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Grand Hotel – Life goes on in the Grand!

Le lundi 1 novembre 2004 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Grandes oeuvres

Grand Hotel ©DR

Grand Hotel ©DR

Livret : Luther Davis
Lyrics et musique : Robert Wright et George Forrest
Lyrics additionels : Maury Yeston
Musique additionelle : Maury Yeston et Wally Harper
D’après le roman Grand Hotel de Vicki Baum
Mise en scène originale : Tommy Tune

Création
12 novembre 1989 à Broadway, au Martin Beck Theatre et, à partir du 2 mars 1992, au George Gershwin Theatre (1 017 représentations et 31 previews).

Principales chansons
Look at Him, At the Grand Hotel, Maybe My Baby Loves Me, Fire and Ice/Twenty-Two Years/Villa On A Hill, I Want To Go To Hollywood, Crooked Path/Some Have, Some Have Not/As It Should Be, Who Couldn’t Dance With You?, Love Can’t Happen, What You Need, Bonjour Amour, We’ll Take a Glass Together, I Waltz Alone, Roses At The Station, How Can I Tell Her, Finale.

L’histoire
L’action se déroule dans un luxueux hôtel situé en pleine coeur du Berlin des années 30. Pendant deux jours, les destins de plusieurs personnages aux vies mouvementées vont se croiser. Il y a d’abord Elizaveta Grushinskaya, une ballerine dépressive en fin de carrière, accompagnée de sa fidèle et aimante secrétaire Raffaela. Intervient aussi le séduisant baron Felix Von Gaigern qui, ruiné, se voit contraint de voler des bijoux pour faire face à ses dangereux créanciers. Felix ne tardera pas à tomber sous le charme d’Elizaveta. Sa route croisera également celle d’Otto Kringelein, comptable atteint d’une maladie mortelle incurable et qui, au seuil de la mort, est décidé à mener le train de vie des nantis et celle de Frieda Flaemm, une jeune dactylo enceinte qui rêve de gloire à Hollywood. Enfin, l’hôtel sera visité par Preysing, un riche et implacable businessman. Au terme des deux jours, les personnages s’en iront mais le Grand Hotel continuera à vivre.

Le thème
Grand Hotel joue sciemment la carte du mélodrame. Fidèle en cela au roman original, le spectacle met en scène des personnages plus grands que nature et purement archétypaux, de la danseuse déchue (Elizaveta) à la jeune arriviste prête à tout pour devenir star (Frieda), qui symbolisent chacun une certaine caste de la société. Mais les événements qui jalonnent le récit servent en fait un propos plus global. Les êtres humains se débattent, en prise avec leurs tragédies personnelles, mais celles-ci ne sont rien en regard du grand cycle de la vie symbolisé ici par le Grand Hotel. Les personnages y auront vécu intensément pendant quelques jours mais, une fois disparus, ils laisseront la place à d’autres, alors que le bâtiment, lui, est toujours là. La mise en scène de Tune, par son mouvement continu et ses scènes croisées, va mettre en valeur l’aspect emblématique du lieu dans lequel se situe l’action. Comme ce fut le cas pour beaucoup de spectacles dans les années 70 (Chicago, A Chorus Line), c’est la forme du spectacle qui va ici transcender son sujet.

L’histoire derrière l’histoire
Quelques mois seulement après la première de Nine dont il a signé la mise en scène et la chorégraphie, Tommy Tune découvre Grand Hotel à la télévision. Ce film de Edmund Goulding avec Greta Garbo et John Barrymore, est adapté d’un livre de Vicki Baum. Tune songe immédiatement à transposer l’oeuvre en musique et se plonge dans le roman original. Il contacte son collaborateur de Nine, le compositeur Maury Yeston, qui ne se montre guère intéressé. Ce que Tune ignore alors, c’est Grand Hotel a déjà été adapté en comédie musicale.

En 1958, au Civic Light Opera de Los Angeles, avait lieu la première de At The Grand, adaptation en musique du roman de Vicki Baum, avec Paul Muni (Scarface) et Joan Deiner dans les rôles principaux. Le livret en est signé Luther Davis et les chansons, Robert Wright et George Forrest qui avaient déjà collaboré sur Song of Norway (1944) et Kismet (1953). Echec critique et artistique, le spectacle ne verra jamais le jour à Broadway. Près de trente ans plus tard, les auteurs de cette première tentative tentent de vendre leur création aux producteurs Martin Richards (Chicago, Sweeney Todd) et Sam Crothers (futur producteur avec Richards de The Life). Ceux-ci se montrent intéressés et se tournent vers Tommy Tune dont ils connaissent le projet. C’est ainsi que commence la préparation de Grand Hotel – The Musical.

Au départ, Tune se montre sceptique face au travail de Davis, Wright et Forrest, qu’il juge démodé. Ces derniers lui proposent des modifications, la principale consistant à revenir au roman original pour situer l’histoire à Berlin, au lieu de Rome, et faire de l’héroïne une ballerine plutôt qu’une chanteuse d’opéra. Mais Tune veut aller plus loin dans les changements. Il suggère alors de préparer un workshop du spectacle avant de se lancer dans une vraie production. Si, au bout de six semaines, ils n’arrivent pas à un résultat satisfaisant, alors ils jetteront l’éponge. Cette méthode, popularisée dans les années 70 par Michael Bennett, le mentor de Tune, qui avait conçu A Chorus Line de cette façon, permettrait au metteur en scène de transformer le livret, à sa guise, au fur et à mesure des répétitions.

En janvier 1989 commencent les auditions pour le workshop de Grand Hotel. Bien qu’au départ danseur et chorégraphe, Tommy Tune ne se soucie, dans un premier temps, que de choisir des acteurs-chanteurs. Il ne sait pas, d’une part, où il introduira les chorégraphies et, d’autre part, il a besoin, pour travailler son livret, d’interprètes qui puisse donner une intensité dramatique immédiate à chacune de ses propositions, lesquelles s’avèrent assez impressionnistes. Il conserve, en effet, les mots de Luther Davis mais en change l’ordre et fait démarrer chaque nouvelle scène avant la fin de la précédente. Imbriquées les unes dans les autres, ces scènes donnent ainsi la sensation d’un flot continu. L’arrangeur Wally Harper fabrique des underscores à partir des musiques originales et développe ces dernières tandis de nouvelles chansons sont écrites. Au final, le workshop est un succès et Tune décide que le spectacle sera créé à Boston avant Broadway. Sur la route de Boston, il introduit définitivement la danse dans sa mise en scène qui repose désormais sur un mouvement perpétuel. La distribution originale, Liliane Montevecchi et Karen Akers, toutes deux issues de Nine, David Carroll et Michael Jeter, est gardée. Seule Fay Grant, enceinte, doit céder sa place à la toute jeune Jane Krakowski, 22 ans, qui sort juste de Starlight Express d’Andrew Lloyd Webber et allait gagner une célébrité mondiale, dix ans plus tard, en incarnant Elaine Vassal dans la série Ally Mc Beal. Mais l’accueil de Grand Hotel le soir de la première est plus que mitigé.

Encore insatisfait par le livret du spectacle, Tommy Tune se tourne alors vers deux « script doctors » pour le retravailler, Peter Stone, scénariste de théâtre et de cinéma oscarisé, et son ami Maury Yeston. Ce dernier composera, en particulier, une séquence d’ouverture où les personnages seront présentés de manière formelle au public. C’est cette dernière mouture qui est présentée à Broadway le 12 novembre 1989 au Martin Beck Theatre. Cette fois, le succès est au rendez-vous et c’est principalement la mise en scène de Tune qui est saluée par la critique. Si Grand Hotel perd le Tony Award de la meilleur comédie musicale au profit de City of Angels de Cy Coleman, David Zippel et Larry Gelbart, Tune sera récompensé pour son travail. Cette cérémonie des Tony Awards sera, par ailleurs, bénéfique au spectacle puisque l’extrait donné sur scène et diffusé à la télévision permettra de faire décoller les entrées, jusque là un peu timides. Au terme d’une décade essentiellement dominée par les blockbusters anglais, Phantom of the Opera ou Les Misérables, Grand Hotel sera le premier show américain à dépasser les mille représentations sur Broadway depuis La Cage aux Folles de Jerry Herman et Harvey Fierstein en 1982. L’ex-star de la MGM Cyd Charisse fera un retour remarqué en remplaçant Liliane Montevecchi dans le rôle de la ballerine. Rapidement, le spectacle partira en tournée à travers les Etats Unis. Mais s’il fera l’objet d’une production au Japon, sa présentation dans le West End, au Dominion Theatre de Londres, se soldera par un échec. Les Anglais auront cette année l’occasion de se rattraper puisqu’un revival vient d’ouvrir ses portes au Donmar Wharehouse dans une nouvelle mise en scène signée Michael Grandage avec Mary Elizabeth Mastrantonio (Robin des bois, prince des voleurs) dans le rôle principal.

Version de référence
Grand Hotel (The Broadway Cast Recording – 1992 – RCA VICTOR). Avec Brent Barrett, Liliane Montevecchi, Karen Akers et Jane Krakowski.

Réalisé plus de deux ans après la création du spectacle, cet excellent enregistrement est dominé par la présence de Brent Barrett (récemment dans Kiss Me Kate à Londres) qui remplace ici David Carroll, décédé pendant les représentations, dans le rôle du baron (On peut néanmoins entendre Carroll en bonus). Le reste de la troupe est à l’avenant.

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