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Fucking happy end (Critique)

Le vendredi 7 avril 2017 à 19 h 20 min | Par | Rubrique : Critique

Lieu : Théâtre Les Déchargeurs (Salle Vicky Messica) - 3 rue des Déchargeurs - 75001 Paris
Dates : Du 6 au 29 avril 2017 - Jeudi, vendredi et samedi.
Horaires : Jeudi, vendredi et samedi à 21h30
Tarifs : De 10 à 26 euros.
Informations supplémentaires : Durée : 1h30

fucking-happy-endDe Sarah Fuentes
Mise en scène : Sarah Fuentes et Jan Oliver Schroeder
Compositeur : Pili Loop
Scénographie : Carolina Spielmann
Décor : Renée Guirao
Costumes : Sho Konishi
Avec Ludovic Chasseuil, Maud Imbert, Sarah Fuentes et Jan Oliver Schroeder
Sous les feux de la rampe d’un étrange cabaret, un cortège de personnages, évadés de l’univers des contes, va vous dévoiler sa vision loufoque et déjantée de Peau d’Âne !
Fucking happy end est une tragi-comédie qui pulvérise les idées reçues sur le couple, la famille, la quête du bonheur et tous les autres clichés dans lesquels la société veut vous claquemurer.

Notre avis :
Si nous sommes aussi réceptifs et attachés aux contes dits pour enfants, n’est-ce pas parce que, non seulement ils nous font rêver d’un merveilleux inaccessible, mais que, aussi, ils entretiennent efficacement nos peurs ?
Pour nous éclairer sur la question, Fucking happy end s’approprie la trame de Peau d’Âne et son insupportable odeur d’inceste, en la truffant de délires tous azimuts. On pense à la Psychanalyse des Contes de fées de Bruno Bettelheim pour la relecture adulte et à Into The Woods de Stephen Sondheim pour la collision entre personnages issus d’histoires différentes. Et l’on est surpris par la pertinence du regard que porte l’auteure sur des concepts du quotidien : l’enfance, la famille, le couple ou le deuil. Les hommes, qu’ils soient rois ou princes charmants, peuvent-ils être autre chose que des machines à désir, des gros cochons ou des pauvres gars ? Et les femmes n’ont-elles pas d’autre choix que d’être des mères porteuses, des épouses hystériques, des enfants fragiles ou des objets sexuels ?
S’ensuit un défilé déjanté de créatures hautes en couleurs : une Blanche-Neige nymphomane, un Petit chaperon rouge caillera, des zombies façon Ring, des officiers allemands, une marraine travelote, un prince désœuvré genre biker loser, etc. De cette revue loufoque, dont certains moments ont pu sembler, le soir de la première, moins aboutis ou moins rythmés, se dégage l’extraordinaire énergie d’interprètes polymorphes, avec leurs lots d’audace, de grimaces, d’accents, de postures et de rentre-dedans – femmes en tête : Sarah Fuentes, mégère tout terrain mais jamais apprivoisée, et Maud Imbert, visage poupin en tutu immaculé ou regard glaçant en Faucheuse venue d’outre-Manche. Portés par cette fougue comique qui détourne les codes et se joue des clichés, la fiction rejoint la réalité lors de fréquentes adresses au public et le texte se fait l’écho de notre époque dont les horreurs et les souffrances n’ont rien à envier à celles des pays imaginaires.
Sur une scène où sont présents peu d’éléments de décors, mais intelligemment utilisés, et où participe pleinement à la narration une musique originale et figurative, on remarquera l’élégance de costumes soignés, inventifs, évocateurs et étonnants.
Un spectacle survolté, qui lie le conte à la réalité et provoque l’hilarité en nous rappelant nos angoisses ; un divertissement résolument inclassable, porté par des interprètes débordant d’une énergie contagieuse qui fait voler en éclats tout ce qu’on a toujours voulu nous faire croire sur les contes de fées et de princes charmants.

© Frédérique Toulet

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