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Frédéric Chevaux – Chanteur malgré lui

Le dimanche 1 octobre 2006 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Frédéric Chevaux©DR

Frédéric Chevaux©DR

Comment avez-vous rencontré Vincianne Regattieri ?
C’était en 99. Elle préparait une lecture de Beaucoup de bruit pour rien. Il s’agissait de sa première mise en scène. Isabelle Turschwell, que nous connaissions tous les deux, nous avait présentés. Vincianne cherchait quelqu’un pour le rôle du père. J’ai fait la lecture qui était, en quelque sorte, une audition. C’est comme ça que j’ai rencontré l’équipe et ça dure, maintenant, depuis sept ans.

Vous avez participé à tous les spectacles de la compagnie ?
J’ai participé à la création des trois pièces de Shakespeare qu’elle a montées. J’ai joué dans Beaucoup de bruit pour rien, La tempête et le Le songe d’une nuit d’été. Elle voulait faire un tryptique dès le départ. Il était même question qu’on joue les trois en même temps mais je ne sais pas si ça va se faire. Par la suite, Vincianne a monté un Molière, Les précieuses ridicules, dans lequel j’ai fait un remplacement.

Qu’est-ce qui différencie Le Songe des deux autres spectacles ?
Le songe et Beaucoup de bruit ont quelques points communs. Une équipe réduite, peu de décors, toute la troupe est sur le plateau du début à la fin de la pièce. Tout est suggéré. La tempête était une plus grosse structure. Le décor était imposant, il y avait des passerelles de trois mètres de haut, de l’eau partout sur la scène. C’était assez complexe. La différence, pour moi, est plutôt d’ordre affective. L’équipe de Beaucoup de bruit était très soudée. On était un vrai groupe qui avait voulu monter un spectacle reposant sur notre enthousiasme et notre énergie du moment. Le songe s’est monté dans une vraie atmosphère de travail. Vincianne avait une idée très précise de ce qu’elle voulait. On a, cette fois, peu travaillé sur les impros.

Le chant a dans Le songe d’une nuit d’été, comme dans les précédentes mises en scène de Vincianne Regattieri, une grande importance.
Tout à fait. C’est Jean Luc Pany qui a fait la musique. Il avait déjà fait celle de La tempête. La différence ici est que nous chantons a cappella, ce qui est assez difficile. Je ne suis pas chanteur donc j’ai dû faire un gros travail sur le timbre. Mais j’ai été bien entouré par des personnes qui ont su me mettre en confiance.

Il y a également dans le spectacle une approche physique du jeu théâtral qui se rapproche beaucoup de la chorégraphie.
Vincianne est danseuse à la base. Elle transmet la rigueur de cette expérience-là dans la mise en scène. Alors ça nécessite de notre part un travail d’échauffement. On se retrouve toujours sur le plateau avant le spectacle pour se préparer.

Vincianne Regattieri, à travers la compagnie Casalibus, développe un vrai travail de troupe : les comédiens se retrouvent de pièce en pièce. Est-ce que c’est un état d’esprit qui vous plaît ?
Complètement. Je suis très heureux d’y participer. D’une manière générale, depuis que j’ai commencé, je travaille avec des familles de théâtre. Ce n’était pas, au début, une volonté de ma part. Ca s’est fait comme ça. J’ai d’abord rencontré Nedelko Grujic avec qui je travaille depuis maintenant dix ans. Je connais Vincianne depuis sept ans. De spectacles en spectacles, on peut développer énormément de choses dans un groupe où on s’entend bien.

Vous allez bientôt enchaîner avec la reprise de Torch Song Trilogy d’Harvey Fierstein au 20ème Théâtre.
Là, par contre, je suis passé par une audition classique. C’est une pièce très sobre, très simple qui est construite en trois partie. Elle évoque la rencontre entre plusieurs personnages, dont un homosexuel et un bisexuel. Je joue le bisexuel. On les suit à différentes étapes de leur parcours ensemble.

La pièce est écrite dans un esprit très new yorkais. C’est quelque chose qui vous touche ?
Je ne connaissais pas cet univers. J’ai découvert l’écriture de Firstein avec cette pièce. Je trouve ça formidable. C’est très proche de la réalité. Moi, j’ai fait beaucoup de Shakespeare, de rôles de composition et là, d’un coup, je m’entends dire sur le plateau « Va chercher le ketchup dans le frigo » et je vais chercher le ketchup! J’adore! Ca a l’air bête comme ça mais moi, j’avais pris une direction de spectacles en costumes, de spectacles musicaux, et là soudainement c’est simple, c’est concret. Ca se rapproche du cinéma et c’est très agréable. Ca l’est d’autant plus que le personnage est très présent sur scène tout le long des trois actes.

Vous avez, tout à l’heure, évoqué Nedelko Grujic, c’est sous sa direction que vous avez joué dans la comédie musicale Oliver Twist. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?
Ned, avec qui j’ai commencé à faire du théâtre, avait monté La nuit des rois dans lequel il m’avait proposé un rôle chanté. J’ai failli refuser parce que j’avais une phobie du chant. Encore une fois, je chante juste mais je ne suis pas chanteur. J’ai pris, depuis, quelques cours quand on préparait La tempête, c’est tout. Finalement, j’ai quand même fait La nuit des rois et de fil en aiguille, on s’est retrouvé pour Oliver Twist qui était un vrai spectacle musical. Et ça a été un réel plaisir. L’aventure a duré de nombreuses années car il y a eu plusieurs versions. On a commencé avec un spectacle piano-voix qui a tourné deux-trois ans. Ensuite, le spectacle a été repris par une grosse production donc on a changé de décors, de costumes, on a travaillé sur bande avec de nouvelles orchestrations. On a joué à Paris, au Trianon et on a beaucoup tourné. Ca a été quelque chose de complètement nouveau pour moi. Au départ, la troupe était essentiellement constituée de gens venus du théâtre. Dans la nouvelle version, avec les nouvelles orchestrations, je me suis retrouvé entouré de chanteurs comme Nathalie Lermitte ou Alain Wilmet. Comme j’avais le même rôle que dans la version originale, j’ai retrouvé mes marques. Et puis même si c’était très jouissif de me retrouver dans un univers de chanson, ça restait vraiment du théâtre. L’écriture de la pièce est très belle. L’adaptation du roman est vraiment réussie.

Comment avez-vous débuté ?
Je suis arrivé à Paris dans le but de faire du cinéma. Je suis entré dans un cours et là, j’ai vraiment découvert le théâtre. En Bourgogne, d’où je viens, on ne sait pas ce que c’est qu’un comédien. J’allais tout le temps voir des films mais du théâtre, jamais. Ca m’a apporté beaucoup et j’ai pris cette voie là. J’ai eu la chance, dès l’école de théâtre, de rencontrer des gens qui m’ont fait travailler.

Vous préparez actuellement un autre projet.
Je répète effectivement avec Alain Mollot pour un spectacle intitulé La fourmilière avec le théâtre de La Jacquerie. On réalise une pièce de théâtre à base d’interviews. Une journaliste, qu’Alain connaît depuis longtemps, s’est rendue dans les villes de province qui sont partenaires du projet qu’on met en place. Elle a rencontré plusieurs personnes et leur a posé des questions sur le thème du travail. Les gens se sont livrés sur leur rapport au travail, sur leur couple dans le travail. Nous, les comédiens, nous jouons ces interviews sur scène. Elles ont été un peu coupées, montées mais jamais réécrites. C’est vraiment la parole des gens. Nous avons déjà monté six spectacles qui correspondaient aux six villes et nous avons tourné avec ça pendant deux ans. A l’époque, ça s’appelait A la sueur de mon front. Aujourd’hui, nous sommes en train de rassembler plusieurs extraits de chacun de ces travaux pour aboutir à un plus gros spectacle qui tournera dans toute la France. La création de cette nouvelle mouture aura lieu à Colombes en novembre. Je vais donc alterner avec Torch Song. Mais c’est quelque chose de très émouvant parce que le matériau sur lequel on travaille, c’est vraiment la vie des gens. Et ça, pour un comédien, c’est magnifique.

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