retrouvés sur cette audition. Après ça, Vaillon et les autres personnes impliquées ont fait leur choix et on a été quelques-uns à être retenus.

Vous étiez dirigé par Nicolas Lormeau qui est pensionnaire à la Comédie Française.
Le travail avec Nicolas a été houleux. Pour moi, en tous cas. C’est un mec très talentueux mais il y a là deux univers qui se confrontent : celui de la Comédie Française et celui du music-hall. Sur un mois ou deux, on peut trouver un terrain d’entente mais sur quelques jours, on entre vite dans un conflit. Ce montage a donc été violent. Cela-dit, ce genre de situation est enrichissante et puis je ne suis pas fâché avec Nicolas. On avait là un joli petit spectacle. Raphaël a fait un travail formidable d’arrangements de choeurs.

On vous voit aussi faire des claquettes dans ce spectacle.
Je n’ai pas toujours rêvé de comédie musicale mais j’ai toujours voulu faire des claquettes. Juste après La Petite Boutique des Horreurs, l’occasion s’est présentée. Je devais partir au Japon avec un spectacle constitué d’extraits de comédies musicales. Bernard Marchais qui mettait en scène voulait un numéro de claquettes sur un extrait de 42nd Street. Je n’avais jamais fait ça alors je suis parti en stage intensif chez Victor Cuno pendant dix jours pour apprendre les bases. J’ai continué après le Japon parce que j’adore vraiment ça. J’ai été ravi de pouvoir encore le faire dans Parce que je vous aime.

Venons en au Paris d’Aziz et Mamadou. Comment s’est passée la rencontre avec Alain Marcel ?
J’ai d’abord eu un contact indirect avec Alain Marcel. Il y avait eu une grosse polémique autour de La Petite Boutique des Horreurs dont il détenait les droits français… mais je ne veux pas revenir la-dessus. Je sais aussi qu’il était venu voir Tintin le soir de la première et qu’il avait apprécié mon travail. Il m’avait vu aussi dans d’autres choses mais il y avait toujours ce contentieux entre nous. Khemi Ferrey a provoqué notre rencontre. On s’est mis d’accord a propos de La Petite Boutique et il m’a engagé dans son spectacle pour l’Opéra Bastille. Là encore, le spectacle s’est monté très vite, en trois semaines. Mais j’ai été très heureux de cette expérience.

Le spectacle va-t-il être repris ?
On ne sait pas. C’était une commande de l’Opéra Bastille. Pour le remonter, il faudrait un producteur et peut-être modifier un peu le spectacle lui même. Je sais qu’Alain s’est remis au travail mais je ne veux pas parler à sa place.

Parlez-nous de Chance que vous jouez en ce moment au théâtre du Lucernaire.
La première fois que j’ai vu Chance, c’était au Dejazet. A ce moment là, ils jouaient juste après La Petite Boutique. J’ai vu le spectacle et j’ai tout de suite voulu jouer là-dedans. J’ai rencontré Hervé Delvoder qui m’a dit : « Si jamais on a besoin d’une alternance, je ferai appel à toi pour le rôle du directeur du cabinet ». Ils n’ont pas eu besoin d’alternance et on en est restés là. Puis Hervé a relancé le spectacle au Lucernaire et m’a rappelé. Toute la troupe, cette fois, est en alternance. Par ailleurs, il s’agit d’une version acoustique du spectacle. Contrairement à la première version, il n’y a ni micro, ni bande enregistrée, simplement un piano et une guitare. Ca conduit le spectacle vers un univers vraiment plus théâtral plus proche, d’ailleurs, du concept initial et je peux vous dire que je prends véritablement mon pied ! C’est super bien écrit, c’est drôle, et l’équipe est géniale ! Que demander de plus ?

Vous êtes actuellement en pleines répétitions des 7 Péchés Capitaux.
Alors là, on peut même parler d’urgence absolue tant ce spectacle est monté rapidement. On a commencé à répéter il y a cinq jours et on joue dans une semaine ! C’est Frédéric Strouck qui m’a contacté pour ce spectacle. Je n’avais jamais travaillé avec lui mais on s’était rencontrés à l’Ecole Alice Dona. Je ne suis resté que trois mois dans cette école. Ce n’était vraiment pas intéressant. C’est un truc hors de prix qui ne sert à rien… En tous cas, ça ne m’a servi à rien. Fred était donc dans cette école. Il m’a demandé de jouer dans ce spectacle qu’il a co-écrit mais, pour l’instant, on n’est parti que pour trois représentations. C’est un peu un showcase amélioré.

Aujourd’hui, votre carrière semble s’être orientée complètement vers le théâtre musical.
A Paris, oui. Mais je travaille avec un ami à Rambouillet, Bruno de Saint Riquier sur des projets purement théâtraux. C’est avec lui que j’ai joué, entre autres, le Frère Laurent dans Roméo et Juliette, celui de Shakespeare pas celui de Presgurvic. Cet été, je vais jouer, sous sa direction, un monologue intitulé Outrage à l’évolution pour le festival d’Avignon. A l’automne, on monte Saint Just, une pièce de Jean Claude Brisville. Je tiendrai le rôle de Danton. Il n’y aura rien de musical dans tout ça.

Votre expérience dans la comédie musicale vous a-t-elle donné l’envie dans apprendre plus sur ce domaine en tant que spectateur ?
A la base, je suis surtout un amoureux de la comédie musicale hollywoodienne. Gene Kelly, Fred Astaire, Cyd Charisse, j’adore ça depuis toujours. Pour moi, la comédie musicale c’est Chantons sous la pluie, Tous en scène, La Belle de Moscou. Je connais moins des choses comme Rent, Phantom of the Opera ou les Misérables. Je trouve que c’est bien fait mais, en tant qu’interprète, je ne pense pas avoir ma place dans ce genre de choses. Si, en réfléchissant bien, j’aimerais assez faire le rôle de l’Engineer dans Miss Saigon.

Je m’amuse dans la comédie musicale, mais, si ça s’arrête demain, ça ne me posera pas de problème. Je suis comédien avant tout. Je n’ai pas envie de faire de disque. Or, en France, c’est un peu dans ce sens là que les choses se font. Hélène Ségara joue Esméralda pour faire un album. Daniel Lévi joue Moïse pour faire un album. Aux Etats Unis, c’est différent. Bernadette Peters joue Into the Woods ou Gypsy puis va tourner un film, pareil pour Antonio Banderas qui fait Zorro au cinéma puis Nine à Broadway. Judi Dench est sublime quand elle chante « Send in the clowns ». Mais c’est avant tout une actrice et je la vois mal sortir, demain, un album de reprises. Moi, je fais du théâtre, que ce soit Shakespeare, Molière ou Howard Ashman. Le reste, ça ne m’intéresse pas. Cela-dit, je suis lié dans les prochains mois à de nouveaux projets musicaux. Je vais mettre en scène un spectacle intitulé Singing in Paris. Ca se jouera dans un hôtel particulier au mois d’août. Khemi Ferrey, Alyssa Landry, Laurent Ban feront partie de la distribution. Je vais aussi travailler sur la maquette d’une comédie musicale de Bernard Poli et Erik Sitbon et inspirée de Dorian Gray. Jérôme Pradon, Valéry Rodriguez et Pierre-Yves Duchesne vont également participer à cet enregistrement. Je peux déjà vous dire que ce qu’ils ont écrit est très beau.

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