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Guy Bontempelli – Le père de Mayflower.

Le lundi 1 mai 2000 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Guy Bontempelli ©DR

Guy Bontempelli ©DR

Comment êtes vous entré dans le monde de la musique ?
J’ai reçu une formation de piano classique et d’harmonie avec un élève de Olivier Messiaen. Enfant, j’écoutais aussi volontiers des opérettes. Etudiant, j’ai acquis une licence de lettre, tout en assistant à énormément de spectacles et de concerts. J’ai sorti mon premier disque en 1966 (à 26 ans), pour lequel j’ai reçu le Prix Charles Cros. A ce moment, j’étais à New York. Tous les soirs, j’allais voir des comédies musicales. C’est ainsi que j’ai choisi de devenir auteur et compositeur. Pour moi il faut être les deux à la fois. Le texte est du son. Si on n’y pense pas assez et on peut passer à coté d’une bonne chanson. Il faut arriver à une complicité entre le texte et l’harmonie. Puis j’ai acquis une certaine notoriété. Certaines chansons, comme « Ma jeunesse fout le camp » par Françoise Hardy, dont devenues de grands succès.

Pouvez-vous nous raconter votre expérience Mayflower ?
A partir de l’histoire du Mayflower que je lui racontais, Eric Charden avec qui je collaborais alors, a voulu en faire une comédie musicale. Son producteur était Charles Talar. Nous lui avons soumis notre projet et nos premières chansons. Sa réponse: « Je marche et je produis le spectacle ». J’ai écrit le livret et les paroles, Eric Charden a fait la musique, et Jean-Claude Petit l’arrangement musical. Nous avons fait le disque, puis le spectacle. Le disque était un double album qui s’est vendu à 200.000 exemplaires. La révolution française (de Boublil et Schönberg) avait très bien marché sur scène et nous a conforté dans notre projet : un tas de gens était capable de bien chanter et d’être bons comédiens sur scène. Beaucoup des interprètes nous ont rejoint sur Mayflower. Nous avons ouvert en novembre 1974 et tenu la saison puis la suivante.

Mayflower explique que l’Amérique s’est inventée sur le bateau du même nom. C’est une histoire triste de gens qui partent, mais il y a dans ce voyage les personnages qui ont constitué sur 200 ans les vagues d’émigrants. Le spectacle fait en fait peu référence à la culture américaine, il a plutôt un caractère français pour décrire l’Amérique.

A votre avis, qu’est-ce qui explique que le théâtre musical ait pris tant de temps pour s’imposer en France ?
La comédie musicale a une odeur de soufre non méritée. Je note toutefois que les bons spectacles ont marché, et les mauvais non. Il reste que les Américains et les Anglais traduisent le texte en français mais ils viennent avec leur propre staff, leur chorégraphie, leur mise en scène. Puis ils rencontrent des problèmes de recrutement. En effet le personnel artistique est différent, avec des critères différents. Mais il n’est pas inférieur. Le public a sa culture et ses goûts, mais les Anglo-saxons ne le comprennent pas, car beaucoup de pays se sont adaptés à leurs goûts. La zone francophone reste spécifique, avec sa propre sensibilité. Les Français ne fonctionnent pas de la même façon que les Anglo-saxons. Il faudrait adapter non seulement le texte, mais aussi le spectacle en profondeur au goût du public d’ici.
En plus de cela, les journalistes et les médias n’aident pas. Monter une comédie musicale, c’est un grand travail en amont : disque, radio, promotion. C’est plus cher qu’une pièce de boulevard ! Les gamelles sont retentissantes, et on a vite fait de déduire que ça ne marche pas en France. Il a fallu de grands succès pour changer la mentalité des gens.

Peut-on qualifier le phénomène actuel de renouveau ?
Il y a 20 ans, j’avais été enchanté du succès de Starmania. Un jour, Michel Berger m’avait invité à déjeuner pour me demander des conseils pour son spectacle qui démarrait. Je lui ai indiqué les pièges dans lesquels ne pas tomber. En retour je suis devenu en quelque sorte un invité permanent, et j’ai également assisté aux répétitions ! Quant à Notre Dame de Paris, je suis très content pour Charles Talar, mon producteur à l’époque de Mayflower. Le spectacle est bien fait, quoique je ne l’aurais pas fait comme ça moi-même. Je suis satisfait de voir un spectacle de comédie musicale marcher. Pour moi c’est mieux en tout cas que Starmania mis en scène par Lewis Furey …
J’observe en même temps que tout le monde s’essouffle dans la chanson de variétés. Le rap a nié la mélodie. Il se trouve que le théâtre musical permet d’écrire des mélodies qui sont désormais impensables en disque. Les chansons de théâtre ne sont pas forcément des tubes, mais elles ont d’énormes qualités. Aujourd’hui en variétés, il faut faire des disques avec 12 tubes. Mais on en arrive à ce que toutes les chansons se ressemblent. Le théâtre musical peut apporter de la différence.

Quels sont vos projets dans le domaine du théâtre musical ?
J’en ai toujours beaucoup même si dernièrement des problèmes de santé m’ont retardé. J’ai écrit Niméñio 2 avec Gérard Bourgeois qui a été longtemps le musicien attitré de Brigitte Bardot. C’est intégralement chanté. Les contacts sont en cours pour faire aboutir deux ans de travail. L’Orchestre de Barcelone a accepté des représentations à Barcelone. Le rôle principal serait tenu par Francis Lalanne, qui a donné son accord. L’objectif est de faire un disque pour la fin d’année. La musique est hispanisante avec un coté populaire appuyé. Nimeñio 2 est un torero français devenu une idole internationale. Il a sa statue de 5 m de haut devant les Arènes de Mexico. Le spectacle raconte la passion de l’homme et la tragédie qu’il a vécu (un accident dans l’arène). J’aimerais que Fabienne Thibeault tienne le rôle de la mère. Il y a aura une fiancée (soprano), et le frère (baryton) dans les autres rôles principaux ainsi que de nombreux autres personnages.
Je compte aussi relancer Si ça vous chante que j’ai créé au Off d’Avignon il y a deux ans et qui y a fait un tabac. J’ai écrit les lyrics et la musique au trois quarts. Il s’agit d’une fable sur la « Chanson », qui est aussi le nom de l’héroïne. J’aime beaucoup ce spectacle qui devrait plaire car il est charmant et très drôle.

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Un commentaire
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  1. Bonsoir,
    Pourquoi n’avons-nous jamais vu Mayflower à la télévision ou en vente en vidéo?,,,Cette comédie musicale en valait la peine!!! Après tant de travail acharné, de nuits blanches à cogiter afin de trouver textes et musiques,
    tant de comédiens a auditionner, décors prestigieux et d’argent écoulé pour un spectacle de grande ampleur,
    je pense que la télévision nous a laissé un goût amer à ce sujet !!!! D’autant plus que des années après ce
    spectacle d’autres comédies musicales se sont imposées au niveau des médias et des ventes de vidéo se sont envolées comme des petits pains. Alors en cette veille de l’anniversaire du décès d’Eric Charden, il serait bon de remettre au goût du jour , Mayflower , afin que les générations à venir sachent qui était vraiment ce grand artiste Eric Charden et tout ce qu’il a pu entreprendre durant sa longue carrière musicale cela serait un hommage comme on en fait à tout ceux qui nous ont quittés. Vraiment, je suis scandalisé que personne n’ait pris le soin d’enregistrer tous ces tableaux musicaux dédiés à ce rafiot MAYFLOWER!!!!
    Alors faites-nous plaisir et rêver en remédiant à cet incartade. Je pense que du haut de son petit nuage, Eric serait ravi et ému par la diffusion ou la vente de « sa comédie musicale MAYFLOWER »

    Cordialement
    Chrisitan

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