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Gérard Louvin – Le spectacle avant tout

Le samedi 1 mars 2003 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Gérard Louvin ©DR

Gérard Louvin ©DR

Depuis quand vous intéressez-vous à la comédie musicale ?
Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, je n’ai pas découvert la comédie musicale avec Roméo et Juliette ! En fait, on peut dire que j’ai commencé avec Hair puisque à l’époque je m’occupais de Gérard Lenorman qui jouait dedans. La première comédie musicale que j’ai produite était L’Homme de la Mancha en 1988 au théâtre Marigny avec Jean Piat et Jeane Manson. Puis il y a eu Les Années Twist en 1994 qui a été mon premier gros succès de comédie musicale, presque aussi grand que Roméo et Juliette, on l’a joué quatre ans.

A propos de Roméo et Juliette, quel bilan en tirez-vous ?
C’est à la fois un spectacle qui a très bien marché et un très gros succès discographique. Quand on se lance dans une telle aventure, on espère bien sûr qu’elle sera couronnée de succès même si on se dit qu’il y a des risques. Mais je n’imaginais pas un tel triomphe. On a eu une chance énorme, celle de rassembler toutes les générations et ça, je ne m’y attendais pas. Maintenant le spectacle se monte ou va se monter dans douze pays. Ca a très bien marché au Québec, où le spectacle va être remonté. A Anvers, ça se joue depuis quatre mois, la tournée aux Pays-Bas se prépare. En Italie, ça va bientôt démarrer, même chose en Espagne, en Allemagne, en Chine, en Malaisie…

Pourtant la production de Londres n’a pas connu le même bonheur…
Avec les anglais, il y a un vrai problème que je ne connaissais pas: c’est leur position « anti-française » terrible. Et puis là-bas, je ne contrôlais rien. Non seulement ils n’ont pas mis le disque en radio, mais en plus, l’album ne va sortir que cette semaine, et encore je ne sais même pas s’il va vraiment sortir, alors que le spectacle vient de fermer !

Avant de vous lancer dans la production d’une nouvelle comédie musicale, la mésaventure de Cindy ne vous a pas un peu « refroidi » ?
Quand un film ne marche pas, on n’arrête pas pour autant d’en faire. Pareil au théâtre, il y a toujours des pièces qui ne fonctionnent pas et pourtant on continue à en monter. Pour la comédie musicale, pourquoi en serait-il autrement ?

Comment vous est venue l’idée des Demoiselles de Rochefort ?
L’idée remonte à pas mal de temps. On voulait déjà le faire avec les deux soeurs du groupe Native, mais elles se sont séparées juste à ce moment là. Ensuite avec Michel Legrand, je voulais faire Un été 42, j’adore l’histoire et la musique. On n’a pas réussi à avoir les droits américains donc nous sommes revenus sur Les Demoiselles de Rochefort. Si les gens sont pour la plupart incapables de raconter l’histoire, ils ont comme moi surtout été marqués par les chansons, par le bonheur et la joie de vivre qui émanent du film. Après Roméo et Juliette, je ne voulais pas refaire un drame ! C’est une oeuvre très colorée que même les jeunes de vingt ans connaissent. On en est déjà à 28.000 réservations sans en avoir trop parlé pour l’instant.

L’adaptation scénique sera-t-elle fidèle au film ?
On retrouvera l’esprit du film mais il y aura automatiquement des changements. Le film dure 1h45, le spectacle en fera plus de deux. L’histoire reste la même, on l’étoffe. Il y aura des scènes parlées mais pas trop. Michel Legrand a écrit une dizaine de nouvelles chansons avec Alain Boublil. J’en suis très satisfait, on a trouvé un bon équilibre entre les anciennes et les nouvelles. On a aussi réussi à conserver la richesse des chansons du film avec des arrangements de maintenant. On ne pouvait pas refaire du jazz comme en 1967, je n’aurais vraiment eu que les inconditionnels du film, mais ça ne suffit pas à remplir une salle de 3700 places tous les soirs.

La nouvelle version de la chanson des jumelles est tout de même très « dance »…
Il en existe une autre complètement dans l’esprit 1967 avec le son de maintenant. Sur scène et sur le disque, il y aura les deux versions.

Agnès Varda, la compagne de Jacques Demy (l’auteur-réalisateur du film), a-t-elle un droit de regard sur cette adaptation ?
On lui a montré l’affiche et les textes. Elle fait surtout confiance à Michel Legrand. Jacques Demy et lui étaient comme frères.

Comment se passe votre travail avec Michel Legrand et Alain Boublil ?
Très bien. La première fois que j’ai vu Michel Legrand je lui ai dit « vous savez que vous avez mauvaise réputation, je vous préviens que je n’aime pas travailler dans les cris« , il m’a répondu « je vais essayer de vous prouver le contraire » et en fait, c’est plus qu’un amour. Et puis, il est tellement heureux de ce qui se passe. Quant à Alain Boublil, c’est un copain de 30 ans. A l’époque, il s’occupait de la Bande à Basile, je le lui ai rappelé l’autre jour, j’ai l’impression qu’il l’avait oublié ! Depuis, il a fait un très beau parcours, j’en ai fait un pas trop mal non plus, on se retrouve…

Etes-vous un producteur « interventionniste » ?
Absolument, j’interviens sur tout. Je vérifie, je contrôle, je suis très exigeant, je sais ce que je veux. On vient de terminer le disque, j’ai fait refaire certaines choses trois fois. Maintenant on travaille sur la mise en scène, le décor, les costumes. Demain, j’ai une réunion de trois heures pour discuter de tout ça avec Redha qui s’occupera aussi du décor pour l’adapter à sa mise en scène. Moi j’ai déjà le spectacle complètement dans la tête. Intervenir dans la construction d’un spectacle, c’est ça qui est intéressant.

L’album sort le 15 mars, plus de six mois avant la première. Est-ce une condition nécessaire pour que le spectacle marche ?
Une comédie musicale, c’est avant tout des chansons que j’ai besoin de faire connaître pour amener les gens à venir voir le spectacle. Se contenter de mettre des affiches dans Paris, ça ne suffit pas. Au Palais des Congrès, on ne peut économiquement pas attendre, il nous faut du monde tout de suite. J’aborde la production d’une comédie musicale d’abord par le disque puis ensuite vient le spectacle.

Vous préparez également Belles, Belles, Belles un autre spectacle musical pour novembre à l’Olympia, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
C’est une histoire de jeunes de maintenant qui se passe dans une Académie de danse avec vingt trois chansons de Claude François mais sans aucun rapport avec sa vie. Claude François c’est fédérateur, ça fait un bout de temps que je veux faire quelque chose autour de ses chansons. Ca m’aurait embêté que ce soit quelqu’un d’autre qui le fasse ! (NDLR : Gérard Louvin a été le directeur artistique de Claude François)

Pensez-vous qu’il y a de la place en France pour des comédies musicales plus théâtralisées, avec orchestre ?
Ici un tel spectacle est impossible à rentabiliser dans un théâtre de 1200 places. A Londres, c’est possible car les musiciens coûtent trois fois moins qu’à Paris et les charges sont trois fois moins élevées. On est quand même le pays où on paye le plus de charges sociales pour un artiste. Si vous pouvez m’avoir un rendez-vous avec le ministre pour lui expliquer ça…

Comme producteur, vous devez recevoir beaucoup de projets…
J’en ai reçu vingt sept depuis Roméo et Juliette. Je les ai tous refusés parce que l’histoire et les chansons ne me plaisaient pas. Pour qu’un projet retienne mon attention, il faut absolument au moins une chanson qui accroche et qu’on retienne.

Redoutez-vous la concurrence des autres grosses comédies musicales de la rentrée ?
Pas du tout. En même temps que Roméo et Juliette, il y avait Les Dix Commandements, les deux ont très bien marché. Quand quelqu’un ressort content d’un spectacle, il a envie d’aller en voir un autre, puis un autre… Par contre, s’il sort déçu deux ou trois fois de suite, là c’est embêtant pour les voisins. Donc plus il y a de bons spectacles qui marchent, mieux c’est pour tout le monde.

Quelle sera votre prochaine comédie musicale ?
Zorro, une production londonienne que je co-produis. Normalement, je dis bien normalement, ça se montera d’abord à Broadway, à Londres puis à Paris dans deux ans environ. Je laisse faire les Anglais mais j’ai néanmoins fait savoir que je n’appréciais pas les chansons, du coup on a changé de compositeur. Dans un autre registre, je prépare aussi Spartacus au Stade de France.

Etes-vous un producteur heureux ?
Oui tant que ça marche. Rien n’est jamais acquis et finalement heureusement parce que ce ne serait pas drôle.

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