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Harriet (Critique)

Le jeudi 6 décembre 2018 à 22 h 10 min | Par | Rubrique : A l'affiche, Critique, Théâtre musical

Lieu : Théâtre de la Croix-Rousse, Place Joannès-Ambre, 69004 Lyon
Dates : Le mardi 4 décembre 2018
Horaires : 20h
Tarifs : ND

Harriet ©DR

Opéra contemporain
composition : Hilda Paredes
textes : Lex Bohlmeijer, Mayra Santos-Febres
direction musicale : Manoj Kamps
mise en scène : Jean Lacornerie
avec Naomi Beeldens, Claron McFadden voix
et l’HERMES ensemble : Wibert Aerts violon, Nico Couck guitare et Gaetan La Mela percussions
scénographie et images : Miwa Matreyek
lumières : Peter Quasters
électroacoustique : CIRM Experimental studio

Tournée 2018-2019 :
le 03 octobre 2018 au Muziekgebouw aan‘t IJ, Amsterdam
le 17 octobre 2018 à Guanajuato, Mexique
le 19 octobre 2018 à Mexico city, Mexique
le 09 novembre 2018 au Theater aan de Parade Bois-le-Duc, Pays-Bas
le 20 novembre 2018 à Huddersfield, Royaume-Uni
le 4 décembre 2018 à Lyon
le 27 avril 2019 au deSingel – Anvers
le 22 mai 2019 à l’Operadagen – Rotterdam

Immense figure de l’histoire de l’Amérique, Harriet Tubman est peu connue en France où on n’enseigne pas l’histoire de l’esclavage. Elle aida de nombreux esclaves à s’enfuir et fut notamment l’animatrice d’un réseau de passeurs appelé Le Chemin de fer clandestin (The Underground Railroad). Elle s’engagea ensuite dans la guerre de Sécession, du côté du Nord, prenant la tête d’un réseau d’espionnage. Infatigable, elle milita jusqu’à sa mort à près de 90 ans pour le droit de vote des femmes.
La soprano Claron McFadden 1 qui aime incarner les femmes de caractère a suscité l’écriture d’un nouvel opéra pour célébrer celle qu’on appelait « la Moïse du peuple noir ». Car la musique est au cœur de cette histoire terrible. Les déplacements des fugitifs s’effectuaient la nuit et on chantait, puisque les esclaves étaient autorisés à prier une fois le labeur accompli. Le réseau utilisait les spirituals comme messages codés pour indiquer les points de rendez-vous, les dangers, etc.
On en retrouvera l’écho transformé par l’électronique dans la partition de la compositrice contemporaine Hilda Paredes. Jean Lacornerie fait aussi appel à la vidéaste californienne Miwa Matreyek pour faire dialoguer les images avec la musique, faire apparaître les traces de l’Histoire et ses résurgences aujourd’hui entre clandestins et réfugiés.

Notre avis :

Harriet Tubman fait partie des grands personnages historiques peu connus en France. Cette femme noire américaine a pourtant mené de grandes actions de lutte contre l’esclavage. « La Moïse du peuple noir » a principalement été mise en lumière de ce côté-ci de l’Atlantique lorsqu’il a été prévu de la faire figurer sur les billets de 20 dollars (projet avorté à la suite de l’élection de Donald Trump). Les passionnés de séries télévisées l’auront éventuellement découverte dans Underground…probablement sans réaliser le plus souvent que ce personnage avait réellement existé.

Comme avec Calamity/Billy, le metteur en scène Jean Lacornerie et la soprano Claron Mc Fadden ne s’attachent pas uniquement aux actes de bravoure d’une figure mythique de l’Amérique mais surtout à son histoire plus personnelle, plus intime. Cette dimension se retrouve notamment dans le dépouillement de la scène, décorée principalement par un rideau de fils. Les interprètes jouent avec cet élément de décor ainsi que la vidéaste Miwa Matreyek qui y fait projeter de belles animations. Ceci rend certains tableaux particulièrement marquants sur le plan visuel, alors que le noir et le blanc dominent.

Harriet est un opéra de musique contemporaine. Les compositions d’Hilda Paredes séduisent un public averti tout en pouvant dérouter ceux qui s’attendaient à un format plus « conventionnel ». Les deux sopranos Claron Mc Fadden et Naomi Beeldens forment un remarquable duo en s’appropriant avec brio la musique jouée par l’Hermes Ensemble.

Le spectacle Harriet présente la particularité d’être créé par une équipe internationale et d’être joué dans plusieurs pays (Mexique, Benelux, Royaume-Uni…) pour des dates uniques (à Lyon en l’occurrence pour la France). On ne peut que souhaiter de nouvelles représentations plus nombreuses, notamment sur le sol français, la saison prochaine voire les suivantes. Les combats d’Harriet Tubman pour la liberté au sens large ont bel et bien un caractère encore d’actualité subtilement mis en relief par ce spectacle.

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