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Gérard Daguerre – Avec les anges

Le jeudi 1 juin 2000 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Gérard Daguerre et Barbara au Châtelet en 1993 ©DR

Gérard Daguerre et Barbara au Châtelet en 1993 ©DR

Comment êtes-vous arrivé à la musique ?
La musique m’est tombée dessus par hasard, mes parents ne travaillant pas du tout dans ce domaine. J’ai commencé le piano à 5 ans, c’est devenu une véritable passion. J’ai tout abandonné pour la musique. A 15 ans je suis monté à Paris, seul, pour entrer au Conservatoire, afin de me perfectionner. J’étais arrivé à une sorte de plafond au conservatoire de Bayonne, ma ville natale, j’avais envie d’autre chose. A Paris, confronté aux autres, je me suis aperçu que mon niveau était très moyen. Pour aboutir à un résultat, une seule solution : travailler ! C’est ce que j’ai fait.
En parallèle, j’ai rencontré des gens formidables qui m’ont beaucoup aidé, comme le pianiste Fred Farrugia, qui accompagnait nombre de vedettes en France. Il m’emmenait dans les studios d’enregistrement. J’ai pas mal appris ainsi, d’autant que, de temps en temps il me laissait jouer à sa place. Je n’ai jamais perdu le contact avec cet homme exceptionnel. A partir de ce moment là, alors que j’étais destiné au classique, j’ai choisi de m’orienter vers la variété. Mon autre révélation, ce fut dans les arènes de Dax lors d’un spectacle de Sylvie Vartan. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis dit : « Un jour, il faudra que j’accompagne cette fille » et… j’ai travaillé presque 18 ans avec elle ! Quand je repense à mes débuts à Paris, ce fut surtout très stimulant. J’ai travaillé 3 ans dans l’Orchestre de Bobino. Le chef d’orchestre de l’époque m’a embauché, je devais avoir dans les 18 ans. Tous les 15 jours, le programme changeait. Nous avons accompagné énormément de chanteurs. Ce fut une excellente école pour apprendre le métier. Je n’ai pas vraiment souffert en arrivant à Paris car j’avais la foi du conquérant !
J’ai accompagné presque tous les chanteurs de France et me voilà aujourd’hui avec Jérôme Savary. Avec lui, je suis parti dans une nouvelle direction qui me plaît, le théâtre musical.

La comédie musicale est-il un genre qui vous est familier ?
Mon intérêt pour la comédie musicale est assez récent. Dans ma jeunesse, mon contact avec le musical s’est borné à la découverte de West Side Story, que j’ai adoré, un vrai choc. Le premier qui m’ait proposé de faire une comédie musicale, c’est Alain Marcel. Nous avons fait Peter Pan au Casino de Paris. Cette expérience m’a beaucoup, beaucoup plu. Un très beau spectacle… Dommage que les représentations se soient arrêtées si vite. Alain a une culture musicale incroyable, surtout dans le domaine de la comédie musicale, il m’a orienté vers cette forme de musique que je ne connaissais pas. A bien y réfléchir, le travail sur Lily Passion, avec Barbara, se rapprochait également de la comédie musicale. Encore une expérience magnifique pour moi…

Comment procédez-vous dans votre travail d’arrangeur ?
J’écoute peu ce qui s’est fait avant, sinon je cours le risque de refaire une pâle copie. Comme, de toute façon, la plupart du temps nous ne disposons pas des moyens d’origine, je pars de zéro, comme si je découvrais les chansons. J’ai procédé ainsi pour le spectacle Y’a d’la joie sur Charles Trénet. A part les tubes, certaines de ses chansons m’étaient inconnues. Pour Irma, ce fut pareil. J’ai écouté une fois la cassette du spectacle enregistré par Colette Renard, j’ai demandé les partitions d’édition et en avant… Ces partitions piano/voix donnent une idée de la ligne mélodique, du tempo, mais il faut retravailler, par exemple changer les harmonies en fonction des instruments que je choisis et de leur nombre. En fait, je préfère avoir quelque chose sous les yeux que dans les oreilles ! Mon crayon de bois et ma gomme sont mes meilleurs alliés : je ne suis pas habitué à l’ordinateur.
Les voix des chanteurs comme Clotilde [Coureau], Arnaud [Giovaninetti] sont assez fragiles, il ne faut pas qu’il y ait trop de choses derrière pour mettre le chant en valeur. J’avais l’habitude de faire cela avec Barbara puisque nous étions très peu sur scène. C’est très important pour un chanteur de ne pas se sentir écrasé. Bien entendu, tout dépend ensuite du chanteur et du type de spectacle. Pour Irma, c’est très net. Mon but est que les chanteurs soient le plus possible à l’aise sur scène. Je refuse les complications sur les notes, sur les partitions : il faut que ce soit le plus simple et le plus efficace possible. C’est ma façon de voir les choses.

Est-il difficile de diriger musiciens et chanteurs ?
J’ai commencé à diriger sur de gros spectacles comme le show de Sylvie Vartan au Palais des Sports, avec environ 50 musiciens… Il y avait les cordes, les cuivres, le big band : c’était Broadway ! Je pense que l’on n’aurait plus les moyens d’avoir une telle production aujourd’hui. Elle avait fait faire les arrangements par un Américain, il est venu 3 jours pour faire répéter l’orchestre et il est reparti… Je me suis retrouvé et au piano et à diriger l’orchestre en même temps. Ce ne fut pas facile mais on s’habitue très vite.
Pour Irma, les musiciens me connaissent, nous avons l’habitude de travailler ensemble donc tout fonctionne… Souvent, un seul regard suffit pour qu’ils comprennent ce que je veux leur dire, pas la peine de faire des grands gestes… C’est de toute façon difficile en étant en même temps au piano !

Allez-vous voir des comédies musicales à Broadway ou à Londres ?
Depuis que je travaille avec Jérôme, mon emploi du temps est très chargé : on prépare sans cesse les nouveaux spectacles. Actuellement, nous préparons Carmen 2 qui doit se jouer à Turin l’année prochaine. Pour ce spectacle je dois écrire pour un orchestre symphonique. Je me base sur la partition originale mais je la modifie parfois, par exemple en changeant une rythmique. Il y a aussi quelques morceaux originaux que nous avons fait tous les deux. J’aimerais pourtant bien aller à New York, découvrir les musicals de Broadway.

Comment se passe votre collaboration avec Jérôme Savary ?
Quand je travaille avec Jérôme, on se voit très peu. Pour Irma par exemple, durant un après-midi on a mis en place les choses, on a parlé pas mal. A partir de cette séance intense je me mets à travailler. Il me laisse un grand espace de liberté, j’ai sa confiance.

Quels sont les compositeurs classiques que vous aimez interpréter ?
Ma morphologie pour jouer du piano correspond assez aux compositeurs russes. J’aime bien « rentrer dedans » comme on dit. J’adore Rachmaninov. Pour le moment je travaille une sonate de Grieg que j’avais abordée il y a très longtemps, c’est formidable. J’aime bien lorsqu’il faut donner beaucoup d’énergie. J’ai plus de plaisir à jouer Bach et Beethoven que Mozart. En fait, je n’ai jamais arrêté de travailler le piano classique. Pour moi, c’est quotidien. Tous les matins je fais au moins deux heures de technique puis je travaille des morceaux, c’est indispensable.

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2 commentaires
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  1. « J’aime bien « rentrer dedans » ». C’est exactement le souvenir que j’ai de Gérard; pas plus tard qu’hier je racontais à une amie comment un beau soir de 1960-61 au Conservatoire de Bayonne, Gérard nous avait médusés en « rentrant dans » le 1 de Mendelssohn avec une puissance et une virtuosité stupéfiantes; Avec le recul, j’y vois du …Richter.

  2. JE SUIS NEE DANS LE MEME QUARTIER QUE LUI ET JE ME RAPELLE DES « CONCERTS » QU’IL DONNAIT AVEC SON FRERE HENRI AU CINEMA PRES DE LA SALLE PAROISSIALE DE NOTREquartier ST LEON A
    BAYONNE

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